Des microplastiques dans l’eau potable : quel danger pour la santé ?
Par Sarah Amiri Diététicienne et journaliste scientifiqueMis à jour le 09/01/2026
Actualité
Les microplastiques, de plus en plus présents dans notre environnement, peuvent être ingérés et rejoindre différents organes du corps, avec des conséquences pour la santé encore méconnues. Nous faisons le point avec le Pr Jean Demarquoy qui publieMicroplastiques - Notre santé en danger.
Emblème de la société moderne, le plastique façonne l’ensemble de notre environnement. Regardez simplement les objets qui traînent sur votre bureau : une règle en plastique, un stylo en plastique, un paquet de mouchoirs avec un emballage en plastique, une lampe en plastique... Les plastiques sont partout dans nos logements, nos vêtements, et nos emabllages, y compris alimentaires.
La pollution microplastique dans l'environnement
La majeure partie du plastique produit serait destiné aux emballages avec 40 % du plastique utilisé une seule fois avant d’être jeté, selon National Geographic (1). Comme il se recycle très mal, le plastique s’accumule dans l’environnement, y compris sous forme de particules très petites, qu’on retrouve même dans des zones de nature a priori préservées.
"Je connaissais déjà, comme beaucoup, l’existence de cette vaste zone du Pacifique que certains appellent le « septième continent », où s’accumulent les déchets plastiques, explique Jean Demarquoy. Mais c’est en consultant, un jour, une série de photographies prises depuis un avion de surveillance que j’ai réellement pris la mesure du phénomène. On y voyait des fragments flottant à la surface, étendus sur des kilomètres. Un océan de déchets."
Au fil du temps, le plastique ne disparaît jamais vraiment. Sous l'action de l'eau, du vent, de la lumière, il se fragmente, se divise et se décompose en une multitude de particules de plus en plus petites : les microplastiques, des particules comprises entre 1 et 1 000 micromètres (μm) et les nanoplastiques, pour celles dont la taille est inférieure à 1 μm.
Beaucoup de ces particules se retrouvent dans les océans, mais pas seulement. "Les sols agricoles, en particulier ceux amendés avec des boues issues des stations d’épuration, sont devenus de véritables réservoirs de microplastiques, dit Jean Demarquoy. En Europe, on estime que 63 000 à 430 000 tonnes de microplastiques sont épandues chaque année sur les terres agricoles via les boues d’épuration." Sur terre, dans les sols, en mer, dans les fonds marins, ou dans les airs, les microplastiques sont partout !
Les microplastiques dans l'alimentation
Vu l'omniprésence des microplastiques dans l'environnemment, les animaux peuvent les ingérer et les faire entrer dans la chaîne alimentaire. "Des études ont détecté des microplastiques dans des poissons comme le thon et le maquereau ainsi que dans des fruits de mer, posant la question du risque alimentaire à long terme."
Mais le risque concerne aussi l'eau que nous buvons et les autorités de santé s’intéressent à notre exposition par l’eau potable. En 2019, l'Organissation mondiale de la santé (OMS) a publié une synthèse alarmante à ce sujet (2).
Des microplastiques dans l'eau potable
L’OMS a analysé une cinquantaine d’études, les plus fiables sur le sujet, pour déterminer les niveaux de pollution des eaux potables et les risques potentiels de la présence de microplastiques pour la santé humaine. Selon l’OMS, le risque se présente sous trois formes :
physique : lié à la particule de plastique en tant que telle ;
chimique : migration de molécules dans l’environnement ;
Résultats : les microplastiques d’une taille supérieure à 150 µm ne semblent pas être absorbés par le système digestif, alors que l’absorption des molécules encore plus petites devrait être « limitée ». En revanche, le sort des nanoparticules est encore mal connu, mais il semble que leur absorption soit plus importante.
Les microplastiques sont présents partout, y compris dans l’eau que nous buvons.
« Il est urgent d’en savoir plus sur les conséquences des microplastiques sur la santé, car ceux-ci sont présents partout, y compris dans l’eau que nous buvons » a déclaré la Dre Maria Neira, directrice du Département Santé publique, environnement et déterminants sociaux de la santé de l’OMS. « D’après les informations limitées que nous disposons, les microplastiques présents dans l’eau de boisson ne semblent pas présenter de risques pour la santé, du moins aux niveaux actuels. Mais nous devons approfondir la question. »
Eau du robinet ou bouteille d'eau ?
L'eau du robinet peut contenir des microplastiques, mais il y en encore plus dans les bouteilles ! "Plusieurs études ont montré que certaines marques d’eau en bouteille contiennent jusqu’à 10 000 particules plastiques par litre, soit en moyenne deux fois plus que l’eau du robinet", dit Jean Demarquoy. Cela s'explique par les particules qui se détachent de l'emballage, mais aussi par les procédés de production des bouteilles d'eau. On pourrait penser que les bouteilles d'eau en verre soient plus sûres car elles permettent d’éviter le relargage direct de plastique depuis le contenant. "Toutefois, elles ne sont pas totalement exemptes de microplastiques : les bouchons, les joints d’étanchéité ou les équipements utilisés dans la chaîne de production peuvent contribuer à une contamination résiduelle."
Quels sont les dangers des microplastiques pour la santé ?
Vu leur petite taille, les micro- et nanoplastiques peuvent traverser des barrières naturelles, entrer dans les organismes vivants, par ingestion ou inhalation, et interagir avec les cellules. "Certaines études en laboratoire ont, à cet égard, démontré que des nanoplastiques peuvent pénétrer des cellules végétales et animales", dit Jean Demarquoy.
Les microplastiques pénètrent dans nos poumons et passent dans la circulation sanguine. Mais que deviennent-ils ensuite ? Dans quels organes vont-ils se loger ?
L'accumulation de microplastiques dans le corps humain
Des chercheurs américains ont recherché des particules de micro- et nanoplastiques dans des tissus de personnes décédées : dans le cerveau, le foie et les reins (3). Ils ont trouvé que les particules de polyéthylène étaient les plus fréquentes dans ces tissus, mais aussi que le cerveau en contenait plus que le foie ou le rein. Ils ont aussi constaté que les concentrations de plastique augmentaient au fil du temps dans les échantillons de foie et de cerveau et qu’une accumulation encore plus importante était observée dans les cerveaux de personnes décédées avec un diagnostic de démence.
Pour les auteurs de cette recherche, "Les concentrations environnementales de microplastiques et de nanoplastiques anthropiques, des particules à base de polymères dont le diamètre va de 500 µm à 1 nm, ont augmenté de manière exponentielle au cours des cinquante dernières années." Il est donc essentiel de limiter notre exposition et protéger notre cerveau.
Une pollution préoccupante pour la santé humaine
L'exposition aux microplastiques soulève encore de nombreuses interrogations sur la santé que la recherche doit encore explorer. Mais nous savons déjà que les microplastiques ont un impact sur les animaux et les cellules. "Une fois inhalés, ces microplastiques peuvent provoquer des irritations, une inflammation chronique ou un stress oxydatif", dit Jean Demarquoy.
De plus, à l'échelle nanométrique, leur surface peut servir à adsorber (fixer) des composés toxiques, tels que des perturbateurs endocriniens, des polluants éternels... Dans l'eau, des micro-organismes comme des bactéries peuvent aussi se développer sur ces "petits radeaux" et former des biofilms. Conséquences : un transport de bactéries potentiellement dangereuses (agents pathogènes), mais aussi un accroissement des phénomènes de résistance aux antibiotiques.
Et plus la particule est petite, plus la surface permettant d'asorber des contaminants est importante : "chaque fragment de microplastique, en se dégradant et en se fragmentant en particules de plus en plus petites, voit sa surface totale augmenter, dit Jean Demarquoy. Cette fragmentation multiplie les interfaces disponibles pour l’adsorption de contaminants, tels que les métaux lourds, les polluants organiques persistants ou les micro-organismes." Autant de composés problématiques pour l'organisme qui risquent d'entrer dans nos corps...
Des plastiques particulièrement dangereux pour la santé de certaines populations
Certaines populations sont particulièrement vulnérables :
les enfants, car leur développement pourrait être perturbé par des perturbateurs endocriniens transportés par des microplastiques. Du fait de leur petit poids, les jeunes sont exposés à des doses plus importantes que les adultes, proportionnellement ;
les femmes enceintes, car les microplastiques peuvent traverser la barrière placentaire ;
les travailleurs exposés professionnellement aux plastiques, notamment dans l’industrie
textile, le recyclage, la plasturgie ou la fabrication de peintures et vernis. "Dans ces environnements, les concentrations de microfibres ou de poussières plastiques sont bien supérieures à celles rencontrées dans la vie quotidienne."
En pratique : comment limiter les plastiques dans l'environnement
Même s’ils paraissent très pratiques, de nombreux produits en plastique à usage unique ont été interdits, comme la vaisselle jetable (4). Bonne nouvelle certes, mais ne pourrait-on pas aller encore un peu plus loin ? Certaines initiatives à adopter dans la vie de tous les jours pourraient permettre de limiter la pollution causée par le plastique, comme :
acheter des produits réparables/réparer et recyclables/recyclés ;
privilégier les aliments en vrac : épicerie, fromage, produits d’entretien, fruits et légumes ;
éviter les produits transformés très souvent suremballés ;
Face à l’accumulation silencieuse de toxiques dans notre environnement, des gestes simples permettent de réduire significativement son exposition quotidienne. Elles s’articulent autour de quatre axes : renouveler l’air, filtrer, choisir des produits moins émetteurs, et éliminer les sources les plus toxiques.
Dans le cadre de la Semaine européenne de sensibilisation à la réduction des déchets, LaNutrition vous détaille 4 changements que vous pouvez apporter dans votre quotidien pour rendre votre mode de vie plus écologique. A vous de choisir lequel adopter en priorité.