Les enfants allaités seront minces, à condition de manger suffisamment de graisses avant deux ans

Par Collectif LaNutrition.fr - Journalistes scientifiques et diététiciennes Publié le 02/04/2014 Mis à jour le 10/03/2017
Un régime alimentaire riche en protéines, pauvre en graisses avant 2 ans peut annuler les bénéfices de l'allaitement.

L’allaitement limiterait le risque d’obésité à l’âge adulte, mais le régime alimentaire à l’âge de deux ans peut annuler ce bénéfice s'il est trop riche en protéines et trop pauvre en graisses. C’est le résultat d’une petite étude française qui paraît dans Journal of Pediatrics.

L’allaitement a de nombreuses vertus : il permet de limiter les infections chez les jeunes enfants, notamment grâce aux anticorps apportés par le lait maternel. Mais il pourrait jouer bien d’autres rôles, par exemple dans le développement cognitif et affectif de l’enfant..

Nos ancêtres préhistoriques étaient probablement allaités jusqu'à l'âge de 3 ans environ, comme en témoigne la disparition de la capacité à digérer le sucre du lait (lactose) à cet âge, dans l'espèce humaine - sauf chez les descendants des peuples d'éleveurs du néolithique (25 à 30% de la population humaine) qui ont connu une mutation génétique leur permettant de continuer à exprimer la lactase. 

Lire : L'allaitement pourrait favoriser le développement cognitif de l'enfant

Dans cette étude, les chercheurs ont examiné les liens entre l’allaitement, l’alimentation des enfants en bas âge et leurs graisses corporelles à l’âge adulte. Pour cela, ils ont utilisé les données de 73 enfants en bonne santé nés en 1984, qui faisaient partie de la cohorte ELANCE (Etude Longitudinale Alimentation Nutrition Croissance des Enfants). Les chercheurs ont recueilli des informations sur l’alimentation des enfants à 10 mois et 2 ans, puis tous les deux ans jusqu’à 20 ans. Le poids, la taille, l’épaisseur du pli cutané sous-scapulaire et le pourcentage de graisses dans le corps ont été relevés à 20 ans. La mesure du pli cutané sous-scapulaire est une méthode de prédiction des graisses corporelles. Son épaisseur se mesure sous la pointe de l’omoplate.

Résultats : 64 % des enfants ont été allaités, au moins partiellement, toutes durées confondues. Dans des modèles ajustés pour l'indice de masse corporelle de la mère et la profession du père, l’allaitement n’était pas associé avec les mesures de graisses corporelles à 20 ans. Mais lorsqu'on tient compte des apports nutritionnels avant deux ans, l’allaitement est associé de manière significative à l’épaisseur du pli de peau sous-scapulaire à 20 ans : chez ceux qui avaient été allaités, l’épaisseur de ce pli cutané était plus bas après avoir ajusté en fonction de l’énergie et des apports en graisses à l’âge de 2 ans, ou bien en ajustant en fonction de l’énergie et du pourcentage de glucides à 2 ans. Des apports élevés en graisses à 2 ans sont associés à une diminution de la masse grasse à 20 ans.

D’après l'une des auteurs, Marie Françoise Rolland-Cachera, ancienne chercheuse de l’Inserm, « Notre étude a donc montré pour la première fois que si l’on prend en compte l’alimentation après la période d’allaitement, le rôle protecteur du lait maternel sur le risque de surpoids apparaît clairement ». En effet, les jeunes enfants non allaités ou qui reçoivent après le sevrage des formules à base de lait de vache ont souvent des apports élevés en protéines et faibles en lipides, alors que le lait maternel est riche en graisses et pauvre en protéines. Or il ne faut pas restreindre les graisses chez les jeunes enfants, car ils ont besoin de cette énergie pour la croissance et le développement nerveux. Des études chez l'animal suggèrent que le type de graisses joue un rôle, les oméga-3 pouvant prévenir le surpoids.

Lire : Un excès d'oméga-6 et un manque d'oméga-3 chez l'enfant, à l'origine du surpoids ?

En particulier, les laitages allégés qui comportent peu de lipides et une proportion élevée de protéines ne sont pas indiqués avant l’âge de 2-3 ans. Une restriction des lipides peut programmer le métabolisme de l’enfant pour faire face au déficit, mais cette adaptation  le rendra plus susceptible de développer un surpoids lorsque les apports lipidiques augmenteront plus tard.

Lire : Trop de sucre dans les aliments pour bébé

Cette étude montre que l'alimentation au cours des premières années de la vie influence la santé à long terme.Les chercheurs s’accordent sur le fait que l’allaitement maternel réduit le risque d’obésité future. Mais un mauvais équilibre des nutriments après l’allaitement peut compromettre le bénéfice apporté par le lait maternel et expliquer les controverses sur son rôle protecteur vis-à-vis du risque d’obésité.

Lire aussi ces livres réalisés avec LaNutrition.fr : Bien manger pendant 9 mois, de Laetitia Agullo et Premiers repas de 6 mois à 3 ans, d'Angélique Houlbert

Source

Sandrine Péneau, Serge Hercberg, and Marie-Françoise Rolland-Cachera.Breast-Feeding, Early Nutrition, and Adult Body Fat. The Journal of Pediatrics, 27 mars 2014, Doi: 10.1016/j.jpeds.2014.02.020

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