OGM : les experts Français sont-ils achetés par les industriels ?

Par Collectif LaNutrition.fr - Journalistes scientifiques et diététiciennes Publié le 04/10/2012 Mis à jour le 10/03/2017
Des experts Français comme le Pr Jean-François Narbonne (expert à l'ANSES et auteur du livre "Sang pour sang toxique") critiquent l'étude du Pr Séralini qui laisse penser que le maïs OGM de Monsanto serait cancérigène.Les experts Français sont-ils tous achetés par les industriels ?Les agences de santé évaluent-elles correctement les risques ?

Jean-François Narbonne est professeur émérite de toxicologie à l'université de Bordeaux et expert à l'ANSES. Ses fortes prises de positions comme dans le cas de l'étude du Pr Séralini sur la dangerosité des OGM lui ont valu d'être fréquemment accusé d'avoir été "acheté" par Monsanto. Pourtant Jean-François Narbonne est à l'origine de la victoire en 2011 d'un agriculteur de Charente, Paul François, contre la société Monsanto au tribunal de grande instance de Lyon. Cet agriculteur avait été intoxiqué par un herbicide de Monsanto, le Lasso (aujourd'hui retiré du marché). L'expertise de Jean-François Narbonne avait établi que les troubles de l'agriculteur étaient dûs au « stockage massif des substances dans les tissus adipeux et/ou [au] blocage persistant des activités de métabolisation ». Nous lui avons posé quelques questions.

LaNutrition.fr : Beaucoup de personnes critiquent les processus d'évaluation des OGM par les agences sanitaires, qu'en pensez-vous ?

Jean-François Narbonne : Ces critiques semblent plus politiques que scientifiques avec des contre vérités évidentes. Les études de 90 jours n’ont pas été décidées sous l’influence de Monsanto qui aurait fait arrêter le protocole avant que les effets se manifestent. On frise ici la science fiction ! Les études de 90 jours font partie du protocole OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques) qui définit que les études toxicologiques sont à court terme (24-96h) à moyen terme (90 jours) ou à long terme (18-24 mois). L’approche initiale pour l’évaluation des OGMs venant des USA était une simple étude de semences avec une approche de l’équivalent en substance minimaliste (par exemple la comparaison des protéines se basait sur un dosage de l’azote x 6,25 pour avoir l’équivalent protéique !). L’Europe a alors développé un protocole beaucoup plus sophistiqué ce qui a multiplié par 10 le coût de l’homologation. Le principal de l’approche est basé sur l’analyse fine d’une part du génome (insertion, gènes de fusion…) d’autre part des protéines (protéomique) et des substances comme les toxines, les macro et micronutriments…. Pour ce qui concerne la toxicologie les études portant sur les substances identifiées comme différentes doivent être éffectuées suivant un protocole complet (ex. pesticide synthétisé par la plante), Pour ce qui concerne l’OGM en entier, le niveau limité d’incorporation dans une alimentation pour les rats et un test de cancérogenèse de deux ans ne paraissent pas à priori suffisants pour discriminer les effets toxicologiques des effets nutritionnels. Du fait qu’une plante (OGM ou non) n’apporte pas à elle seule l’ensemble des macro et micronutriments (lipides, protéines, sucres, vitamines et minéraux) nécessaires à l’alimentation d’un rat on ne peut qu’incorporer cette plante dans un régime équilibré avec des taux d’incorporation ne pouvant pas dépasser 50%. Des taux d’incorporation trop faibles ne permettent pas de mettre en évidence un effet toxique pour une éventuelle substance toxique non détectée par l’analyse chimique. On connaît les difficultés d’interprétation des résultats de cancérogenèse même avec des substances chimiques que l’on peut mettre à forte doses dans le régime (voir les polémiques pour l’aspartame).

Les experts des agences travaillent-ils sans conscience et à la solde des industriels ?

Jean-François Narbonne : Les experts des agences sont des chercheurs des organismes publics INSERM, INRA, CNRS. Universités qui auraient une conscience en travaillant dans leurs laboratoires et qui la perdraient quand ils participent aux expertises publiques, peu rémunérées et mal considérées pour leur carrière. De telles diffamations sont insupportables pour des chercheurs que je fréquente depuis plus de 25 ans et qui pratiquent avec abnégation l’expertise publique en plus de leur travail. Qui peut croire qu’un chercheur qui a fait une expertise ponctuelle pour un groupe privé rémunérée au tarif « syndical » de 500 €  devient classé comme étant « acheté » par ce groupe privé ? Il s’agit là de l’argument massu invoqué régulièrement par des pseudo-experts qui ne supportent pas la moindre critique ou contradiction. Les critiques ne sont pas recevables puisqu’elle viennent d’un expert « vendu » aux lobbies. On ne s’intéresse pas aux arguments scientifiques avancés mais on cherche « qui l’a payé pour dire cela ». Ma grande expérience de l’expertise publique m’a montré que tout d’abord il existe un cadre réglementaire international contraignant même si ce cadre peut être fortement crtiqué. C’est dans ce cadre que sont délivrées les autorisations. On voit d’ailleurs comment ces cadres ont évolués du fait de la critique des experts et des avancées de la science. Dans les comités, je n’ai jamais rencontré d’experts « vendus ». Souvent la vision des experts pour un sujet vient de sa formation et de sa culture. Un médecin n’aura pas la même vision qu’un biologiste moléculaire. Ainsi dans les comités traitant d’OGM il y a des chercheurs convaincus que les OGMs sont l’avenir de l’agronomie productiviste et d’autres ayant une sensibilité plus écologique et sanitaire. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de l’expertise multidisciplinaire pratiquée dans le cadre des Agences que de confronter les points de vue différents. Ceci ne veut pas dire qu’il n’y a pas du lobiying à des niveaux supérieurs, en particulier politiques.

Une autre accusation porte sur le fait que les laboratoires publics ne testent pas à long terme les pesticides et les OGMs et seraient donc sous l’influence des lobbies.

Jean-François Narbonne : On peut répondre à cette accusation par plusieurs questions : Combien y a-t-il encore de laboratoire de toxicologie ayant subsité à l’éradication progressive de cette discipline depuis 30 ans? Quel laboratoire public dispose aujourd’hui de 3 millions d'euros ? Quel laboratoire dispose d’une animalerie homologuée BPL (ndlr : norme des Bonnes Pratiques de Laboratoire) ? Quel laboratoire dispose encore d’animaliers après la réduction drastique du nombre de fonctionnaires en particulier des techniciens ? Il est heureux que le Pr Séralini ait été financé par la grande distribution pour pouvoir réaliser une telle étude avec de tels moyens inaccessibles aux laboratoire publics.
Enfin les laboratoires publics sont des laboratoires de recherche qui ne sont pas là pour obtenir des autorisations de mise sur le marché au bénéfice des industriels. Par contre les chercheurs étudient les mécanismes fondamentaux qui doivent ensuite être pris en compte pour faire évoluer les protocoles d’homologation.

La présence d'OGM dans nos assiettes est-elle une explication à l'explosion de nombreuses maladies ?

Jean-François Narbonne : Les OGM aujourd’hui sont soit destinés à l’alimentation animale soit a des productions industrielles. L’homme ne consomme donc pas les plantes OGM. La question se pose sur la présence de résidus d’OGM dans les aliments. D’une part on trouve des ingrédients issus d’OGM (amidon, lécithine, huile) et dans ce cas les analyses fines n’ont pas montré de différences significatives entre ces ingrédients et ceux issus de plantes traditionnelles. D’autre part on a recherché la présence de résidus dans les viandes ou les produits animaux ayant ingéré des OGMs. Le seul type de résidu qui peut résister à la digestion et au métabolisme consiste à des brins d’ADN résistants à l’hydrolyse. Les nombreuses études ont montré la présence de ce type de résidus dans le sang mais pas dans la viande ou dans le lait. Il est donc totalement démagogique de prétendre que nos assiettes sont remplies d’OGM et expliquer la progression des maladies au cours des 30 dernières années par cette présence. Une raison supplémentaire de ne pas retrouver des conditions d’exposition telles que celles utilisées dans l’étude du Pr Séralini est que si le Roundup est un mélange d’adjuvant et de matière active, cette situation n’existe qu’au moment du traitement. En effet la matière active et les substances associées ont des toxicocinétiques très différentes, donc des persistances différentes, des voies métaboliques différentes. Donc le consommateur n’a aucune chance d’être exposé au Roundup tel que formulé dans cette étude.

Jean-François narbonne est l'auteur du livre "Sang pour sang toxique".

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