Pr Jennie Brand-Miller : mieux vaut bien choisir ses glucides que les éliminer

Par Juliette Pouyat Publié le 09/09/2014 Mis à jour le 10/03/2017
Les régimes pauvres en glucides font des adeptes, mais pour Jennie Brand-Miller, spécialiste mondiale de l’index glycémique, il vaut mieux choisir ses glucides en fonction de leur index glycémique qu’adopter un régime "low-carb". Pour, dit-elle, conserver le plaisir de manger et une vie sociale.

Jennie Brand-Miller est professeur de nutrition humaine à l’université de Sydney (Australie). Internationalement reconnue pour ses recherches sur le rôle des glucides en nutrition, elle est considérée comme la spécialiste mondiale de l’index glycémique. Elle exprime ici son point de vue sur les régimes pauvres en glucides ("low-carb"), qui ont le vent en poupe.

Lire : les spécialistes de l'index glycémique

 

LaNutrition.fr : Un régime pauvre voire très pauvre en glucides est-il la bonne solution pour éviter l’augmentation du taux de glucose sanguin ?

Pr Jennie Brand-Miller : En théorie, un régime faible en glucides semble un choix judicieux si le but est uniquement de maintenir un faible taux de glucose sanguin. Mais l’objectif à atteindre est certainement sur le long terme : une santé optimale avec un bon contrôle de la glycémie et la réduction du risque de maladies chroniques. Un régime très pauvre en glucides n’est dans ce cas pas vraiment approprié et devrait être suivi avec précaution, le risque étant de manquer d’oligoéléments, d’antioxydants et de fibres apportés par les aliments d’origine végétale (fruits, céréales, légumineuses). Dans les études qui ont suivi des participants sur une longue période, ceux qui adoptaient un régime pauvre en glucides et riche en protéines, doublaient presque le risque de mourir durant la période de suivi, en particulier d’une maladie cardiovasculaire. Il se peut aussi qu’un régime très pauvre en glucides soit difficile à suivre sur le long terme et nuise à la vie sociale et au plaisir de manger car beaucoup d’aliments appréciés doivent être exclus.

Dans un article récent, les auteurs appellent à une modification des recommandations nutritionnelles pour le contrôle du diabète. Ils suggèrent un régime alimentaire avec une restriction au niveau de la quantité de glucides et proposent l’adoption d’un régime pauvre en glucides (moins de 130 g/jour soit environ 26% des apports alimentaires).

Je pense qu’une réduction modérée de l’apport en glucides (environ 40-45% des apports énergétiques) apporte un bénéfice réel. Mais je ne suis pas en faveur d’une réduction supplémentaire, tout simplement parce que pour la plupart des gens, ce régime alimentaire est difficile à tenir. La consommation élevée de graisses saturées est aussi une préoccupation. Même un seul repas riche en graisses saturées peut avoir des effets néfastes sur les vaisseaux sanguins en inhibant la vasodilatation, l’augmentation normale du diamètre des vaisseaux sanguins qui se produit après un repas. De plus avec ce type de régime, l’apport en micronutriments qui protègent des maladies chroniques est insuffisant, un supplément en vitamines et minéraux est indispensable.

Je pense que les régimes pauvres, voire très pauvres en glucides sont inutilement restrictifs. Un régime alimentaire avec un apport en protéines plus élevé et des aliments à index glycémique bas me semble être une bonne alternative aux régimes faibles en graisses ou faibles en glucides.

Lire : nouvelle preuve de l'efficacité des régimes à IG bas contre le diabète

LaNutrition.fr a publié de nombreux articles et livres de référence sur l'index glycémique.

Lire : l'index glycémique, bénéfique pour la santé toujours ignoré des pouvoirs publics

 

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