Dominique Rueff : ''Les vitamines n’ont pas d’effet néfaste''

Par Lanutrition.fr Publié le 19/04/2006 Mis à jour le 21/11/2017

Le Dr Dominique Rueff a publié La Bible des vitamines et des suppléments nutritionnels chez Albin Michel. LaNutrition.fr l’a interrogé sur les réelles efficacités des vitamines et autres compléments alimentaires.

Existe-t-il une différence entre compléments alimentaires et suppléments nutritionnels ?

C’est une excellente question car la différence entre les deux est fondamentale. Les compléments alimentaires sont des compléments qui peuvent être utilisés lors d’une alimentation déficitaire. Pour des raisons environnementales par exemple, une partie de la population peut avoir une déficience particuliére. Les raisons de cette carence dépendent souvent de la façon dont les gens vivent, cuisinent, de la qualité de leur alimentation, de l’endroit où ils habitent. Ils utilisent trop de produits préparés, trop salés, trop gras, trop sucrés… Leur cuisine est souvent monotone. De plus, lorsque que l’on vieillit, le corps est moins performant. Les personnes âgées ont souvent de mauvaises dents, l’estomac ne fonctionne pas bien, la digestion est loin d’être parfait. Sans parler qu’après 50 ans, on prend beaucoup de médicaments.

 

Dans tous ces cas, les personnes ont besoin de compléments alimentaires, même si elles jugent que leur alimentation est variée.

 

Les suppléments alimentaires, eux, couvrent un domaine plus vaste. Ils sont pris pour supplémenter une fonction. L’exemple du sportif est le plus parlant. Pendant l’effort, il y a un stress oxydatif. Si le sportif ne prend pas d’antioxydants, ses fonctions antiradicalaires seraient déficientes. Ici, cela dépend des problèmes que vous avez.

 

Et les vitamines, compléments alimentaires ou suppléments nutritionnels ?

 

Comme tous les nutriments, les vitamines font partie des deux catégories. Tout dépend en fait des conditions dans lesquelles elles sont prises.

 

Vous conseillez de prendre des suppléments nutritionnels. Mais lesquels ? A quel âge ? A quelle fréquence ?

 

A chaque âge sa situation. Mon « public » est l’adulte de plus de 12 ans. Les adolescents sont en première ligne puisqu’ils ont de nombreuses déficiences nutritionnelles qu’il est difficile de compenser plus tard.

Aujourd’hui, tout le monde devrait consommer trois pilules tous les matins. Il y a, selon moi, des choses prioritaires à prendre. Une de poly-vitamines, une avec des minéraux et une dernière enfin avec des antioxydants. Ceci est pour moi le B.A.-BA.

Après, il peut être utile de prendre d’autres vitamines à certains moments de l’année. Ainsi, au début de l’hiver, certaines personnes sont fatiguées, voire dépressives. Avec la diminution de la lumière, il y a parfois une diminution de la forme. Cela peut être le moment, si l’on sait que l’on est sujet à ce genre de troubles, de prendre un peu plus de vitamines, afin de passer le cap.

Si l’on est fumeur, on devrait prendre plus de vitamine C ; si l’on est sportif, ce sont les antioxydants que l’on devrait prendre. En cas de nervosité passagère, un peu de calcium et de magnésium de façon temporaire. En fait, il est nécessaire de faire du cas par cas.

 

Peut-on décider de prendre seul des vitamines, sans consulter de médecin ?

 

Oui car si j’ai fait ce livre, La Bible des vitamines et des suppléments nutritionnels, c’est pour donner aux gens envie de prendre leur santé en main. Je leur donne les outils. On peut réfléchir à sa propre santé, quand on a des éléments de réflexion. Et de toutes les façons, c’est aussi le rôle du pharmacien de servir de filtre.

En revanche, il est indispensable de connaître ses limites et d’être conscient de l’existence de ces limites. Avec de vrais problèmes, on ne peut pas tout gérer seul. Dans ce cas, mieux vaut consulter. L’idéal est d’aller voir des professionnels de santé, à condition que ces derniers soient bien formés… Il est important de faire un bilan, un état des lieux, un inventaire de toutes ses fonctions physiques, psychologiques et de son environnement.

 

Y-a-t-il des personnes qui ne peuvent pas prendre de vitamines ou de suppléments nutritionnels ? Existe-t-il des contre-indications ?

 

Il existe en effet des cas médicaux qui ne doivent pas prendre de vitamines. Mais ce sont des cas extrêmement rares. Les suppléments nutritionnels ou les compléments alimentaires vendus en France ne sont pas des médicaments. Il n’y a donc pas de contre-indications aux doses normales d’utilisation.

Cependant, la vitamine A et la vitamine D sont, au niveau légal, des médicaments. Il y a donc des effets secondaires qui doivent normalement figurer sur l’emballage.

 

Une carence, en vitamines par exemple, peut-elle être dangereuse pour la santé ?

 

Les déficits en fer ou en vitamine B peuvent entraîner chez certains fatigue et dépression. Dans ce cas précis, les thérapies médicamenteuses sont inutiles.

Le manque de zinc, présent dans les produits de la mer, fait vieillir les gens. Ces personnes peuvent avoir des troubles hormonaux ou être moins fertiles. Le déficit en zinc, visible lors d’analyse, est très souvent lié à l’environnement.

Les vitamines B sont aussi des éléments basiques. Même si, normalement, elles devraient être fabriquées naturellement par notre flore intestinale, on peut être carencé à cause du déséquilibre alimentaire ou d’une prise trop importante d’anti-inflammatoire ou d’antibiotiques.

 

Existe-t-il des pathologies sur lesquelles les vitamines n’ont aucun effet, voir des effets néfastes ?

 

Au pire, elles sont inutiles. Mais il n’y a pas d’effet néfaste. On peut se supplémenter inutilement. D’où l’utilité et l’importance de faire un bilan avec un professionnel de la santé. En France de plus en plus de médecins s’intéressent au sujet, et ils n’ont pas encore trop de pression… On a de la chance !

 

Les compléments alimentaires peuvent-ils remplacer les médicaments?

 

Non, les compléments alimentaires ne remplacent pas les médicaments. Soit ils viennent en amont soit en parallèle d’un traitement médical, pour tenter d’améliorer son effet.

Avec ces compléments, on peut prévenir la maladie ou tout au moins la faire reculer. Il faut savoir que parfois, la recherche sur les vitamines devance celle sur les médicaments. Pour le cholestérol par exemple, les médicaments ont fréquemment des effets secondaires. Depuis longtemps, on sait que l’acide nicotinique est un hypocholestérolémiant et un hypotriglycéridémiant. Pourtant, la vitamine B3 n’a pas de succès commercial car elle est difficile à manipuler et la niacine entraîne des bouffées de chaleur et des picotements. Mais, depuis quelques mois, il existe une forme-retard, l’inositol hexanicotinate. Cette substance, composée de 6 molécules de vitamine B3 (hexa) pour une molécule d’inositol, peut être utilisée à la place du médicament pour faire baisser le taux de cholestérol. L’IHN risque d’ailleurs de devenir un médicament. Comme quoi la recherche sur les vitamines a parfois une longueur d’avance sur la recherche médicale.

On essaie finalement de tout associer afin de limiter la prise de médicaments et de diminuer ainsi les risques, notamment d’effets secondaires, liés à la prise régulièrement de traitements médicamenteux

 

Pour finir, que pensez-vous de la récente étude du Lancet qui a fait beaucoup de bruit, selon laquelle la prise d’antioxydant augmenterait la mortalité par cancer digestif ?

 

C’est une étude purement statistique incluant des groupes de cancers digestifs, traités bien entendu par des thérapeutiques classiques. Personne n’a jamais prétendu que des antioxydants ou tout autre nutriment étaient susceptibles de traiter avec succès un cancer en pleine évolution, surtout s’il s’agit de cancers du foie et de cancers digestifs dont on sait que même les traitements classiques les plus agressifs ne parviennent pas toujours à venir à bout.

Sur les quatorze études examinées dans la méta-analyse du Lancet, seules trois concernent des personnes en bonne santé. Pour l’une d’entre elles, l’étude dite ATBC, on retrouve le problème d’une supplémentation d’une population à risque (travailleurs de l’amiante) avec de fortes doses de bêta-carotène de synthèse. C’est une étude déjà ancienne, aux méthodes très critiquées, qui fait dériver les résultats de la méta-analyse à la limite des seuils statistiques significatifs. Il est totalement illogique d’en tirer des conclusions « alarmistes » et « alarmantes » comme le font de manière bien irresponsable certains médias.

Trouver une surmortalité dans des groupes hétérogènes de cancers évolués et traités avec des thérapeutiques multiples et l’attribuer à la prise de vitamines antioxydantes est pour le moins un raccourci plutôt discutable tant au plan de l’éthique que de la science.

En conclure, ou même simplement laisser supposer, que tous les usagers de ces mêmes suppléments, qu’ils soient en bonne santé ou souffrant d’autres pathologies que celles prises en compte dans l’étude, courent un risque de surmortalité relève d’un scientisme primaire ou d’une volonté délibérée de délivrer un message alarmiste ou, encore, d’une inconscience inquiétante.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que nous avons à notre disposition de nombreuses études cliniques d’intervention qui démontrent que l’apparition d’un certain nombre de maladies, y compris de cancers, est en relation avec un statut antioxydant déficitaire. On peut citer l’étude épidémiologique « des infirmières » (Nurses’ Health Study) sur 89.000 femmes, qui en 1998 a montré un risque de cancer du côlon réduit de 75% grâce aux vitamines. Plus près de nous, l’étude française SU.VI.MAX, une étude d’intervention sur 19 000 volontaires ayant pris des vitamines antioxydantes, a conclu à une diminution de 31% des cancers chez l’homme.

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