La vitamine qui fait peur

Par Lanutrition.fr Publié le 01/12/2008 Mis à jour le 11/04/2017
 

Pendant des décennies, les médecins ont prescrit et les pharmaciens ont délivré de la vitamine D avec la crainte de mettre la vie des patients en danger. Ce qui fait qu’ils ont fini par ne plus en prescrire beaucoup. Aujourd’hui encore, une grande partie des médicaments à base de vitamine D ne sont accessibles que sur ordonnance et la vitamine D traîne une sale réputation de toxicité à faible dose. En 1996, les autorités françaises ont décrété qu’il ne faut pas en consommer plus de 1000 UI par jour. Au-delà, risque potentiel d’empoisonnement !

Il se trouve que ce seuil de 1000 UI de vitamine D par jour repose sur une erreur de calcul, comme je l’ai montré en 2004 dans mon livre Santé, mensonges et propagande. L’erreur de calcul n’a pas été corrigée, 1000 UI reste la dose à ne pas dépasser et l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments nous assure de toute façon qu’un adulte n’a pas besoin de plus de 200 UI par jour. Mais que valent donc ces recommandations ? Pas même le papier sur lequel elles sont imprimées, viennent d’écrire en substance 16 spécialistes mondiaux de la vitamine D. C’est à ma connaissance la première fois que des chercheurs reconnus, respectables, bien élevés, s’en prennent avec une telle virulence aux gouvernements et aux agences sanitaires, ce qui nous donne l’impression de n’être plus seuls à protester contre les messages et les avis fantaisistes de santé publique dont nous sommes bombardés. Le groupe de 16 chercheurs condamne en ces termes les recommandations actuelles : « [Ces recommandations] offensent les principes de base de la pharmacologie et de la toxicologie, ce qui nous conduit à conclure que les directives officielles actuelles et les limites [de sécurité] pour la vitamine D sont scientifiquement indéfendables. »

Franchement, je n’ai jamais lu cela en 20 ans de journalisme scientifique, et cette colère est à la mesure de la frustration de ces chercheurs qui avaient déjà interpellé les autorités sanitaires en 2007, sans succès. Parlant des enfants, le groupe conseille aux parents de donner 1000 UI de vitamine D par tranche de 15 kilos de poids corporel (pas sous forme d’huile de foie de morue, trop riche en vitamine A). Ce qui revient à multiplier par un coefficient pouvant aller jusqu’à 10 certaines des recommandations officielles actuelles. Quant aux enfants souffrant d’autisme, de diabète ou d’infections fréquentes, leurs besoins peuvent être encore plus élevés pour maintenir leur taux de 25-hydroxyvitamine D (la vitamine de réserve, qu’on mesure dans le sang) dans la zone des 65 ng/mL.

Selon eux, et c’est une analyse à laquelle je souscris, les doses quotidiennes conseillées de vitamine D chez l’adulte devraient au minimum passer de 200 à 2000 UI, c’est-à-dire qu’elles devraient être multipliées par 10 afin de faire bénéficier la population des effets protecteurs de ce nutriment important.

Rheinhold Vieth, un des signataires de la lettre considère même dans un entretien qu’il m’a accordé, que ces doses pour les adultes pourraient être trop faibles. Mais voilà, comment relever des apports conseillés lorsque le seuil quotidien à ne pas dépasser reste fixé à 1000 UI (2000 UI aux Etats-Unis) ? Rheinhold Vieth n’attend plus grand-chose des autorités nord-américaines. Au mieux, dit-il, elles s’arrêteront à 800 UI. Alors que faire ? Faut-il se plier aux avis officiels ? Je pense avec les signataires qu’il ne faut pas respecter les recommandations officielles sur la vitamine D, pas plus qu’il ne faut respecter celles sur les laitages, les graisses, les féculents, la vitamine C, puisqu’elles ne sont pas basées sur de la science. Suivez les conseils du Pr Vieth : allez voir votre médecin, faites doser votre vitamine D dans le sang, assurez-vous que vous n’avez pas de contre-indication à la prise de vitamine D et faites-vous délivrer un supplément, à hauteur de vos besoins, comme les détaille Rheinhold Vieth. Si, vivant l’hiver au nord des Pyrénées, 200 UI par jour vous suffisent c’est soit que vous êtes un(e) extraterrestre, soit que vous êtes l’un des experts à l’origine des conseils officiels – autant dire là aussi un(e) extraterrestre.

John J. Cannell, MD; Reinhold Vieth, MS, PhD; Walter Willett, MD, DrPH; Michael Zasloff, MD, PhD; John N. Hathcock, MSc, PhD; John H. White, PhD; Sherry A. Tanumihardjo, MSc, PhD; D. Enette Larson-Meyer, PhD; Heike A. Bischoff-Ferrari, MD, MPH; Christel J. Lamberg-Allardt, PhD; Joan M. Lappe, PhD, RN; Anthony W. Norman, PhD; Armin Zittermann, PhD; Susan J. Whiting, MSc, PhD; William B. Grant, PhD; Bruce W. Hollis, PhD; Edward Giovannucci, MD : Cod Liver Oil, Vitamin A Toxicity, Frequent Respiratory Infections, and the Vitamin D Deficiency Epidemic. Ann Otol Rhinol Laryngol 2008;117:864-870.

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