4 Questions sur la vaccination des enfants

Par Thierry Souccar Publié le 24/04/2017 Mis à jour le 31/10/2018
L'essentiel

Nos réponses aux questions que se posent fréquemment les parents.

Les vaccins font, avec les règles d'hygiène et de nutrition, partie de l'arsenal mis en place par les autorités sanitaires de nombreux pays pour tenter d'éradiquer des maladies potentiellement mortelles ou handicapantes. Les études montrent qu'ils ont le plus souvent accompli leur rôle, même si des incertitudes demeurent sur la durée d'immunisation (rougeole).

Législation

Quels sont les vaccins obligatoires ?

En France, les vaccins contre contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite sont les trois seuls obligatoires chez les nourrissons nés avant le 1er janvier 2018. Les bébés nés après cette date doivent recevoir 11 vaccins : contre l'haemophilius influenzae B, la coqueluche, l'hépatite B, la rougeole, les oreillons, la rubéole, le méningocoque C et le pneumocoque.

La Sécurité sociale prend en charge le coût de ces vaccinations. Les parents qui refusent de vacciner leur enfant ne sont pas sanctionnés, mais ils ne peuvent pas les inscrire dans les collectivités. Le vaccin contre la grippe n'est pas obligatoire.

Efficacité

Est-il préférable d'espacer ou retarder les vaccins ?

L'espacement des vaccins a été promu en 2007 par un pédiatre californien nommé Robert Spears, mais elle n'a pas été scientifiquement évaluée du point de vue de la sécurité ou l'efficacité. En revanche, retarder la vaccination ne semble apporter aucun bénéfice et pourrait même comporter des risques. Une étude de 2013 portant sur plus de 800 000 enfants a révélé que ceux qui reçoivent leur vaccin contre la rougeole à l'âge recommandé (12 à 15 mois) ont un risque plus faible d'effets indésirables que ceux qui le reçoivent plus tard. Une autre étude a trouvé que les enfants âgés de 3 mois à 3 ans qui ont raté des vaccinations (DTP) ou qui les ont reçues tardivement étaient jusqu'à 28 fois plus susceptibles de recevoir un diagnostic de coqueluche.

La vaccination est-elle efficace ? Le cas de la rougeole 

La rougeole est une maladie virale à transmission aérienne extrêmement contagieuse. Une personne infectée peut à son tour en infecter 15 à 20 (contre 2 à 3 personnes en moyenne pour la grippe). La maladie peut toucher toutes les classes d’âge de la population et entraîner des complications (pneumonie, encéphalite), parfois mortelles, principalement chez les nourrissons âgés de moins d’un an et chez les jeunes adultes. En France, plus de 23 000 cas de rougeole ont été enregistrés entre 2008 et 2012. Ces 3 épidémies ont conduit à plus de 1 000 cas de maladie pulmonaire grave, 30 cas de complications neurologiques (encéphalite ou myélite) et 10 décès. Depuis 2017, les cas de rougeole sont en recrudescence en France. Selon les spécialistes, bien que la couverture vaccinale augmente constamment et atteigne désormais à l'âge de 5-6 ans 90% (1 dose), et 80% (2 doses) ce n'est pas suffisant, le taux nécessaire pour éviter les contagions étant de 95%. Une augmentation de la couverture vaccinale des jeunes enfants a été observée depuis l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour les enfants nés à partir du 1 er janvier 2018.

Selon l'Inserm, la très grande majorité des personnes contaminées lors d'épidémies récentes n'avaient pas été vaccinées (80% des cas) ou avaient été insuffisamment vaccinées (une seule dose de vaccin). Néanmoins, 5% avaient reçu les deux doses recommandées par le calendrier de vaccination et avaient donc probablement mal répondu au vaccin. 

Le vaccin contre la grippe est-il utile ?

Les preuves en faveur de l'efficacité de la vaccination contre la grippe chez l'enfant sont jugées élevées. L'analyse par le groupe indépendant Cochrane des résultats de 41 essais cliniques montre que les vaccins réduisent probablement les cas de grippe, et pourraient réduire les syndromes grippaux.

Sécurité des vaccins

Les vaccins favorisent-ils la sclérose en plaques et d'autres réactions auto-immunes ?

La plupart des cas de sclérose en plaques signalés ont concerné le vaccin contre l'hépatite B (VHB) et le vaccin contre le virus du papillome humain (HPV). Le rôle potentiel du VHB a été avancé pour la première fois en 1997 en France après qu'une vaste campagne de vaccination contre le VHB impliquant des nouveau-nés, des enfants et de jeunes adultes à risque ait été suivie d'une augmentation du nombre de maladies démyélinisantes du systéme nerveux central, dont la sclérose en plaques. Cette observation a abouti à une suspension complète du programme national de vaccination et conduit à la mise en place de plusieurs études pour explorer cette association. Récemment, une revue systématique et méta-analyse de 13 études avec groupe de contrôle, a conclu qu’il n’y a pas de preuves que la vaccination contre l’hépatite B conduit à des maladies démyélinisantes du système nerveux central.

Les vaccins peuvent-ils conduire à la mort subite du nourrisson ?

Plusieurs études ont été conduites, mais elles n'ont pas trouvé de lien entre la vaccination des bébés et le risque de mort subite. En 2003, l'Institut de médecine des Etats-Unis a analysé l'ensemble des données scientifiques, pour conclure que les vaccins ne causent pas de mort subite du nourrisson. D'autres travaux sont arrivés à la même conclusion.

Le vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole) est-il lié à l'autisme ?

Cette crainte date de 1998 lorsque le Dr Andrew Wakefield a publié un article dans la revue médicale The Lancet, rapportant les cas de plusieurs enfants qui auraient développé des maladies gastro-intestinales et des troubles du développement après avoir reçu le vaccin ROR. Les chercheurs ont suggéré que le vaccin ROR pourrait avoir été à l’origine de ces problèmes.

En février 2010, le journal a retiré l’article original et contesté sa validité car il apparaît que de nombreuses données ont été falsifiées.

Des craintes ont également été formulées concernant la présence de thimérosal (éthylmercure) dans d'autres vaccins. Aujourd'hui, il est clair que les craintes que le vaccin ROR ou que les vaccins contenant du thimérosal favorisent l'autisme ne sont pas fondées : près de 20 unités de recherche ont examiné les données scientifiques disponibles et conclu que le vaccin ROR n’a aucun lien avec l’autisme.

Les vaccins peuvent-ils favoriser asthme et allergies ?

Cette crainte se base sur ce qu'on appelle « l'hypothèse hygiéniste », l’idée que les infections contractées tôt dans la vie préviennent les maladies allergiques plus tard. Selon cette hypothèse, si le système immunitaire n’a pas la possibilité de se prémunir contre des agents pathogènes, il répondrait à des substances inoffensives mais irritantes, en créant une réponse de type allergique. Si l'hypothèse hygiéniste repose sur des arguments convaincants, elle ne concerne pas les vaccins, car ils n'empêchent pas les enfants d'avoir un rhume, des infections virales respiratoires, des organes digestifs, etc. On ne sait pas réellement pourquoi certains enfants développent de l'asthme, des allergies mais il n'y a aucune preuve que les vaccins jouent un rôle dans ces troubles.

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