La quercétine de l’oignon, un allié potentiel contre l’ostéoporose

Par Lanutrition.fr Publié le 10/09/2008 Mis à jour le 20/10/2017
Point de vue

Véronique Coxam, ex directrice de recherche à l’unité « Maladies métaboliques et micronutriments » du centre INRA de Clermont-Ferrand/Theix a découvert par hasard – ou presque – les vertus anti-inflammatoires de l’oignon dans l’ostéoporose.

Quels sont les mécanismes à l’origine de l’ostéoporose ?

À la ménopause, les œstrogènes n’exercent plus leur effet protecteur sur les os tandis qu’une inflammation chronique et un stress oxydant s’installent et s’exacerbent à mesure que le vieillissement progresse. L’os se dégrade, il libère plus de calcium qu’il n’en fixe (il se résorbe), ce qui le fragilise. Avec la baisse des œstrogènes ou les fractures, les cytokines (des molécules inflammatoires) augmentent, favorisant la perte osseuse. On a pu ainsi montrer que chez des souris castrées à qui on administrait des anticorps anti-cytokines (anti-IL1, anti-TNF), la perte osseuse ne se déclenchait pas. Preuve que les cytokines, donc l’inflammation, jouent un rôle important dans l’ostéoporose.

Pourquoi avez-vous étudié les effets de l’oignon sur l’ostéoporose ?

Lors d’un congrès, j’ai pris connaissance d’une étude montrant que l’oignon pouvait faire diminuer un marqueur de la résorption osseuse. Au laboratoire, nous avons une équipe qui travaille sur les polyphénols, dont la quercétine, présente en grande quantité dans l’oignon. On a donc décidé de la tester sur un modèle de rate ovariectomisée – l’ablation des ovaires mimant les effets de la ménopause. Résultat : la quercétine de l’oignon empêche l’os de se dégrader. Et elle a été plus efficace que les isoflavones (pourtant reconnues pour leurs effets protecteurs sur l’os) et ce, tant sur la densité que sur la qualité de rigidité de l’os.

Est-ce une grande découverte ?

Cette étude nous a ouvert tout un secteur de recherche. Avant, on pensait que le principal déterminant de la perte osseuse était les œstrogènes. Maintenant, on sait que la quercétine (qui n’est pas un composé œstrogénique) joue un rôle non négligeable aussi. Depuis, quelques travaux ont montré que le stress oxydant avait un effet déterminant dans l’ostéoporose. La quercétine de l’oignon a un effet antioxydant et anti-inflammatoire. Dans l’ostéoporose, stress oxydant et inflammation sont liés.

L’oignon contient-il beaucoup de quercétine par rapport aux autres végétaux ?

Tous les végétaux contiennent plus ou moins de quercétine. Dans la famille des oignons, le blanc n’en contient pas du tout, l’oignon jaune un peu plus et l’oignon rouge plus encore. De manière générale, plus un végétal est coloré, plus il contient d’antioxydants.

Et est-ce que potassium de l’oignon joue un rôle dans l’ostéoporose ?

Tout ce qui est très riche en potassium est intéressant pour l’ostéoporose. En effet, une alimentation riche en protéines a, par exemple, un effet acidifiant dans l’organisme. Or l’acidité augmente les pertes osseuses car l’organisme puise dans les minéraux des os (le calcium en particulier) pour compenser l’acidité des aliments. Les aliments riches en potassium sont alcalins donc neutralisent cette acidité.

Existe-t-il des études chez l’homme ?

À ma connaissance, une seule étude a été menée chez l’homme. C’est une étude de corrélation, sur la consommation de thé. Les chercheurs ont distingués 4 groupes de personnes en fonction du nombre de tasses de thé qu’elles buvaient chaque jour. C’est chez les gros buveurs de thé (plus de 10 tasses par jour) que les chercheurs ont relevé la masse osseuse la plus importante. De notre côté, nous venons de lancer une étude sur les effets d’un extrait d’agrumes chez des femmes ménopausées. Le suivi doit durer deux ans, les premiers résultats seront donc disponibles dans trois ans environ.

Propos recueillis par Priscille Tremblais

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