Diversification menée par l’enfant : voici ce qu’en dit la science

Par Sarah Amiri Publié le 07/07/2020 Mis à jour le 07/07/2020
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Des chercheurs italiens ont tenté de répondre aux questions les plus courantes que pose la Diversification Menée par l’Enfant (DME).

Vers 4-6 mois, bébé commence à être capable de manger autre chose que du lait. C’est le moment de la diversification alimentaire. Mais cette dernière doit-elle forcément passer par l’étape purées et compotes finement mixées ? Certains parents et professionnels de l’enfance prônent une autre approche : la diversification menée par l’enfant. En pratique, il s’agit de présenter des aliments sous forme de morceaux à l’enfant qui va les explorer et les manger à sa guise. A la clé : une stimulation du développement psychomoteur, un rapport plus sain aux aliments et une meilleure sensibilité aux signaux de satiété. Mais donner des aliments en morceaux n’est-ce pas risqué ? Si les spécialistes de la DME ont des réponses aux questions que peuvent légitimement se poser les jeunes parents, les scientifiques sont désormais en mesure de les appuyer.

Afin de répondre aux principales interrogations concernant la DME, ses bénéfices et ses risques, des chercheurs ont publié un article dans The Italian Journal of Pediatrics passant en revue 12 études scientifiques dont 10 études d’observation et 2 études contrôlées et randomisées.

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La DME augmente-elle le risque d'étouffement ?

La peur de l’étouffement est l’une des raisons qui peut dissuader les parents de pratiquer la DME. Pour les chercheurs, les études de qualité sur le sujet ne montrent pas un risque plus important d’étouffement avec la DME. Si cela est rassurant, les spécialistes de la DME conseillent toutefois d’apprendre à reconnaître les différentes réactions et réflexes de bébé, afin d’avoir la bonne réaction en cas d’étouffement. Dans son livre Le Grand Livre de la DME, Christine Zalejski explique la différence entre le réflexe nauséeux, la fausse route et l’étouffement et comment réagir dans chaque cas. Elle conseille aux parents d’entraîner bébé en le laissant explorer un hochet, une brosse de dentition ou une petite cuillère, pour qu’il apprenne à ne pas trop les enfoncer et à les refouler vers l’extérieur. Selon elle, si la peur est trop importante, l’enfant le ressent et peut réagir de manière négative. Dans l’un des témoignages du livre, elle propose à une maman, dans ce cas précis, de suivre une formation de premiers secours pour l’aider à surmonter cette peur.

La DME apporte-t-elle un apport énergétique adéquat et une croissance normale ?

Les résultats des études sont contradictoires notamment à cause des différentes méthodes de recherches utilisées.

Selon une étude d’observation, la DME pourrait entraîner un déficit de calories ce qui freinerait significativement la prise de poids. D’ailleurs, dans une autre étude, des mères ont déclaré qu’avec la DME, les bébés mangeaient moins d’aliments et buvaient plus de lait qu’avec une diversification classique.

Pour que le bébé ait un apport calorique suffisant, il est important de lui proposer des aliments à forte densité énergétique de qualité notamment des matières grasses. Par exemple, Christine Zalejski conseille d’ajouter à partir de 7 mois des huiles végétales riches en oméga-3 (colza, lin, cameline, noix) vierges et de première pression à froid. L’huile de coco, la crème fraîche, le beurre et l’avocat peuvent aussi être proposés à bébé pour augmenter l’apport énergétique de son repas.

La DME augmente-t-elle le risque de déficit en fer ?

À partir de six mois, l'allaitement maternel ne fournit pas au nourrisson suffisamment de fer pour satisfaire ses besoins, il faut donc lui procurer du fer via les aliments solides. Le problème lorsqu’on pratique la DME, c’est que la consistance des aliments riches en fer les rend difficiles à consommer sous forme de morceaux, et les petits pots industriels enrichis en fer ne peuvent être utilisés dans cette approche.

Pour pallier le risque de carence en fer, il faut veiller à introduire une portion de viande rouge par semaine sous forme de viande hachée (préparée en boulettes par exemple) et veiller à la qualité de la viande proposée. Pour Christine Zalejski, l’apport en fer « peut aussi se faire via les protéines végétales comme les lentilles, la farine de pois chiche ou le cacao amer par exemple, de préférence associées à une source de vitamine C (persil, agrumes, poivron…) durant le repas afin d’améliorer l’absorption du fer au niveau intestinal ».

Quels sont les effets de l'approche de la DME sur la sensation de satiété et le poids ?

L’un des bénéfices promus par les défenseurs de la DME serait la réduction du risque de surpoids et d’obésité à l’âge adulte. Cela s’expliquerait par le fait qu’avec la DME, l’enfant apprend à respecter ses sensations de satiété, il est autonome, il gère lui-même les quantités sans que l’adulte intervienne.

Plusieurs études se sont intéressées à ce bénéfice potentiel, avec des résultats plutôt contradictoires. 

Si certaines études ne trouvent aucune association, d’autres trouvent que les enfants ayant suivi la DME sont nettement moins difficiles et plus sensibles à la satiété que le groupe ayant suivi une diversification classique. Des études sur lelong terme sont encore nécessaires pour déterminer si la DME prévient le surpoids.

La DME influence-t-elle les préférences alimentaires et la qualité du régime alimentaire ?

L’imaginaire collectif veut que la DME permette l’acceptation d’une plus large gamme d’aliments. Mais selon les quelques études disponibles, peu de différences existent entre la DME et la diversification classique. 

En ce qui concerne la qualité des repas, la famille doit être attentive au fait que, s’il est important que les bébés mangent plus ou moins le même repas que le reste de la famille, l’assaisonnement et les techniques de cuisson doivent être adaptés à bébé.

« Par exemple, si la famille consomme habituellement des aliments transformés ou des aliments salés (c'est-à-dire des aliments aromatisés au sel, des bouillons en cube ou de la sauce à salade) ou des en-cas, des sucreries et des barres de céréales, il est probable que ce nourrisson se verra également proposer ces aliments. » notent les chercheurs.  « Pour éviter ces risques, les parents doivent recevoir une éducation nutritionnelle appropriée afin de rendre leur alimentation saine et adéquate pour le nourrisson. » 

L’accompagnement par un professionnel de santé, diététien.ne ou médecin nutritionniste spécialisé peut être pertinent pour éviter ce genre d’erreur.

À lire aussi : Angélique Houlbert : « La diversification alimentaire est un moment crucial de la vie de bébé »

La DME améliore-t-elle les relations familiales lors des repas ?

Il semble que la DME permette aux bébés de participer aux repas plus facilement que les enfants qui ont besoin d’un adulte pour les nourrir.

En effet, en mangeant en toute autonomie les mêmes aliments que le reste de la famille et en n’étant jamais forcé de manger, les parents ont moins de pression (notamment pour la préparation) et d'anxiété à l'heure des repas.

La DME a-t-elle des effets positifs sur l'anxiété et l'attitude des parents à l'égard de la diversification ?

Les mamans qui entreprennent la DME avec leurs bébés semblent être moins sujettes à l’anxiété, aux troubles obsessionnels et compulsifs et moins de restrictions alimentaires que les mamans menant une diversification classique. Selon les chercheurs, ces résultats pourraient rendre l'approche plus réalisable. Cependant, cette constatation peut également s'expliquer par le fait que les mères très anxieuses pourraient être plus enclines à choisir la diversification classique.

Pour en savoir plus, lire : Le Grand Livre de la DME

Références
  1. D'Auria E, Bergamini M, Staiano A, et al. Baby-led weaning: what a systematic review of the literature adds on. Ital J Pediatr. 2018;44(1):49. Published 2018 May 3. doi:10.1186/s13052-018-0487-8

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