Des oméga-3 contre l'obésité et le diabète

Par Lanutrition.fr Publié le 15/03/2006 Mis à jour le 10/03/2017
De plus en plus d'études suggèrent qu'une carence en oméga-3 pourrait contribuer à l'épidémie galopante d'obésité et de diabète.

Le diabète et l’obésité trouvent-ils leur origine dans une carence en oméga-3 ? Un chercheur français, Gérard Ailhaud (CNRS, Nice), le pense. Il est à l’origine de découvertes spectaculaires sur la manière dont les graisses corporelles enflent pour conduire finalement à l’obésité et au surpoids.

Le tissu adipeux contient des cellules précurseurs des adipocytes (cellules spécialisées dans le stockage les graisses). Ces cellules précurseurs donnent naissance aux cellules graisseuses sous l’influence d’hormones bien connues comme l’insuline, l’IGF-1 et les glucocorticoïdes sécrétées par les glandes surrénales (hormones du stress comme le cortisol). Mais les cellules précurseurs sont également très sensibles à la qualité des graisses que l’on mange : les acides gras peuvent selon leur nature stimuler le développement des adipocytes et favoriser l’accumulation de graisses et le surpoids, ou au contraire décourager ce phénomène. Ce fait très nouveau a été établi par l’équipe française.

Et voici le plus important : toutes les graisses n’ont pas les mêmes effets sur les cellules adipeuses ! Les acides gras oméga-6, qui sont consommés majoritairement dans tous les pays développés (huiles de tournesol et de maïs) sont les plus efficaces pour favoriser la formation de nouvelles cellules de graisses et les remplir. Plus on en mange, plus le tissu adipeux se développe, plus on est gras.

Ceci a été mis en évidence chez l’animal dans les premiers mois de la vie. Lorsqu’on donne à un raton un régime alimentaire riche en acides gras oméga-6, le tissu adipeux se développe de manière considérable. A l’inverse, lorsqu’on le nourrit avec un régime riche en acides gras oméga-3, et notamment les oméga-3 du poisson (EPA et DHA) le tissu adipeux se développe très peu. Ce phénomène est quasiment irréversible : une fois les adipocytes formés en excès, ils le restent.


Expliquer l'épidémie d'obésité ?

Il est possible qu’on tienne ici l’explication de l’épidémie d’obésité qui touche les pays occidentaux et les pays en développement qui se convertissent au régime occidental. Dès la naissance, en effet, les bébés sont exposés à un excès d’acides gras oméga-6 parce que le lait maternel des femmes est carencé en oméga-3, et surtout parce que la plupart des laits artificiels contiennent trop d’oméga-6 (18%) par rapport aux oméga-3.


L’obésité serait donc une réponse normale de nos gènes à un environnement inadéquat : excès d’oméga-6 et carence en oméga-3.

Cette hypothèse a été vérifiée en 2004 chez des enfants de Crète et de Chypre. Les plus gros d’entre eux sont aussi ceux dont le tissu adipeux renferme le plus d’acides gras à longue chaîne de la famille oméga-6.


Ces découvertes qui concernent les enfants s’appliquent-elles aux adultes?

En fait, le tissu adipeux peut se développer toute la vie, y compris à 80 ans, pour les mêmes raisons : excès d’oméga-6 dans l’alimentation, insuffisance d’oméga-3. Il est donc important de consommer en permanence suffisamment d’oméga-3 pour prévenir tout développement excessif du tissu adipeux.

De plus, même si le nombre des adipocytes est déjà excessif chez un adulte, il faut un deuxième événement pour parvenir au surpoids : le remplissage de ces adipocytes par des triglycérides (graisses circulantes) sous l’effet notamment de l’insuline. Or les régimes riches en oméga-3 sont très intéressants parce qu’ils diminuent le niveau des triglycérides. Chez celles et ceux qui souffrent de surpoids, ils aident aussi à réduire l’insuline en association avec un régime amaigrissant.

 


Une arme contre le diabète

L’étude des populations de l’Alaska et du Groenland qui consomment fréquemment des poisons gras nous a appris beaucoup sur les moyens de prévenir cette maladie. Car le diabète est généralement très peu répandu dans ces populations. Les Japonais, qui consomment aussi beaucoup de poissons et d’acides gras oméga-3 sont bien plus épargnés que les habitants des pays occidentaux. Cela dit, l’alimentation des Esquimaux est en train de changer rapidement, et du même coup des maladies comme le diabète qui n’existaient pas autrefois apparaissent.

Le Dr Sven Ebbeson, de l’université de Virginie, a analysé les acides gras chez 68 Esquimaux de l’Alaska qui souffraient de diabète ou de sucre sanguin élevé et chez 386 Esquimaux en bonne santé. Par rapport aux personnes en bonne santé, celles qui présentaient un diabète ou un pré-diabète avaient beaucoup moins d’acides gras oméga-3 dans le sang. Pour le Dr Ebbeson, ces maladies peuvent s’expliquer par le fait qu’une partie de la population Inuits se détourne de son alimentation traditionnelle pour se reporter sur des aliments commerciaux.

Du coup, Sven Ebbeson a voulu savoir si un retour à leur alimentation traditionnelle riche en acides gras oméga-3 peut prévenir le déclenchement d’un diabète chez des Esquimaux qui présentent les signes d’un pré-diabète. Il a recruté 44 volontaires Inuits, qui ont eu pour consigne de renouer avec leur alimentation ancestrale, et éviter celle de l’homme blanc : moins de graisses saturées et d’oméga-6, plus d’oméga-3 grâce aux poissons et aux animaux marins. Après 4 ans de ce régime, aucun des patients n’avait été atteint de diabète !


Comment les oméga-3 agissent-ils contre le diabète ?

 

Chez l’animal, les oméga-3 améliorent la sensibilité des cellules à l’insuline, ce qui réduit d’autant le niveau de sucre sanguin et contribue à prévenir le diabète. Mais chez l’homme, les études donnent des résultats contrastés : certaines trouvent un bénéfice des oméga-3 sur la sensibilité à l’insuline et la glycémie, d’autres pas. Pour expliquer ces contradictions, des chercheurs britanniques ont récemment avancé l’hypothèse que les suppléments d’oméga-3 seraient plus efficaces lorsqu’il existe une forte composante inflammatoire comme on la trouve souvent dans l’obésité ou la résistance à l’insuline. En fait, la résistance à l’insuline serait, selon des travaux récents, une conséquence d’une inflammation chronique.


En d’autres termes, les suppléments d’oméga-3 sont plus efficaces chez ceux qui en ont le plus besoin ! Tant mieux.

33 études ont mesuré les effets d’un supplément d’huile de poisson chez des diabétiques. De tels suppléments font baisser de 32 mg/dL en moyenne le niveau des triglycérides.

Sachant que les acides gras oméga-3 du poisson préviennent aussi les caillots sanguins, l’Association américaine du diabète (ADA) recommande dorénavant à toutes les personnes qui souffrent de diabète ou de pré-diabète de consommer du poisson 3 fois par semaine.

Le diabète

Un niveau de sucre sanguin élevé reflète une résistance à l’insuline. Ceci signifie que l’hormone insuline est moins efficace pour conduire les cellules et les tissus à capter le sucre sanguin et les graisses. Résultats : les niveaux de sucre et de graisses dans le sang s’élèvent et demeurent élevés. Ceci s’appelle « résistance à l’insuline ». Pour compenser, le pancréas s’efforce de produire plus d’insuline. Le foie prélève les acides gras et les renvoie dans le sang accrochés à des protéines. Cliniquement, les analyses les mesurent sous la forme de lipoprotéines VLDL. Dans le diabète, les niveaux de VLDL sont fortement augmentés et elles augmentent le risque cardiovasculaire. Au fur et à mesure que le diabète progresse, le pancréas a de plus en plus de mal à produire de l’insuline, ce qui peut entraîner des troubles circulatoires, rénaux, visuels. Les diabétiques ont un risque d’infarctus 6 fois supérieur à celui des non diabétiques. Leur risque de mortalité par maladie cardiovasculaire est 3 à 8 fois plus élevé.

 


Médicaments ou régime ?

 

Un changement dans les habitudes alimentaires peut-il prévenir l’apparition d’un diabète chez des personnes qui souffrent d’un taux de sucre sanguin élevé ? La réponse est apportée par une étude publiée en février 2002 dans le New England Journal of Medicine. Les chercheurs ont compare l’efficacité de médicaments ou d’une modification du mode de vie pour prévenir le diabète chez des personnes à risque. Après 3 ans, les personnes qui avaient modifié leur alimentation et adopté de bonnes règles d’hygiène de vie avaient 58% de diabétiques en moins dans leur groupe que celles qui n’avaient rien fait. Les personnes qui avaient reçu un médicament pour faire baisser le sucre sanguin n’avaient, elles, que 31 % de diabétiques en moins.

Diabetes Prevention Program Research Group : Reduction in the Incidence of Type 2 Diabetes with Lifestyle Intervention or Metformin. New Engl J Med 2002, 346 : 393-403.


Que faire si le diabète menace ?

Plusieurs mesures sont préconisées : adopter une alimentation riche en aliments complets, pauvre en aliments raffinés, réduire les graisses saturées et les oméga-6, augmenter les graisses monoinsaturées (huile d’olive) et les oméga-3 (colza, poissons gras). Concernant les oméga-3, les diabétiques doivent être considérés comme des malades cardiaques, car leur risque cardiovasculaire est très élevé. Dans les études, la meilleure protection est fournie par la consommation de 5 plats de poisson par semaine, ce qui correspond à 2 g d’EPA+DHA par jour. On peut aussi prendre des compléments à base d’huile de poisson pour se procurer ces quantités.

 

Massiera F : Arachidonic acid and prostacyclin signalling promote adipose tissue development : a human health concern ? J Lipid Res 2003, 44 : 271-279.

Delarue J : N-3 long chain polyunsaturated fatty acids: a nutritional tool to prevent insulin resistance associated to type 2 diabetes and obesity? Reprod Nutr Dev. 2004;44(3):289-99.

 

Savva SC : Association of adipose tissue arachidonic acid content with BMI and overweight status in children from Cyprus and Crete. Br J Nutr. 2004;91(4):643-9.

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Browning LM. : n-3 Polyunsaturated fatty acids, inflammation and obesity-related disease. Proc Nutr Soc. 2003, 62(2):447-53.

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