Maladies inflammatoires de l’intestin : il faut soigner son microbiote

Par Lanutrition.fr Publié le 19/02/2016 Mis à jour le 19/03/2017
Actualité
Crohn, rectocolite... les maladies inflammatoires de l’intestin (MICI) sont associées à des déséquilibres de la flore intestinale. Autant prendre soin de son microbiote. Voici quelques pistes concrètes issues de la recherche.

Ces maladies chroniques, comme la maladie de Crohn, se caractérisent par des périodes de crises alternant avec des phases de rémission. Les poussées se manifestent par des douleurs abdominales importantes, de la diarrhée, de la fatigue, parfois un peu de fièvre. Les MICI impliquent des prédispositions génétiques et des facteurs environnementaux. La flore intestinale (ou microbiote intestinal) corrrespond à l’ensemble des micro-organismes qui peuplent notre intestin. Ils pourraient jouer un rôle dans les MICI comme la maladie de Crohn. 

Favoriser les bonnes levures

Une équipe de chercheurs de l’Iserm et de l’INRA dirigée par Harry Sokol a montré un déséquilibre du microbiote fongique chez les patients souffrant d’une MICI. Le microbiote fongique correspond aux champignons et levures de l’intestin.

Des travaux précédents avaient montré un déséquilibre et une réduction de la diversité des bactéries du microbiote chez les patients souffrant de MICI : chez eux, les bactéries pro-inflammatoires augmentent et les bactéries anti-inflammatoires diminuent. Par exemple, ces patients ont moins de bactéries du phylum Firmicutes et plus de protéobactéries comme Escherichia coli.

Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont étudié les champignons et levures de 235 patients atteints de MICI et de 38 témoins en bonne santé. Chez les patients, ils ont observé un rapport Basidiomycota/Ascomycota plus important, une part plus importante de Candida albicans et moins de Saccharomyces cerevisiae que chez les personnes en bonne santé. Il y avait aussi des déséquilibres particuliers propres à certaines MICI : dans la maladie de Crohn, la diversité des champignons semblait augmentée par rapport à celle des bactéries. Ces résultats ouvrent la voie à de nouvelles thérapies, comme l’explique le Dr Sokol dans un communiqué : « On pourrait imaginer diminuer la charge des champignons pro-inflammatoires ou au contraire enrichir le microbiote avec des champignons protecteurs ».

En attendant des travaux complémentaires, on peut essayer à titre expérimental, et après avoir pris le conseil du médecin traitant, d'influencer la composition du microbiote fongique en consommant de la levure de bière dite "vivante" (Saccharomyces boulardii). S. boulardii a donné de bons résultats dans des essais cliniques, à des doses comprises entre 750 et 1000 mg/j. Dans une étude où elle était associée à un médicament (mésalamine), le taux de récidive était de 6,25% au cours des six mois de l'étude, à comparer à 37,5% pour la mésalamine seule. Cependant, même si S. Boulardii est considérée comme sans danger, des cas d'infection par cette levure ont été rapportés chez des patients fragiles ou immunodéprimés.

On pourrait être tenté de prendre aussi de la levure de bière ou de boulanger (Saccharomyces cerevisiae) mais de nombreux patients qui souffrent de maladie de Crohn développent des anticorps contre S. cerevisiae. Dans une petite étude, des personnes ayant une maladie de Crohn ont vu leur symptômes diminuer après 30 jours d'éviction de S. cerevisiae alimentaire, et les symptômes sont revenus lorsque des capsules de cette levure ont été ajoutées à leurs aliments.

Prudence avec les graisses laitières

Une étude suggère que certaines graisses du lait pourraient initier une chaîne d'événements déclencheurs de maladies inflammatoires de l'intestin comme la maladie de Crohn ou la rectocolite chez les personnes génétiquement prédisposées.

Les chercheurs de l'université de Chicago ont utilisé un modèle de souris qui possède les caractéristiques des maladies inflammatoires de l'intestin chez l'homme. Les rats ont suivi une alimentation riche en graisses polyinsaturées ou une alimentation riche en graisses saturées d'origine laitière. 25 % des souris prédisposées ont développé une maladie de l'intestin dans le premier groupe alors que 60 % des souris sont touchées dans le deuxième groupe.

Pour comprendre la raison de cette différence, les chercheurs ont analysé la flore intestinale des souris et ont constaté que l'alimentation riche en graisses d'origine laitière favorisait la croissance d'une bactérie nommée Bilophila wadsworthia et qui est normalement peu présente dans le tube digestif. Bilophila wadsworthia a déjà été retrouvée chez l'homme en plus grande quantité chez les personnes souffrant de maladie inflammatoire de l'intestin que chez les autres.

Sur la base de ces travaux, un régime alimentaire pauvre en produits laitiers pourrait être testé, d'autant qu'une partie de ceux qui souffrent de MICI pourraient être intolérants au lactose et/ou sensibles aux protéines laitières. Par exemple, des essais cliniques un peu anciens laissent penser que dans la rectocolite, 15 à 20% des patients sont intolérants aux produits laitiers. De plus, de nombreux témoignages soutiennent le principe d'un régime d'éviction de type Seignalet (sans gluten, sans produits laitiers) dans les maladies auto-immunes. Dans une étude sur la maladie de Crohn, en plus des produits laitiers et du blé, les aliments les plus susceptibles de provoquer des symptômes étaient le maïs, la levure, les tomates, les agrumes et les oeufs.

De la vitamine D pour agir sur l’inflammation et la flore intestinale dans les MICI

Les multiples bénéfices de la vitamine D, notamment sur le fonctionnement du système immunitaire et dans les maladies inflammatoires ont poussé les chercheurs à donner de la vitamine D aux personnes atteintes de la maladie de Crohn ou de la rectocolite hémorragique.

Selon une analyse de la littérature médicale réalisée par des chercheurs de Liverpool, la vitamine D peut être efficace dans le traitement des maladies inflammatoires intestinales.  Dans une étude publiée en 2010, des chercheurs canadiens dirigés par le Dr John White avaient montré que la vitamine D intervient dans les processus qui peuvent conduire à la maladie de Crohn. « C’est un défaut dans la manière dont l’immunité innée gère les bactéries intestinales qui entraîne une réponse inflammatoire, laquelle peut conduire à une auto-immunité. » Le Dr White et son équipe ont montré que la vitamine D agit directement sur le gène bêta-défensine 2, qui code pour un agent antimicrobien, et sur le gène NOD2 qui alerte les cellules sur la présence de microbes. Ces deux gènes ont été liés à la maladie de Crohn. Il est donc important de s’assurer que l'on ne manque pas de vitamine D (des suppléments de 1000 UI/jour en moyenne sont généralement proposés aux patients atteints de MICI).

Lire : Vitamine D mode d'emploi, du Dr Brigitte Houssin (lire un extrait ICI >>)

Des prébiotiques pour les bactéries intestinales

Des chercheurs de l’Université de Liverpool ont mis en évidence les vertus des fibres de brocoli dans la maladie de Crohn. Selon eux, ces fibres permettraient de booster les défenses immunitaires luttant contre les infections intestinales.

Les auteurs ont testé l’effet des fibres de brocoli sur des cellules tapissant les intestins, les cellules M. Résultat : les fibres permettent d’éliminer les mauvaises bactéries des intestins et donc de réduire le risque d’infection de l’intestin. Par ailleurs, un composé stabilisateur retrouvé dans les aliments transformés semble au contraire augmenter le risque d’infection. « Notre étude suggère qu’il pourrait être important pour les patients atteints de la maladie de Crohn de manger sainement et de limiter leur consommation d’aliments transformés », conclut Barry Campbell, auteur de l’étude.

Les fibres sont des prébiotiques : leur fermentation par les bactéries donne naissance à de l'acide butyrique qui est considéré comme protecteur. Parmi les prébiotiques les plus utilisés dans la colite ulcérative, figurent le son d'avoine, le psyllium, les amidons résistants, l'inuline, la gomme xanthane. Ces ingrédients ont donné à des titres divers de bons résultats contre la douleur, les saignements, l'évolution de la maladie.

Pour prendre soin de son intestin, lisez : Paléobiotique, de Marion Kaplan 

Sources

Sokol H, Leducq V, Aschard H, Pham HP, Jegou S, Landman C, Cohen D, Liguori G, Bourrier A, Nion-Larmurier I, Cosnes J, Seksik P, Langella P, Skurnik D, Richard ML, Beaugerie L. Fungal microbiota dysbiosis in IBD. Gut. 2016 Feb 3. pii: gutjnl-2015-310746. doi: 10.1136/gutjnl-2015-310746.

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