Santé environnementale : « il faut faire la chasse aux perturbateurs endocriniens »

Par Priscille Tremblais - Journaliste scientifique Publié le 13/04/2021 Mis à jour le 13/04/2021
Point de vue

Clémence Pouclet et Auxane Maurille-Biron ont écrit la Petite bible de santé environnementale à 4 mains. Ces passionnées d'écologie y ont réuni toutes les solutions au quotidien pour améliorer sa santé et celle de la planète. Rencontre avec Clémence Pouclet, éco-conseillère.

LaNutrition.fr : En quelques mots, qu'est-ce que la santé environnementale ?

Clémence Pouclet : Pour l’expliquer simplement, la santé environnementale c’est la prévention de l'impact des polluants de notre environnement quotidien sur la santé des générations actuelles et futures. En prenant conscience des liens qui existent entre maladies chroniques et pollution, cela nous incite à adopter des modes de vie et de consommation plus respectueux de la planète.

Vous avez rassemblé tous les aspects de la santé environnementale : alimentation, pollution intérieure et extérieure, déchets, etc. dans le même ouvrage. Pourquoi ?

Selon moi, avoir une vision globale des choses est important avant d'engager un changement. L'avantage de réunir toutes les solutions dans un même livre c'est aussi de permettre à chacun de choisir par quoi il veut commencer, et de pouvoir mettre en place différents pas à la fois. L'idée était aussi de fournir une référence sûre, avec des solutions validées scientifiquement. Car aujourd'hui on trouve un peu de tout sur Internet, notamment des recettes de produits ménagers parfois douteuses.

Y a-t-il eu un événement déclencheur particulier à la base de votre engagement écologique ?

Mes parents m'ont transmis cette sensibilité, notamment en faisant attention à la qualité de notre alimentation et en rénovant notre maison de manière écologique. C'est ce qui m'a incitée à faire un master de développement durable à Sciences Po. J'y ai découvert la santé environnementale, notamment avec André Cicolella, un des lanceurs d'alerte sur la toxicité du bisphénol-A. Il y a eu un événement qui a aussi influencé mes activités actuelles : mon dernier fils est né avec une malformation cardiaque. Lorsque j'ai cherché à comprendre ce qui pourrait l'expliquer, j'ai trouvé des études associant ce type de malformation à l'exposition au trafic routier à un moment précis de la grossesse. Or, à l'époque, j'habitais près d'une autoroute. Je ne pourrai jamais avoir la certitude de ce lien mais cela m'a marquée.

Si on souhaite avoir l'impact le plus significatif sur le plan écologique, par quoi doit-on commencer selon vous ?

L'alimentation pèse un quart (25%) du poids de notre empreinte carbone annuelle. Manger moins de viande et plus d'aliments issus de l'agriculture biologique peut donc vraiment avoir un impact positif. Et la bonne nouvelle, c'est qu'on peut changer d'alimentation sans exploser son budget. Les autres postes à gros impact sont le transport et le chauffage mais ils ne sont pas aussi faciles à changer.

Et pour avoir l'impact le plus grand en termes de santé, c'est aussi l'alimentation qu'on doit changer en premier ?

Bien sûr que manger bio va avoir un effet important pour la santé. Mais il me semble que concernant la santé, le plus important c'est de faire la chasse aux perturbateurs endocriniens. On retrouve ces molécules ayant des effets sur nos hormones et augmentant donc le risque de nombreuses maladies dans divers objets du quotidien. Ils sont ainsi présents dans les contenants alimentaires en plastiques, les conserves, les cosmétiques, certains textiles de nos vêtements, les produits ménagers (parfum, molécules antibactériennes...), dans les canapés et écrans (sous forme de retardateurs de flammes). Il y en a également dans les poissons qu'on mange, sous forme de PCB essentiellement.

Avec la crise sanitaire due au SARS-Cov-2, l'écologie semble avoir été reléguée à l'arrière-plan de nos préoccupations.

Il y a même eu une régression fulgurante en termes de santé environnementale ! Des crèches dans lesquelles j'ai fait des formations se sont par exemple remises à utiliser des produits désinfectants hypertoxiques. Et on a vu aussi le retour du plastique à usage unique. Pourtant, ce coronavirus est enveloppé de graisse et donc plus sensible à un bon dégraissant comme le savon qu'aux produits désinfectants. Mieux vaut donc se laver les mains au savon qu'utiliser un gel hydroalcoolique qui affecte le microbiote de la peau.

Vous êtes spécialiste de santé environnementale mais vous n'avez pas pour autant la science infuse. Quelles ont été vos principales sources pour les informations que vous donnez dans le livre ?

Je me suis beaucoup basée sur les études de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), les publications de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), celles de l'Organisation mondiale de la Santé mais aussi les articles scientifiques publiés dans les revues à comité de lecture.

À découvrir : Un extrait de la Petite bible de santé environnementale

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