Mercure : un neurotoxique dans la mer

Par Lanutrition.fr Publié le 31/01/2012 Mis à jour le 10/03/2017
D’où vient le mercure ? Quels sont ses effets sur la santé ? Comment y est-on exposé ? LaNutrition fait le point sur un polluant qui inquiète.

Tout a commencé en 1932, à Minamata, petite ville côtière au Sud-Ouest du Japon. Chisso, une entreprise pétrochimique installée depuis 1907 dans la région, se met à rejeter dans la mer de nombreux résidus de métaux lourds. Parmi ces résidus : du mercure. Jusqu’en 1968, environ 81 tonnes de ce métal insoluble sont rejetées dans la baie.

Dès 1950, les premiers signes d’empoisonnement apparaissent dans la population vivant aux alentours. Appartenant pour la plupart à des familles de pêcheurs se nourrissant de poisson, les habitants de Minamata développent d’étranges symptômes. Leur champ visuel est rétréci, leur capacité à toucher, à parler, à entendre, à marcher, à parler mais aussi à raisonner sont affectées. Certains tombent dans le coma puis meurent. Chez les enfants, les problèmes sont particulièrement sérieux : entre 1953 et 1960, 30 % d’entre eux naissent avec de graves retards mentaux, certain présentent de lourdes malformations. De nombreux cas d’enfants morts-nés sont également enregistrés.

Trente neuf ans plus tard, on a officiellement diagnostiqué les symptômes de la « maladie de Minamata » chez 2 252 patients. Plus de 1 000 personnes sont décédées, mais les experts estiment que près de 2 millions de personnes auraient été touchées par la catastrophe.

En 1971 et 1972, nouveau scandale. En Irak, la consommation accidentelle de pain fabriqué avec du blé traité avec un fongicide à base de méthylmercure entraîne l’intoxication de 6000 personnes dont 500 vont décéder.

Ces deux épisode dramatiques vont marquer les esprits : ils révèlent au grand public la neurotoxicité du mercure, notamment celle pour le fœtus. La contamination par le mercure se révélant planétaire, les organismes mondiaux de santé publique ont commencé à s’inquiéter à partir des années 1970, en particulier pour les populations dont l’alimentation inclut une forte consommation de poisson.

Comment le mercure a envahi les mers

Le mercure a longtemps été utilisé pour produire du chlore et des piles, pour fabriquer du matériel électrique et électronique, des thermomètres et des lampes néon. La destruction de ces objets un fois usagés s’est faite durant de longues années sans prendre aucune précaution. Conséquence : le mercure qu’ils contenaient s’est retrouvé dans les sols, a été lessivé par les la pluie, a ruisselé, a fini par se retrouver dans les fleuves puis à s’accumuler dans les mers. On estime qu’environ 5% du mercure qui se retrouve dans la mer est ingéré par les poissons.

Aujourd’hui, les thermomètres et les piles au mercure sont en voie de disparition et le retraitement du mercure permet de diminuer les quantités rejetées dans l’environnement. Mais des quantités importantes de ce métal persistent encore.

L'activité bactérienne en milieu aquatique convertit une partie du mercure dissout en méthylmercure. Sous cette forme, le mercure est très neurotoxique et capable de s’accumuler dans les organismes vivants tout au long de la chaîne alimentaire. La consommation de certaines espèces de poissons prédateurs (thon, marlin, espadon, requin..) représente une source importante d'exposition et de risque pour l'humain, en particulier pour les enfants et les femmes enceintes.

Méthylmercure, le passe-muraille

Ce sont les fœtus et les jeunes enfants qui sont les plus vulnérables aux effets toxiques du méthylmercure. Celui-ci peut en effet passer du sang de la mère à celui du fœtus en traversant la barrière placentaire. Transporté par les globules rouges, il va être distribué à l’ensemble des organes du corps. Après avoir traversé la barrière hématoencéphalique, la membrane qui entoure et, normalement, protège l’encéphale, le méthylmercure va atteindre le cerveau. C’est dans cet organe, pour lequel le méthylmercure a une affinité particulièrement grande, qu’il va s’accumuler le plus massivement et entraîner les dommages les plus importants.

L’exposition au mercure des enfants peut également se faire via l’ingestion de lait maternel et d’aliments contaminés. C’est entre 0 et 2 ans, période de développement des fonctions cognitives, que le mercure a les effets les plus dévastateurs.

Chez l’adulte, le méthylmercure est éliminé par l’organisme de manière naturelle. Cependant, plusieurs mois sont nécessaires pour que son niveau baisse dans le corps.

Aujourd’hui, des réglementations strictes

Selon les experts, plus de 2.000 tonnes de mercure sont rejetées chaque année dans le monde et 50 millions de personnes seraient gravement contaminées. En Europe, les émissions ont baissé de 500 à 300 tonnes par an sous l’impulsion des Suédois, qui ont découvert à cette époque que leurs lacs étaient pollués au mercure par les incinérateurs.

Différentes instances nationales et internationales vont déterminer, notamment à partir des données épidémiologiques recueillies auprès des victimes des deux grandes catastrophes, des valeurs toxicologiques de référence.

 

L’exposition au méthylmercure : un problème suivi de près

Des valeurs seuils de consommation de méthylmercure à ne pas dépasser ont été mises en place dès 1972 par le JECFA (Joint FAO/OMS Expert Comittee on Food Additives), un groupe d’experts toxicologues internationaux. Deux cohortes d’enfants suivis depuis leur naissance ont également été créées. Basées dans les Iles Seychelles (Océan Indien) et dans les îles Féroé (Nord du Danemark), deux régions où la consommation de poisson est particulièrement importante, ces cohortes d’enfant permettent de recueillir des données utilisées pour étudier les conséquences sur le fœtus d’une exposition au méthylmercure des mères durant leur grossesse.

En 2002, le seuil d’exposition maximal au mercure pour la population générale a été fixé par le JEFCA à 3,3 μg par kg de poids corporel et par semaine, valeur que l’on nomme Dose Hebdomadaire Tolérable Provisoire (DHTP). Par soucis d’apporter une précaution supplémentaire vis-à-vis de l’impact sur le développement du fœtus, la DHTP a été réévaluée en 2003 et abaissée à 1,6 μg/ kg de p.c/ semaine.

Le poisson étant le principal vecteur de mercure dans l’alimentation humaine, la Communauté Européenne a fixé en 2005 une teneur limite maximale (LM) de 1 mg de mercure par kilo de poisson frais à ne pas dépasser.

Les recommandations de l’Anses pour diminuer l’exposition au mercure

L’Anses, ex-Afssa s’est basé sur ces recommandations mondiales qu’elle a combinées avec les données françaises concernant les fréquences de consommation et les niveaux de contamination des poissons présents sur le marché, pour élaborer ses propres recommandations.

En 2004, elle conseillait aux femmes enceintes et allaitantes et aux jeunes enfants de moins de 30 mois de « favoriser une consommation diversifiée des différentes espèces de poisson » en évitant, « à titre de précaution », une consommation exclusive d’espèces prédatrices sauvages : pas plus de 60 grammes par semaine pour les enfants de 0 à 2 ans et demi et pas plus de 150 grammes (une portion) par semaine pour les femmes enceintes et allaitantes. Selon Véronique Sirot, chargée de projet au Pôle d'appui scientifique à l'évaluation des risques de l’Afssa, il est nécessaire de « limiter à une fois par semaine la consommation de poissons prédateurs comme le bar, la baudroie, le flétan ou le thon, car ce sont souvent les plus contaminés » mais aussi « d’inclure dans sa consommation les poissons gras riches en oméga-3 comme le maquereau, les sardines ou encore le saumon. »

En juillet 2006, compte tenu du fait que l’espadon, le marlin et le siki, des variétés de poissons fréquemment consommés sur l’Ile de la Réunion, présentaient des teneurs 2 à 3 fois supérieure à la LM fixée par la communauté européenne, l’agence a précisé que les femmes enceintes et allaitantes et les enfants de moins de 30 moins devaient l’exclure de leur consommation.

Lecture conseillée :Sang pour sang toxique (J-F Narbonne) (lire un extrait ICI >>)

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