Des apports élevés en phosphore augmenteraient le risque de cancer de la prostate

Par Juliette Pouyat Publié le 07/01/2015 Mis à jour le 10/03/2017
Une nouvelle étude sur 24 ans montre que des apports élevés en phosphore augmentent le risque de cancer de la prostate. Le phosphore expliquerait en partie l’association entre apports élevés en calcium et risque de cancer de la prostate

La consommation de produits laitiers a été associée à l’augmentation du risque de cancer de la prostate. Les études suggèrent que le calcium jouerait un rôle prédominant dans cette association. Dans cette nouvelle étude parue dans The American Journal of Clinical Nutrition, les chercheurs montrent que le phopshore est également impliqué de manière indépendante et qu’il existe une association entre phosphore et risque de cancer de la prostate. Selon les auteurs, le rôle du calcium dans le risque du cancer de la prostate ne serait pas indépendant de celui du phosphore.

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Le cancer de la prostate est le deuxième cancer le plus fréquent chez l’homme dans le monde avec une incidence et une mortalité plus élevées dans les pays développés. Cela s’explique par l’impact du régime alimentaire occidentalisé et le mode de vie sur la prévalence de ce type de cancer. Si certains aliments sont supposés diminuer le risque de ce type de cancer –fibres, fruits, céréales complètes, brocoli, tomates- d’autres comme les laitages augmenteraient le risque de cancer de la prostate, notamment avancé. Le calcium serait en partie responsable de cette augmentation du risque et les auteurs de l’étude ont montré précédemment dans une étude qui a duré 16 ans et menée sur 3 544 cas de cancer de la prostate que des apports en calcium supérieurs à 1500 mg/ jour étaient associés à un risque plus élevé de cancer de la prostate avancé.

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« Le phosphore est un autre minéral présent dans les produits laitiers même s’il est plus largement distribué dans le régime alimentaire que le calcium » expliquent les auteurs. Quelques études suggèrent que le phosphore augmenterait le risque de cancer de la prostate. Les auteurs avaient eux-mêmes montré que des apports élevés en phosphore étaient associés à un risque plus élevé de la maladie. Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont cherché à savoir si l’association entre phosphore et cancer de la prostate était indépendante de celle du calcium.

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Ici, les chercheurs ont complété les données déjà utilisées préalablement avec un suivi plus long (24 ans) et un nombre de cas de cancers de la prostate plus important (5861 cas entre 1986 et 2010). Cette étude, la Health Professionals Follow-Up Study (HPFS), a débuté en 1986 et concernait 51 529 hommes âgés de 40 à 75 ans qui ont répondu à un questionnaire alimentaire tous les 4 ans.

Les résultats montrent que les hommes qui ont les apports en calcium les plus élevés ont un risque accru de cancer de la prostate. Ceux qui ont des apports en calcium supérieur à 2000 mg/jour ont 24% de risque en plus d’avoir un cancer de la prostate que ceux qui ont des apports situés entre 500 et 749 mg/jour. Ceux qui ont des apports en calcium supérieurs à 2000 mg/jour ont un risque accru de cancer avancé, mortel ou de grade élevé (score de Gleason 8-10). Mais ces associations sont atténuées et ne sont plus statistiquement significatives après ajustement des apports en phosphore.

Les participants qui ont les apports en phosphore les plus élevés ont un risque accru de cancer de la prostate, notamment les cancers de grade élevé. Cette association n’est pas modifiée par la prise en compte des apports en calcium.

Les auteurs ont noté une corrélation importante entre les apports en calcium et les apports en phosphore dans la population étudiée, la principale source des deux minéraux étant les produits laitiers. Il est donc difficile de séparer réellement leurs effets. Les auteurs ont cependant remarqué dans cette nouvelle étude qu’une supplémentation en calcium n’influe pas sur le risque de cancer de la prostate. Ces résultats suggèrent donc que l’association observée entre calcium alimentaire et risque de cancer de la prostate pourrait être due à un facteur de confusion, le phosphore, dont les apports sont corrélés aux apports en calcium alimentaire.

En analysant les périodes de latence, les chercheurs ont  cependant émis l’hypothèse que le calcium affecterait les tumeurs de haut-grade assez tôt dans leur développement –au moins 12 ans avant le diagnostic- alors que le phosphore agirait plus tard –entre 0 et 8 ans avant le diagnostic.

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Les auteurs soulignent néanmoins que leurs résultats doivent être pris avec prudence en raison de la forte corrélation entre apports en calcium et apports en phosphore mais aussi en raison de leur corrélation avec les produits laitiers et la viande (phosphore). « Les études futures devront examiner avec attention à la fois le calcium et le phosphore comme facteur de risque du cancer de la prostate » concluent les auteurs.

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Source

Wilson KM, Shui IM, Mucci LA, Giovannucci E. Calcium and phosphorus intake and prostate cancer risk: a 24-y follow-up study. Am J Clin Nutr. 2015 Jan;101(1):173-83. doi: 10.3945/ajcn.114.088716. Epub 2014 Nov 19.

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