Nutrition du bébé : les autorités sanitaires pointent les risques des jus végétaux, mais oublient le lait de vache

Par Lanutrition.fr Publié le 14/03/2013 Mis à jour le 10/03/2017
L'Anses souligne les risques pour le jeune enfant des laits et jus non adaptés. Mais pourquoi avoir oublié le lait de vache ?

Dans un avis publié aujourd’hui mais daté du 5 février 2013, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) met en garde à juste titre contre l’utilisation chez le nouveau-né et le jeune enfant (jusqu’à l’âge d’un an) de laits et jus non adaptés aux besoins de cette période, en particulier laits et jus végétaux, mais aussi laits de chèvre et de brebis. Ces aliments, s’ils se substituent au lait maternel ou aux formules artificielles pourraient en effet conduire à des carences, retards de croissance voire des troubles sérieux. N'oublions pas qu'il existe bien sûr des formules végétales parfaitement adaptées aux besoins des bébés. Mais la curiosité de cet avis, c’est que pas une ligne n’est consacrée aux risques que court le bébé qui recevrait du lait de vache normal, qu’il soit écrémé, demi-écrémé ou entier.

Pourtant, ce lait de vache expose les jeunes enfants à des risques réels, au premier rang desquels figure l’anémie ferriprive, comme le montrent de nombreuses études (1). En effet, le lait de vache entraîne chez le très jeune enfant une perte de sang occulte par le tube digestif qui serait due à l’albumine bovine. Le lait de vache et le lait maternel sont pauvres en fer (de 0,3 à 1 mg/L) mais 50% du fer contenu dans le lait maternel est absorbé par le bébé, probablement parce qu’il y a moins de calcium et de phosphore dans le lait de sa maman, et qu’il contient de la lactoferrine. A l’inverse, 10% du fer du lait de vache est retenu. L’anémie ferriprive dans les premières années de la vie peut conduire à des troubles du développement et du comportement.

Dans le lait maternel, les protéines représentent environ 7% des calories, contre 20% dans le lait de vache, surtout du fait de la présence de caséines en grande quantité (6 à 7 fois plus que dans le lait maternel). Ces caséines encombrantes ne sont pas adaptées aux capacités digestives du nouveau-né. En plus les acides aminés taurine et cystine sont relativement déficitaires dans le lait de vache par rapport au lait maternel – or ils sont essentiels, notamment chez les prématurés. Le lait de vache est déséquilibré pour ce qui est de ses teneurs en acides gras, et il n’apporte pas suffisamment de zinc, de niacine (vitamine B3), de vitamine C et de vitamine E. Il apporte aussi quatre fois plus de calcium et six fois plus de phosphate. Une charge excessive en phosphate est associée à des cas de tétanie du nouveau-né.

Comme l’association entre l’exposition aux protéines de lait de vache et le risque de diabète de type-1 se renforce d’année en année, l’Académie américaine de pédiatrie déconseille de donner dans les 12 premiers mois du lait de vache et des laits artificiels contenant des protéines de lait de vache intactes aux bébés nés dans des familles à risque.

Pour toutes ces raisons, il ne faut pas donner de lait de vache classique à un enfant avant au moins un an. Cette mise en garde de bon sens ne figure pas dans l’avis de l’Anses. Pourtant, on compte dans la littérature scientifique plus de cas problématiques de bébés ayant reçu du lait de vache traditionnel que de cas de bébés nourris avec du lait de coco ou du jus de soja, voire du lait de chèvre – qui sont visés par cet avis.

Il était à parier que cette présentation très tendancieuse autoriserait tous les dérapages sur le mode "les laits végétaux sont dangereux", alors même comme on l'a dit, que les formules végétales ne sont pas en cause. Eh bien ça n'a pas loupé. Le Figaro, qui en général n'en rate pas une, titre ainsi : "Alerte sur les laits de soja pour bébés."

Pour quelle raison a-t-on donc oublié le lait de vache dans cet avis ? Voilà une bonne question à poser aux experts du Comité de nutrition humaine qui l'ont rédigé. Il ne faudrait pas qu'on s'aperçoive un jour qu'ils ont les mêmes fréquentations que les pédiatres de la Société française de pédiatrie, à l'origine de ce "cri d'alarme" dirigé contre les boissons végétales. Mais on sait que c'est bien sûr inimaginable.

A lire : les meilleurs laits infantiles avant 6 mois.

Source

Penrod JC, Anderson K, Acosta PB. Impact of iron status of introducing cow’s milk in the second six months of life. J Pediatr Gastroenterol Nutr. 1990;10:462–7

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