Phosphore et additifs aux phosphates : la cote d’alerte est dépassée

Par Thierry Souccar - Journaliste et auteur scientifique, directeur de laNutrition.fr Publié le 14/05/2014 Mis à jour le 21/09/2021
Choisir ses aliments

Les additifs au phosphate sont soupçonnés de contribuer à des maladies chroniques. 

On en parle peu, mais la quantité de phosphore apportée par l’alimentation, trop souvent à notre insu, en particulier par des additifs au phosphate est de plus en plus mise en cause.

Est-ce que le phosphore et les phosphates sont dangereux pour la santé ?

Le phosphore est un minéral essentiel : nous en avons besoin, mais point trop n’en faut. Un excès de phosphore est associé à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires, osseuses et rénales. Chez l’adulte, il est lié à une mortalité plus élevée, tant chez les insuffisants rénaux que les personnes en bonne santé. Ces données provenant d'études d'observation, il s'agit pour l'instant d'associations, sans qu'on puisse prouver qu'il y a un lien de cause à effet entre la consommation de phosphore et ces problèmes de santé. Chez l'animal, un excès de phosphore dans l'alimentation peut provoquer des calcifications dans les vaisseaux et les reins, voire une mortalité prématurée.

Dans leur dossier de réévaluation de ces additifs paru en 2019, les experts de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) soulignent qu’un apport important de phosphates augmente le risque d’insuffisance rénale. Lorsque les quantités de phosphore (apportées par les additifs et les aliments) sont trop importantes, celui-ci peut précipiter sous forme de sel de phosphate de calcium au niveau des reins et altérer leur fonctionnement, voire entraîner une insuffisance rénale. Des études chez l’homme ont confirmé ces données. Certaines rapportent qu’une dose unique élevée de 160 mg/kg de poids corporel de phosphore a provoqué des cas d’insuffisance rénale. De plus, l’ingestion de doses répétées de phosphore (4800 mg/ jour) entraîne aussi ce problème de santé.
Le groupe scientifique de l'EFSA met d’ailleurs en garde les personnes ayant une fonction rénale réduite (jusqu’à 10% de la population) contre l’excès de phosphates : la dose journalière admissible de 40 mg/kg /jour qu’ils ont définie dans leur dossier pourrait être trop importante et ne pas les protéger !

Pour en savoir plus, lire : Phosphates : les autorités de santé réévaluent ces additifs controversés

Phosphore et aliments : l'overdose

Les apports conseillés en phosphore sont de l’ordre de 300 à 450 mg par jour jusqu’à 9 ans, 600 mg chez les jeunes filles de 10 à 19ans, 700 à 800 mg chez les garçons aux mêmes âges, et 550 mg pour les adultes des deux sexes.

Mais l’alimentation en apporte infiniment plus : dans les années 1970, adolescents et adultes absorbaient en moyenne entre 500 mg et 900 mg de phosphore chaque jour.

Aujourd’hui, c’est plus de 1200 mg quand on est de sexe féminin et plus de 1500 mg quand on est de sexe masculin, avec une consommation moyenne comprise entre 1000 et 2000 mg en Europe.

La principale raison de cette augmentation ? Une avalanche d’additifs à base de phosphate dans les aliments transformés !

C’est en réalisant nos deux guides conso, Le bon choix au supermarché et Le bon choix pour vos enfants, qui recensent les aliments qu’on peut acheter au supermarché, et ceux qu’il vaut mieux éviter, que nous avons pris pleinement conscience de l’invasion des phosphates.

En effet, nous avons, pour les besoins de ces deux livres, acheté et analysé la composition de plusieurs centaines d’aliments. Résultats : le phosphore et les phosphates ont envahi notre alimentation.

Le phosphore dans l'alimentation

Pour bien comprendre, sachez qu’il y a trois sources de phosphore alimentaire :

  • les protéines animales
  • les végétaux
  • les aliments industriels avec leurs additifs.

On trouve beaucoup de phosphore sous la forme de phosphates organiques dans les protéines animales : laitages, viande, volaille, poisson. Plus de la moitié du phosphore présent dans ces aliments est absorbé. Donc un régime riche en laitages, viandes, charcuteries en apporte déjà de grandes quantités.

On trouve aussi des phosphates organiques dans certains végétaux : légumes secs, haricots, noix. Mais le phosphore des végétaux est moins bien absorbé que celui des produits animaux car il est stocké essentiellement sous la forme de phytates, que les êtres humains ne savent pas digérer. Donc, même si certains végétaux affichent une teneur en phosphore apparemment élevée, on en avale généralement deux fois moins. A noter que les levures savent décomposer les phytates, donc le pain apportera plus de phosphore que des céréales non levées (céréales du petit déjeuner).

Voir aussi : Les aliments riches en phosphore et phosphates

Où se trouvent les phosphates ?

Mais la source la plus préoccupante de phosphore alimentaire, ce sont les additifs à base de phosphates inorganiques. Il s’agit de :

  • acide orthophosphorique (E338)
  • orthophosphates de sodium (E 339)
  • orthophosphates de potassium (E 340)
  • orthophosphates de calcium (E 341)
  • orthophosphates de magnésium (E343)
  • diphosphates (E 450)
  • triphosphates (E 451)
  • polyphosphates (E 452)

L’acide phosphorique (E338) est utilisé comme acidifiant dans les sodas, notamment les colas.

Les di- tri- et polyphosphates s’emploient en fromagerie comme sels de fonte (ou agents de texture) et pour augmenter la rétention d’eau. Dans les laits en poudre et concentrés, ils servent de stabilisants. On les trouve aussi dans les charcuteries, le surimi, en boulangerie comme agents levants. Les fast-foods et les aliments industriels sont donc une source majeure de phosphore.

Plus de 90% du phosphore apporté par ces additifs est effectivement absorbé (plus dans les boissons que les aliments solides). Un régime alimentaire riche en produits industriels et en laitages peut ainsi conduire à recevoir chaque jour bien plus de 2 grammes de phosphore, soit 3 à 4 fois plus que les apports conseillés.

Il y a aussi du phosphore dans les additifs suivants : E 322 (peu), E 442, E 626-635, E 101(ii), E 1410, E 1412, E 1413, E 1414, E 1415 et E 541.

Dans notre Nouveau guide des additifs, nous avons examiné les données sur ces substances et conclu qu'il est préférable de les éviter.

Zoom sur le phosphate de calcium (E341)

Cet additif est à éviter, notamment en cas de problèmes cardiovasculaires, rénaux ou osseux ou encore en cas de prédisposition au cancer. On peut le trouver dans les boissons gazeuses aromatisées sans alcool, le cidre, la crème, les fromages, les produits à base de viande, les laits et préparations infantiles, le lait en poudre, le café en poudre, les soupes et potages, les préparations à base de pomme de terre et certaines spécialités sans gluten.

Comment agir contre les phosphates alimentaires ?

Comment faire pour éviter que toute la famille n’avale pas trop de phosphore ? Nous ne conseillons pas d’éliminer les aliments comme le poisson ou les oléagineux, qui apportent des substances bonnes pour la santé. On devrait consommer des laitages avec modération, en particulier les fromages fondus. Pour les enfants, il faut limiter (sans forcément les bannir totalement au risque de créer frustrations et compensations) fast-foods, sodas. Quant aux produits ultra-transformés dans lesquels figurent les 8 additifs aux phosphates, mieux vaut les éviter, ou au minimum les limiter fortement. Donc lire attentivement les étiquettes. Vous pouvez vous appuyer sur les sélections dans nos deux guides qui font référence : Le Bon Choix pour vos enfants et Le Bon Choix au Supermarché.

Nous demandons dès aujourd’hui un étiquetage informatif précisant la teneur en phosphates des aliments industriels car cette information n'est jamais communiquée.

Lire aussi Le Nouveau Guide des Additifs, réalisé par LaNutrition sous la direction d'Anne-Laure Denans

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