Sauter le petit déjeuner n'est peut-être pas si grave pour la ligne

Par Lanutrition.fr Publié le 12/09/2013 Mis à jour le 24/02/2017
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Le conseil universel de prendre un petit déjeuner pour rester mince est basé plus sur des croyances que sur des études fiables.

(Presque) tous les nutritionnistes vous le diront : le petit déjeuner est "le repas le plus important de la journée" et celles et ceux qui sautent ce repas prennent le risque de grossir ou en tous cas de ne pas réussir à maigrir. Vraie ou fausse, l'idée que le petit déjeuner est très important pour la ligne est amplement relayée par l'industrie agro-alimentaire : les fabricants de céréales du petit déjeuner, la filière pain, et l'industrie laitière.

Mais sur quelles bases scientifiques se fonde cette affirmation ? Pour démêler cette question, des chercheurs de l’université de l’Alabama ont analysé 58 études conduites sur le sujet dans 30 pays, depuis le début des années 1990 (1). Leurs conclusions paraissent dans l'American Journal of Clinical Nutrition. Selon ces chercheurspeu d’études rigoureuses ont été conduites sur le sujet et leurs résultats sont souvent mal interprétés. Un cas d’école sur la façon de faire dire ce qu’on veut à une étude, et sur la manière dont un système de croyance devient peu à peu vérité établie !

Les études les plus fiables sont en réalité peu nombreuses. Elles montrent souvent que sauter le petit déjeuner avait peu ou pas d’effet sur la prise de poids, ou encore que ceux qui prenaient un petit déjeuner consommaient plus de calories. Pour l’un des auteurs, David Allison, si le fait de sauter le petit déjeuner est associé à  l’obésité, le lien de cause à effet n’a pas été démontré.

Pour David Allison et ses collègues, une seule étude d'intervention de plusieurs mois a réellement testé l’effet du petit déjeuner dans la perte de poids. Il s’agit de travaux datant de 1992 qui ont été menés par l’université de Vanderbilt (2). Des femmes modérément obèses (IMC moyen de 30,6) et âgées de 18 à 55 ans ont suivi un programme amaigrissant de 12 semaines. Certaines devaient manger au petit déjeuner et d’autres non ; les deux programmes incluaient la même quantité de calories.

Résultats : Les femmes qui avaient l’habitude de sauter le petit déjeuner ont perdu 7,7 kg en incluant un petit déjeuner, et 6 kg en continuant à sauter ce repas. Celles qui avaient l’habitude de prendre un petit déjeuner et à qui on a demandé de le sauter ont perdu 8,9 kg, et 6,2 kg en continuant de manger au petit déjeuner. Conclusion : les participantes qui ont perdu le plus de poids sont celles qui ont changé leurs habitudes de petit déjeuner...  Or une cinquantaine d’articles citent l’étude Vanderbilt, et la plupart pour affirmer que le petit déjeuner protège de la prise de poids.

Une autre étude datant de 2002 est souvent citée. Dans une population qui avait maintenu une perte de poids d’environ 13,6 kg, 78 % ont dit manger régulièrement au petit déjeuner (3). 4 % ne prenaient jamais de petit déjeuner. Il n’y avait pas de différence de prise énergétique entre ceux qui mangeaient au petit déjeuner et les autres, mais les adeptes du petit déjeuner étaient plus actifs physiquement. Conclusion : le fait de manger au petit déjeuner est simplement une caractéristique commune à ceux qui parviennent à perdre du poids et à se maintenir. Pourtant parmi les 72 articles de recherche qui citaient cette étude, un quart l'ont fait en laissant croire qu'il y avait une relation de cause à effet entre obésité et habitudes de petit déjeuner…

La plupart des études sur la relation entre petit déjeuner et poids sont des études d'observation qui ne permettent pas d'établir une relation de cause à effet, simplement une association (pour être complet, dans certains cas qui obéissent à des critères stricts dits critères de Hill, on accepte des études d'observation pour établir une relation de cause à effet). Pourtant, 25% des auteurs qui ont conduit ces études ont, dans les résumés de première page (les "abstracts"), franchi le pas et parlé de causalité. Un autre quart s'est montré un petit peu plus prudent, mais en suggérant tout de même un lien de cause à effet. De telles pratiques ont probablement contribué à consolider l'idée que le petit déjeuner permet de rester mince. 

LaNutrition.fr a sa part dans la médiatisation d'études qui ont trouvé qu'en sautant le petit-déjeuner on risque de grossir, mais (ouf !) nous avons aussi pris nos distances dans cet article :

Lire : Sauter le petit déjeuner pour maigrir ?

Il est possible (mais pas certain) que le petit déjeuner soit un repas important, qu'il soutienne les performances intellectuelles et l'humeur en particulier des enfants et des adolescents. LaNutrition.fr recommande d'ailleurs aux parents de faire en sorte que les enfants et les adolescents déjeunent le matin.

Mais nous ne savons toujours pas si le fait de sauter le petit déjeuner est vraiment mauvais pour la ligne. La bonne nouvelle pour les amateurs de petit déjeuner, c'est qu'il n'y a pas non plus de preuves qu'il fasse grossir !

Consulter notre dossier sur le petit-déjeuner

Sources

(1) Brown AW, Bohan Brown MM, Allison DB. Belief beyond the evidence: using the proposed effect of breakfast on obesity to show 2 practices that distort scientific evidence. Am J Clin Nutr. 2013 Sep 4

(2) Schlundt DG, Hill JO, Sbrocco T, Pope-Cordle J, Sharp T. The role of breakfast in the treatment of obesity: a randomized clinical trial. Am J Clin Nutr. 1992 Mar;55(3):645-51.

(3) Wyatt HR, Grunwald GK, Mosca CL, Klem ML, Wing RR, Hill JO. Long-term weight loss and breakfast in subjects in the National Weight Control Registry. Obes Res. 2002 Feb;10(2):78-82.

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