Le hit-parade des margarines santé

Par Lanutrition.fr Publié le 07/06/2006 Mis à jour le 10/03/2017
C’est la bousculade au rayon pâtes à tartiner : une bonne dizaine de margarines nous promettent des lendemains qui chantent et des artères lisses et souples comme des flexibles pour gazinière. Mais à y regarder de plus près, seules quelques unes sont vraiment recommandables, et parmi elles ne figure pas la plus médiatisée, vous savez, celle qui est remboursée par une mutuelle.

Il aura fallu une bonne dizaine d’années pour que les Français trouvent dans les rayons des supermarchés des margarines bonnes pour leurs artères et leur cœur. Pour les spécialistes, la cause était entendue depuis que les docteurs Serge Renaud et Michel de Lorgeril, avaient, en 1988, enrôlé 605 malades cardiaques dans leur étude de prévention cardio-vasculaire. La moitié suivaient le régime alimentaire prescrit traditionnellement par les cardiologues. L’autre moitié un régime proche du régime crétois – ou méditerranéen, dont la modification la plus frappante concernait le type de corps gras. « Les Crétois et les Japonais, deux populations qui ont la meilleure espérance de vie au monde consomment des quantités importantes d’acide alpha-linolénique, se rappelle Serge Renaud. Nous avons donc donné à nos patients une margarine riche en cet acide gras. » En mars 1993, les résultats tombent : ils sont stupéfiants. Il y a eu 20 décès dans le groupe qui suivait les recommandations des cardiologues, mais seulement 8 dans le groupe « crétois » soit une réduction de 70% ! Un bénéfice attribué à l’huile de colza, incorporée pour les besoins de l’étude dans la margarine fabriquée spécialement par Astra-Calvé (Unilever).

Du bon ratio oméga-6/oméga-3…

Les corps gras contiennent des molécules appelées acides gras. Deux sont essentiels, parce que l’organisme ne sait pas les fabriquer : l’acide linoléique et l’acide alpha-linolénique. Mais leurs proportions respectives, qui confèrent aux huiles et aux margarines leurs qualités biochimiques, varient considérablement d’un produit à l’autre. « Du point de vue de la santé, il existe un rapport idéal entre acides linoléique et alpha-linoléique, de l’ordre de 4 à 6 pour 1. C’est l’huile de colza qui s’en rapproche le plus », indique le Dr François Mendy, médecin et biochimiste spécialiste des lipides (St-Cloud). De quoi s’alarmer de la facilité avec laquelle, dans les années 1960, la population française s’est laissée massivement convertir à l’huile et la margarine de tournesol. « Dans l’huile de tournesol, précise François Mendy, ce rapport est supérieur à 130. Résultat : la plupart des Français sont aujourd’hui carencés en acide alpha-linolénique ! »

Aux margarines anti-cholestérol…

On aurait pu penser que la démonstration de Serge Renaud et Michel de Lorgeril se serait illico frayé un chemin dans la tête de tous les margariniers, y aurait planté des graines et permis dès l’année suivant la parution des résultats de l’étude de Lyon, en 1995, la mise au point de margarines toutes plus merveilleuses les unes que les autres. Raté. Très investie à l’époque dans la margarine au tournesol (Fruit d’Or), Astra-Calvé a réservé à sa margarine au colza un enterrement de première classe. Au début de ce nouveau siècle, on trouve donc quelques rares margarines équilibrées, mais il faudra attendre le succès du livre de David Servan-Schreiber, Guérir, pour que les margariniers découvrent massivement les oméga-3. Entre-temps, les phytostérols, ces composés végétaux anti-cholestérol pourtant apparentés au cholestérol avaient, de leur côté, pénétré la structure des margarines. On sait depuis 1983 que les phytostérols font baisser le cholestérol. En 1995, une société finlandaise nommée Raisio lance Benecol, la première margarine « fonctionnelle » aux phytostérols, qui va faire des petits et inspirer aussi les concurrents.

And the winner is…

Bref, aujourd’hui, vous l’avez compris, c’est l’affluence au rayon margarine, mais les perspectives sont inégales. Après analyse des compositions de ces margarines, deux d’entre elles, de la marque St Hubert se détachent vraiment. Et Pro-Activ ? Pro-Activ d’Unilever, c’est la margarine aux phytostérols remboursée par la Maaf à hauteur de 40 euros par an. On ne veut pas être méchant avec la Maaf, mais on se demande ce qu’ils ont pu trouver d’exceptionnel à cette margarine pour aller jusqu’à rembourser les adhérents. Certes, il y a des phytostérols, certes cela fait baisser le cholestérol, mais quid du risque d’infarctus ? Aucune étude n’a encore prouvé que les phytostérols réduisent à eux seuls le risque d’infarctus. Ce n’est pas tout : Pro-Activ  n’a pas tenu compte du seul paramètre ayant prouvé son efficacité, c’est-à-dire un ratio oméga-6/oméga-3 inférieur à 5-6. Dans Pro-Activ, le ratio oméga-6/oméga-3 est très mauvais.

Pour résumer, la bonne nouvelle au rayon margarine c’est qu’il existe aujourd’hui des produits très intéressants pour la santé. A condition de ne pas trop écouter la publicité.

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