L’étude accusant le maïs OGM de provoquer des tumeurs chez le rat est retirée de publication

Par Thierry Souccar - Journaliste et auteur scientifique, directeur de laNutrition.fr Publié le 03/12/2013 Mis à jour le 10/03/2017
Actualité

Une revue scientifique a formellement retiré une étude française controversée qui lie un maïs génétiquement modifié à la croissance de tumeurs et au risque de décès chez les rats.

L'étude était parue dans l’édition du 19 septembre 2012 de Food and Chemical Toxicology, et avait fait la une des médias du monde entier avec ses photos de rats qui selon les auteurs de l’étude étaient plus susceptibles de développer des tumeurs volumineuses et mourir prématurément après avoir mangé du maïs génétiquement modifié de Monsanto.

Mais l'éditeur de la revue, Elsevier, vient d’annoncer qu’il retirait cet article écrit notamment par le biologiste Gilles-Eric Séralini de l'Université de Caen en France, en raison de problèmes liés à la méthodologie de l’étude.

Elsevier a souligné qu'il n'y a pas de la part de l’auteur de l’étude de preuve de fraude ou de fausse déclaration intentionnelle.

Elsevier assure que « ce retrait fait suite à une analyse approfondie de l'article publié et des données qu'il rapporte ». L’éditeur ajoute que « les résultats présentés (même s’ils ne sont pas faux) ne sont pas concluants, et donc ne permettent pas d’être publiés » dans la revue.

Pour l'étude, environ 200 rats albinos Sprague-Dawley avaient été divisés en groupes de 10 et reçu une alimentation à base de maïs OGM cultivé avec ou sans herbicide Roundup, ou ils avaient reçu du Roundup dans l'eau de boisson. Vingt rats avaient servi de témoins.

Selon les auteurs de l’étude, les souris femelles au régime OGM avaient eu deux à trois fois plus de risque de mourir que celles du groupe témoin, et leur santé avait été plus sérieusement altérée, que les animaux aient consommé ou pas du Roundup. Environ 50 pour cent des mâles et 70 pour cent des femelles qui avaient consommé le maïs OGM de Monsanto sont morts prématurément, comparativement à 30 pour cent des mâles et 20 pour cent des femelles qui n’en avaient pas consommé.

De grosses tumeurs mammaires étaient apparu chez les rats femelles environ quatre mois après le début des deux années qu’a duré l'étude, certaine si volumineuses qu’elles avaient bloqué la fonction des organes.

Cependant, plusieurs experts avaient contesté les conclusions de l’étude, en faisant remarquer que les rats Sprague-Dawley sont plus susceptibles de développer des tumeurs spontanées, et qu'un groupe témoin de 20 rats seulement est insuffisant pour tirer des conclusions significatives.

En France, le Pr Jean-François Narbonne, toxicologue, auteur de Sang pour sang toxique, qui collabore à LaNutrition.fr, avait pointé des lacunes et dénoncé l’exploitation médiatique de la publication. Il demandait cependant que les autorités sanitaires utilisent cette opportunité pour vérifier les conclusions de l'étude et se pencher sérieusement sur la question des effets des OGM sur la santé.

Le rédacteur en chef de Food and Chemical Toxicology a commencé à examiner la pertinence des remarques faites par les chercheurs peu de temps après que l'étude ait été publiée, et demandé à voir les données brutes de l'étude, que le Pr Seralini a d'ailleurs accepté de fournir.

Une « analyse plus approfondie », explique la revue, a montré que « aucune conclusion définitive ne peut être atteinte avec un échantillon de cette taille... en ce qui concerne la mortalité globale ou l'incidence des tumeurs. »

Selon la revue, compte tenu du fait que ces rats sont plus susceptibles de développer des tumeurs, la variabilité normale ne peut être écartée pour expliquer ce que les chercheurs ont constaté. En d'autres termes, ces résultats sont peut-être dus au maïs OGM, mais peut-être aussi dus au hasard, sans qu'il soit possible de trancher.

Wallace Hayes, le rédacteur-en-chef, avait annoncé au début du mois de novembre qu’en conséquence, il retirerait d’autorité l’article si les auteurs ne le faisaient pas spontanément. Les auteurs ont refusé le 28novembre, au cours d’une conférence de presse. Le Pr Seralini a qualifié la décision du journal d’ « inacceptable » et l’a menacé de poursuites judiciaires.

Les inquiétudes sur les risques sanitaires liés aux OGM ont conduit les gouvernements de deux états américains, la Californie et l’Etat de Washington à consulter par référendum leur population pour savoir s’il fallait obliger les fabricants de produits alimentaires à indiquer la présence d’OGM sur les étiquettes. Cette proposition a été rejetée par les électeurs, l’an dernier en Californie, cette année pour l’Etat de Washington.

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