Risque de décès augmenté lorsqu'on manque de vitamine D

Par Lanutrition.fr Publié le 02/04/2014 Mis à jour le 10/03/2017
Les personnes ayant des taux de vitamine D bas ont un risque plus élevé de décès, et les suppléments de vitamine D3 réduisent la mortalité chez les plus âgés. La vitamine D pourrait aussi réduire le risque de certaines maladies, mais le conditionnel reste de rigueur.

Alors que les essais cliniques sur la vitamine D donnent parfois des résultats mitigés, et que l'intérêt de la vitamine D est contesté par certains chercheurs, 2 méta-analyses parues dans BMJ apportent de nouvelles informations sur de vastes échantillons de population : l’une montre un lien entre un déficit en vitamine D et la mortalité, l’autre suggère une association entre vitamine D et certaines maladies sans pouvoir cependant conclure avec certitude.

La vitamine D est produite par l’organisme lorsque la peau est exposée à la lumière du soleil. Elle peut aussi être trouvée dans certains aliments : poisson, œufs, aliments enrichis, champignons. Elle est enfin disponible sous forme de complément alimentaire ou de médicament. Il existe deux types de vitamine D : la D3, qui est celle produite naturellement par tous les êtres vivants, y compris l'homme, et la D2 que l'on trouve dans les végétaux et certains compléments alimentaires et médicaments.

La vitamine D, qui se comporte comme une quasi-hormone, aide l’organisme à réguler le calcium; elle joue aussi un rôle dans l'immunité et des dizaines de processus physiologiques importants. 

Consulter notre dossier sur la vitamine D

Dans un premier article (1), des chercheurs de différentes universités ont évalué le lien entre la concentration de vitamine D dans le sang et la mortalité. Les chercheurs ont sélectionné des études de cohortes (observation) et des essais contrôlés randomisés (intervention) sur ce sujet pour réaliser une méta-analyse comprenant : 73 études de cohorte (849 412 participants) et 22 essais contrôlés randomisés (vitamine D contre placebo ou témoins sans traitement, pour 30 716 participants).

Dans les études d’observation, en comparant le tiers inférieur et le tiers supérieur pour la concentration sanguine en vitamine D, il y avait un risque augmenté de décès chez les personnes avec les taux les plus bas : +35 % par maladie cardiovasculaire, +14 % par cancer, +30 % pour des causes non-vasculaires et non-cancéreuses et +35 % toutes causes confondues. Les preuves les plus nettes concernaient la mortalité par maladie coronarienne, lymphome, cancers digestifs hauts, maladies respiratoires. 

Dans les essais cliniques randomisés contrôlés (sur des personnes d'âge moyen 56 à 85 ans), la complémentation en vitamine D prise globalement n'a pas entraîné de diminution de la mortalité.

Mais lorsqu'on fait la distinction entre vitamine D3 et vitamine D2, alors les risques relatifs de mortalité toutes causes étaient diminués de 11 % avec une complémentation en vitamine D3 (10 à 6000 UI/j), soit 14 études retenues et 13637 participants, essentiellement des personnes âgées. Mais les chercheurs n’ont pas trouvé de bénéfice avec les suppléments de vitamine D2 (208 à 4500 UI/j), et même un risque plus élevé de mortalité avec cette forme de vitamine lorsque les doses sont comprises entre 600 et 2000 UI et la durée de l'intervention est de moins d'un an et demi.

Une analyse plus ancienne du groupe Cochrane, en 2011, avait aussi trouvé un bénéfice des suppléments de D3 sur la mortalité, mais de magnitude plus faible (-6%).

LaNutrition.fr a toujours conseillé la forme en D3.

Lire : D2 ou D3, quelle vitamine D choisir ?

Des récepteurs de la vitamine existent dans différentes cellules et tissus, ce qui suggère qu’elle serait utile à de nombreuses fonctions physiologiques. Pour Oscar Franco, auteur de cette première étude, « Elle a des effets à un niveau génétique et affecte la santé cardiovasculaire et celle de l’os. Il y a différentes hypothèses pour les facteurs que la vitamine D contrôle, des gènes à l’inflammation. C’est pourquoi la vitamine D apparaît si prometteuse. »

Dans la seconde étude (2), les chercheurs ont recherché des articles examinant les associations entre les concentrations de vitamine D et différents paramètres de santé. Ils ont sélectionné 107 revues de littérature systématiques, 74 méta-analyses d’études d’observation, et 87 méta-analyses d’essais contrôlés randomisés sur la complémentation en vitamine D. Leur conclusion : il n'existe pas de preuves hautement convaincantes que la vitamine D influence l'une ou l'autre des 137 pathologies et troubles qui ont été étudiés dans ces études (à noter qu'on manque cruellement de données concernant les maladies auto-immunes). Cependant, les suppléments de vitamine D sont probablement liés à une diminution des caries dentaires chez l'enfant, aux concentrations de parathormone (PTH) chez les patients dialysés, et à une augmentation du poids de naissance. Des preuves suggestives existent que des taux élevés de vitamine D sont liés à un risque plus faible de cancer colorectal, de fractures non-vertébrales, de maladies cardiovasculaires, d'hypertension, d'accident vasculaire cérébral ischémique, de déficit cognitif, dépression, surpoids et obéisté, syndrome métabolique, diabète de type-2, petite taille à la naissance, diabète gestationnel, faible densité minérale osseuse au niveau du col du fémur, manque de force musculaire. Il existerait des preuves suggestives que des taux élevés de vitamine D sont liés à un risque accru de chutes et un risque d'hypercalcémie chez les patients non dialysés souffrant de maladie rénale.

Une revue de la littérature récente a conclu qu'il y avait une contradiction entre les études d'observation (généralement positives) et les études d'intervention (qui, selon ces chercheurs, ne montraient pas de bénéfices, mais ils n'avaient pas distingué entre D3 et D2, comme LaNutrition.fr l'avait fait remarquer à l'époque). Ces chercheurs évoquent un lien de causalité inverse pour expliquer ce paradoxe et formulent l'hypothèse que les bénéfices attribués à la vitamine D ont pu être exagérés. 

Lire : Vitamine D, des bénéfices exagérés ?

Cette position critique est reprise dans un éditorial du BMJ qui commente les deux études, et conclut que les bénéfices observés sur la mortalité pourraient n'être que des conséquences d'un évitement des complications d'une hospitalisation. Tout le monde s'accorde maintenant pour dire que les études d'intervention en cours, notamment l'étude VITAL (suppléments de 2000 UI/j, 20 000 hommes et femmes de plus de 50 ans), devraient aider à y voir plus clair. Les résultats de VITAL devraient être connus en 2017.

Sources

(1) Chowdhury R ,Kunutsor S ,Vitezova A ,Oliver-Williams C ,Chowdhury S ,Kiefte-de-Jong JC ,et al. Vitamin D and risk of cause specific death: systematic review and meta-analysis of observational cohort and randomised intervention studies. BMJ 2014;348:g1903

(2) Theodoratou E ,Tzoulaki I ,Zgaga L ,Ioannidis JPA. Vitamin D and multiple health outcomes: umbrella review of systematic reviews and meta-analyses of observational studies and randomised trials. BMJ 2014;348:g2035

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