Pourquoi les études ne disent pas tout

Par Lanutrition.fr Publié le 20/03/2006 Mis à jour le 17/02/2017
L'essentiel
Quelles sont les études utilisées dans le domaine de la nutrition et quelles sont leurs limites ?

C’est la principale critique faite aux nutritionnistes : pourquoi les messages n’en finissent-ils pas de changer, décennie après décennie, année après année ? Pourquoi les experts ne peuvent-ils s’accorder une bonne fois pour toutes sur un mode alimentaire idéal ? Pourquoi ces divergences, ces contestations, ces polémiques, ces revirements qui laissent le grand public déboussolé ? Voici au moins une explication : parce que la recherche en nutrition s’appuie sur des paramètres hautement variables : vous, moi, vos voisins - bref les gens, et ce qu’ils mangent. Deux paramètres difficiles à mesurer avec précision d’abord parce que les outils de mesure sont assez grossiers et aussi parce que,contrairement à un médicament, un aliment ne se réduit pas à une ou deux molécules. Voici un bref aperçu des études employées dans le domaine de la nutrition et de leurs limites.
 

Etudes cas-contrôles

Dans ce type d’études, les chercheurs identifient des personnes qui souffrent d’une maladie particulière (les cas) et des personnes d’âge ou de sexe comparable qui ne sont pas malades. Ensuite, ils les interrogent sur leurs habitudes alimentaires. Ces études sont les moins fiables car elles reposent sur la mémoire humaine. Par exemple, en se remémorant leur passé alimentaire, les malades ont tendance à noircir le tableau, ce qui est un moyen inconscient d’expliquer leur état de santé actuel.

 

Etudes métaboliques

Ces études font appel à un petit nombre de volontaires auxquels on donne un certain type de repas (par exemple pauvres en graisses), d’aliments (par exemple du poisson) ou de nutriments (par exemple de la vitamine C) pendant quelques jours à quelques mois. Les participants sont soumis à des tests réguliers qui peuvent aller de la simple pesée à des analyses biologiques sophistiquées, ce qui permet de mieux comment certains aliments affectent la prise de poids, le cholestérol ou l’immunité pour prendre ces exemples. Mais la durée trop courte de ces études limite leur interprétation.

 

Etudes de cohortes (ou prospectives)

Les chercheurs suivent un groupe important de volontaires sur une longue période, généralement plusieurs années voire plusieurs dizaines d’années, en les interrogeant à intervalle régulier sur leur alimentation et leur mode de vie. Après quelques années, des associations peuvent apparaître entre un type d’alimentation et une maladie qui s’est déclarée. Ces études sont plus fiables que celles qui font appel à la mémoire, mais elles ont aussi leurs limites. Si l’on prend l’exemple d’un fumeur qui mange peu de fruits et légumes et qui est victime d’un infarctus, on comprend la difficulté : quelle est la part respective du tabac et de l’alimentation dans son accident de santé ? Pour contourner le problème, les chercheurs « corrigent » les données en fonction de ce qu’ils savent du risque généralement associé au tabagisme. Mais ces corrections statistiques, lorsqu’elles se multiplient, peuvent finir par masquer un effet réel. Le même raisonnement s’applique aux participants qui déclarent manger beaucoup de fruits et légumes. En général, ils mangent aussi plus de céréales complètes, plus de poisson, ne fument pas, font du sport : un vrai casse-tête pour le chercheur qui voudrait distinguer l’effet isolé des fruits et légumes.

 

Etudes randomisées (ou d’intervention)

Les chercheurs recrutent un groupe de volontaires avec pour objectif d‘évaluer les effets d’un régime particulier sur un trouble ou une maladie : hypertension, infarctus, cancer etc. La moitié suit une alimentation particulière, celle que l’on veut tester, l’autre son régime habituel (lorsqu’on teste un nutriment, par exemple des capsules d’huile de poisson, un groupe prend la capsule active, l’autre un placebo qui se présente exactement comme la capsule testée). Après quelques mois ou quelques années de ce régime, on compare la santé des deux groupes. On considère que ces études sont un peu la « Rolls » de ce qu‘il est possible de faire en science, mais elles sont pourtant loin d‘être parfaites.

Le principal obstacle à ces études, c’est leur coût. Les maladies chroniques mettent plusieurs années à se développer. Probablement 15 ans pour le cancer. Tester un aliment, par exemple le brocoli, dans la prévention du cancer, exigerait des sommes inimaginables car bien évidemment il faudrait constituer un groupe de plusieurs milliers de personnes pour atteindre une puissance statistique suffisante. Les chercheurs contournent cette difficulté en s’intéressant à des personnes à risque, qui sont susceptibles de développer la maladie, ce qui théoriquement réduit la durée nécessaire. Mais peut-on ensuite extrapoler à la population générale ?

Un autre obstacle de ces études, est qu’elles ont tendance à ne donner une information que sur un type très particulier d’alimentation. Pour reprendre l’exemple du brocoli, supposons que les chercheurs demandent à des personnes à haut risque de cancer du côlon de manger pendant 5 ans du brocoli vapeur sans corps gras une fois par jour. Le résultat de l’étude quel qu’il soit ne permet pas de dire ce qui serait arrivé si les volontaires avaient consommé le brocoli deux fois par jour, ou 3 fois par semaine. Ni s’ils l’avaient accompagné d’un corps gras. Ni s’ils l’avaient cuisiné différemment.

Le moment auquel on intervient a aussi son importance. Pour prévenir les maladies cardiovasculaires, les antioxydants sont probablement intéressants au tout début, lorsque les vaisseaux commencent à se charger de plaques d’athérome. Mais les capsules d’huile de poisson agissent vraisemblablement plus tardivement, lorsque le rythme cardiaque fluctue.

Enfin, tout ne peut pas être fait dans le cadre des études d’intervention pour de simples raisons d’éthique. Ainsi, les études épidémiologiques montrent que les personnes qui boivent de l’eau du robinet chargée d’aluminium ont un risque plus élevé de maladie d‘Alzheimer. L’aluminium est-il vraiment en cause ? Pour le savoir, il faudrait faire boire à des volontaires une eau contaminée par de l’aluminium, tandis que d’autres volontaires boiraient une eau plus saine. Ce protocole se heurte naturellement à des considérations éthiques évidentes.

 

Méta-analyses

Les méta-analyses sont en vogue. En théorie, elles consistent à éviter le piège que représentent des résultats isolés, en regroupant les résultats issus d’études similaires pour en dégager une tendance. En pratique, les méta-analyses sont sujettes à caution car elles ont parfois tendance à mélanger torchons et serviettes : des études au protocole parfois très éloignés. De plus, les auteurs des méta-analyses écartent volontiers certaines études selon des critères qui leur sont propres - et qui ne seront pas les mêmes d’un groupe de chercheurs à l’autre.

 

Comment s’y retrouver ?

Pour y voir plus clair, ne vous attachez pas au résultat d’une étude isolée. Les résultats sont convaincants lorsque plusieurs études pointent dans la même direction. Les études chez l’homme ont plus de poids que celles qui sont conduites sur des cellules ou chez l’animal. Parmi ces études chez l’homme, accordez plus d’intérêt à celles qui portent sur les maladies (infarctus, cancers, ostéoporose etc…) qu’à celles qui se focalisent sur des marqueurs intermédiaires (calibre des artères, protéines de l’inflammation ou du cancer). Les résultats sont convaincants lorsque plusieurs études différentes pointes dans la même direction.

Dans la recherche pharmaceutique, les études randomisées sont celles auxquelles on accorde le plus de poids. Mais en matière de nutrition, ce serait une erreur que de ne retenir que ces études : compte tenu de la complexité et de la variété des paramètres à étudier, le jugement doit se fonder sur un bon équilibre entre études épidémiologiques et données cliniques.

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