Cancer du côlon : les nutriments qui protègent... Et les autres ?

Par Lanutrition.fr Publié le 13/12/2012 Mis à jour le 10/03/2017
Notre alimentation peut modifier l'expression de nos gènes.Alors que certains nutriments semblent protecteurs, une vitamine pourrait être dangereuse.

Des chercheurs de l'université de New Castle aux Etats-Unis se sont penchés sur l'épigénétique du cancer du côlon. L'épigénétique est un domaine qui étudie l'interaction entre l'environnement et l'expression de certains gênes. Dans le cas du cancer du côlon il semble que des réactions d'hyperméthylation au niveau de l'ADN jouent un rôle fondamental dans le développement de la maladie. Ils ont donc effectué 185 biopsies rectales et autant de prises de sang sur 84 hommes et 101 femmes en bonne santé venues à l'hôpital pour effectuer une coloscopie de routine. Les changements épigénétiques ont ensuite été évalués en fonction du mode de vie et des caractéristiques de chaque personne.

Les chercheurs ont ainsi pu mettre en évidence que le facteur le plus important dans l'hyperméthylation de l'ADN est l'âge, expliquant ainsi pourquoi le cancer du côlon est plus fréquent en vieillissant, en particulier après 50 ans. Ces mutations sont également plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes,ce qui est compatible avec l'observation que ce cancer touche plus souvent les personnes de sexe masculin. Par ailleurs plus les taux de vitamine D et de sélénium dans le sang sont élevés moins il y a de mutations, ce qui confirmerait un rôle anti-cancer de la vitamine D et du sélénium.

Du côté des points négatifs, c'est le surpoids qui a été associé à plus de changements épigénétiques et donc à un risque de cancer plus élevé. Mais plus surprenant, les chercheurs constatent aussi que les personnes qui ont des taux de vitamine B9 élevés dans le sang ont plus de risques de subir des changements épigénétiques et donc théoriquement d'avoir plus de risque de développer un cancer du côlon.

 

Comment expliquer ces résultats ?

Bien que cela puisse paraître surprenant, cette équipe de chercheurs avait déjà mis en évidence en laboratoire que la vitamine B9 à fortes doses altérait l'ADN (1). Dans cette étude les participants n'utilisaient pas de compléments alimentaires : leurs apports en vitamine B9 sont donc issus des aliments naturels et des aliments enrichis, une pratique courante aux Etats-Unis, en particulier dans les produits céréaliers. La forme de vitamine B9 utilisée en fortification (y compris en France) ou dans la plupart des compléments alimentaires est de l'acide folique, une forme synthétique de vitamine B9, différente de la vitamine B9 qu'on retrouve naturellement dans les aliments (appelés folates).

Cet acide folique est digéré puis converti dans l’organisme en acide 5-méthyltétrahydrofolique, la forme active de vitamine B9, par une enzyme communément appelée MTHFR. Malheureusement la MTHFR n’est pas capable de traiter une grande quantité d’acide folique. Lorsqu’on prend de fortes doses de cette vitamine synthétique, une bonne partie se retrouve inchangée dans le sang avec des conséquences très douteuses sur la santé qui ont été peu évaluées par les autorités de santé (2, 3). Certaines études parlent d’une augmentation du risque de cancers, et en particulier du cancer du côlon, ce que semble confirmer ces nouveaux résultats (4, 5, 6). LaNutrition.fr souligne cette problématique depuis longtemps et invite à la prudence lors de l'utilisation de vitamine B9 dans les compléments alimentaires. Lire l'analyse de Thierry Souccar à ce sujet.

A lire également : Compléments alimentaires : les vrais dangers et Comparatif des compléments alimentaires multivitaminés pour adultes.

Références

Tapp, H. S., Commane, D. M., Bradburn, D. M., Arasaradnam, R., Mathers, J. C., Johnson, I. T. and Belshaw, N. J. (2012), Nutritional factors and gender influence age-related DNA methylation in the human rectal mucosa. Aging Cell. doi: 10.1111/acel.12030

(1) Charles MA, Johnson IT, Belshaw NJ. Supra-physiological folic acid concentrations induce aberrant DNA methylation in normal human cells in vitro. Epigenetics. 2012 Jul;7(7):689-94. doi: 10.4161/epi.20461.

(2) Eoin P Quinlivan, Jesse F Gregory III. Effect of food fortification on folic acid intake in the United States. Am J Clin Nutr 2003 77: 1 221-225.

(3) Yetley EA, Rader JI. Modeling the level of fortification and post-fortification assessments: U.S. experience. Nutr Rev. 2004 Jun;62(6 Pt 2):S50-9.

(4) Mason JB, Dickstein A, Jacques PF, et al. A temporal association between folic acid fortification and an increase in colorectal cancer rates may be illuminating important biological principles: a hypothesis. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 2007;16:1325–9.

(5) Figueiredo JC, Grau MV, Haile RW, et al. Folic acid and risk of prostate cancer: results from a randomized clinical trial. J Natl Cancer Inst 2009;101:432–5.

(6) Hirsch S, Sanchez H, Albala C, et al. Colon cancer in Chile before and after the start of the flour fortification program with folic acid. Eur J Gastroenterol Hepatol 2009;21:436–9.

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