Angélique Houlbert : « La diversification alimentaire est un moment crucial de la vie de bébé »

Par Lanutrition.fr Publié le 28/02/2012 Mis à jour le 05/09/2019
Point de vue

Diététicienne, chroniqueuse télé du magazine de la santé et auteure de nombreux livres de référence, Angélique Houlbert a publié la mise à jour de son petit guide sur la diversification alimentaire des bébés avec 66 recettes simples, Premiers repas de 4-6 mois à 3 ans. LaNutrition.fr recommande ce livre très pratique et a rencontré Angélique à cette occasion.

LaNutrition.fr : La première édition de ton guide commençait la diversification à 6 mois, cette nouvelle mouture à 4 mois révolus. Pourquoi ce changement ?

En fait toutes les autorités de santé (OMS, EFSA, ANSES...) ne sont pas d'accord sur l'âge du début de la diversification. En France, la préconisation officielle reste à 6 mois mais je me suis alignée sur les directives européennes pour laisser le choix au lecteur du bon moment de la diversification pour SON enfant. En effet, chaque enfant est différent, et son développement et ses besoins peuvent ne pas être les mêmes que ceux de ses frères ou soeurs quand il en a. Les institutions ne s'entendent pas sur la bonne date de début de la diversification en raison d'une part des risques d'une diversification trop précoce (exposition de bébé très tôt aux différents contaminants contenus dans les aliments, surtout ceux issus de l'agriculture conventionnelle) ou d'une diversification trop tardive (certaines allergies alimentaires). De manière plus générale, cette nouvelle édition comporte des changements concernant certaines recommandations car depuis la première version nos connaissances ont continué à progresser.

Justement, comment sait-on que bébé est prêt à passer à la nourriture solide ?

Quand un bébé tient sa tête tout seul, qu'il commence à montrer un intérêt pour la nourriture, qu'il ferme la bouche sur une cuillère, qu'il peut s'asseoir avec un soutien, ou qu'il a encore faim après sa tétée ou son biberon habituel, c'est qu'il est certainement prêt à goûter de la nourriture solide. Si le bébé a 4-5 mois au moment de la diversification, je recommande d'utiliser des légumes et des fruits locaux et issus de l'agriculture biologique pour commencer et éviter de l'exposer trop tôt à des substances polluantes. Notez aussi qu'il arrive que bébé soit prêt mais que ce n'est pas le bon moment pour les parents. La rentrée par exemple est une période stressante qui n'est pas forcément la meilleure pour commencer à initier bébé à de nouveaux aliments.

Quelles sont les grandes étapes de la diversification?

La diversification alimentaire est un moment crucial à ne pas prendre à la légère. Elle se réalise selon un schéma précis qui prend en compte les capacités digestives du bébé en fonction de son âge et qui limite l’introduction trop précoce d’aliments ou trop tardive.

En premier lieu, il faut débuter par les légumes afin de ne pas habituer bébé au goût sucré des fruits. Quand les légumes sont bien acceptés, on peut continuer par les fruits peu allergisants, en évitant donc l’ananas, la mangue ou le kiwi.

Vers 7 mois, la viande, le poisson ou les oeufs peuvent être introduits, ainsi que les céréales sans gluten. Au cours du mois suivant, les céréales avec du gluten pourront être ajoutées dans les menus ainsi que de bonnes sources de graisses, indispensables à son développement cérébral.

Les crudités, les agrumes, ou encore les poudres de fruits oléagineux pourront progressivement être incorporés dans les plats de bébé à partir du moment où il soufflera sa première bougie.

A partir de 15-18 mois, les légumes secs pourront trouver leur place le soir afin d’apporter des protéines, des vitamines du groupe B, des fibres solubles et des minéraux. Notez cependant qu'au Canada, les recommandations sont plus précoces concernant les légumineuses (6 mois révolus) et je suis d'accord sur le fait qu'elles sont adaptées à bébé dès cet âge. C'est pourquoi je les préconise dès le 7e mois dans cette nouvelle édition, en recommandant de commencer par les lentilles.

Y a-t-il des aliments qu'un enfant ne doit absolument pas goûter lors de ses premiers mois de vie ?

Oui. Et en premier lieu les aliments ultra-transformés sur lesquels j'insiste particulièrement dans cette nouvelle édition. L'enfant doit absolument s'habituer à des aliments bruts ou peu transformés : légumes, fruits, céréales, viande et poisson... Le problème ne se pose pas forcément pour un premier enfant mais plus quand il y a déjà une fratrie. Si les grands consomment des aliments industriels, le bébé peut être tenté de goûter ou les parents de l'autoriser à goûter. Or par exemple, la table du petit déjeuner peut regorger d'aliments qu'un bébé ne devrait en aucun cas goûter : brioches, viennoiseries, confiture, pâte à tartiner, céréales du petit déjeuner industrielles, etc. De même, ce n'est pas parce que la famille va manger une pizza un dimanche soir que bébé doit avoir sa part aussi. Les chips et autres gâteaux apéritifs, même quand l'enfant se tient debout devant la table basse, c'est non également. C'est important de ne pas habituer un tout petit à manger sucré ou salé. Les laitages par exemple doivent être mangés nature. 

Autre aliment interdit : les jus de fruits, trop sucrés. Ils ne remplacent en aucun cas un vrai fruit, en termes de satiété notamment. Attention aussi aux compotes en gourde, mieux vaut habituer vote enfant à manger une compote à la cuillère, avec des petits morceaux dès que c'est possible, puis des fruits entiers. L'eau doit être la seule boisson proposée aux enfants.

Après 2 ans environ, quand l'enfant mastique bien, il faut faire attention à ne plus lui proposer trop d'aliments mous. Il ne faut pas l'habituer au pain de mie par exemple.

Que penses-tu de la diversification menée par l'enfant, de plus en plus en vogue ?

Je suis complètement d'accord avec le fait d'écouter ce que son enfant est prêt à faire. Cela dit, je pense qu'il est nécessaire de lui donner un cadre, que ce soit dans son éducation comme pour son alimentation. Si l'enfant n'est attiré que par des aliments qu'il est capable de digérer c'est OK pour moi mais je me demande si ses capacités digestives sont toujours suffisantes pour absorber des morceaux d'aliments peu cuits à 10 mois. D'autant que souvent les bébés ont déjà des soucis de gaz et de reflux. Donc pour moi la DME, tant qu'elle tient compte des ressentis intestinaux de l'enfant et des grandes règles d'introduction des aliments, ça me va.

Que faire quand son enfant a un appétit de moineau ou ne finit jamais ses assiettes ?

Il faut rappeler que, comme nous les adultes, les enfants ont un appétit qui fluctue d'un jour à l'autre ou d'un mois à l'autre et ne pas s'inquiéter outre mesure d'un appétit de moineau si la courbe de croissance suit une évolution normale. En cas de doute, mieux vaut consulter le pédiatre. Quelques rappels pour ne pas faire d'erreurs en cas de manque ponctuel ou chronique d'appétit :

  • Éviter de donner trop à boire à l'enfant avant le repas, et surtout pas de jus de fruits évidemment.
  • Manger en famille peut aider à manger plus
  • Ne pas faire l'avion : expliquer plutôt à l'enfant pourquoi on mange.
  • Ne pas lui donner uniquement son aliment préféré pour tenter de compenser mais lui proposer plutôt de petites quantités de toutes les catégories alimentaires (légumes, céréales, protéines animales, fruits). S'il mange de tout, même en petite quantité, ça ira.
  • Ne pas forcer l'enfant à manger, ni à finir son assiette, de manière à ne pas perturber ses signaux de satiété naturels. Cela peut conduire à des comportements alimentaires dangereux à l'âge adulte (anorexie, boulimie...). 

Des conseils pratiques à donner aux mères pressées ?

1) Planifiez les menus à la semaine pour toute la famille, et en particulier pour bébé, et préparez votre liste de courses en conséquence tous les vendredis soirs afin d’effectuer des courses « organisées » et donc « plus rapides » le samedi.

2) Préparez à l’avance de la compote de fruits ou de la purée de légumes pour plusieurs repas. C’est plus facile et surtout beaucoup plus économique. Investissez juste dans des petits contenants allant au congélateur.

3) Ayez toujours des légumes surgelés (nature, sans sauce ajoutée) dans votre congélateur pour la préparation des premières purées de bébé.

4) Dès 18 mois, n’hésitez pas à prélever la part de bébé dans le plat familial afin de diminuer le nombre de préparation.

5) Pour donner plus de goût aux céréales (riz, pâtes, semoule, quinoa, etc.), n’hésitez pas à les faire cuire dans un bouillon de légumes maison sans sel. Pour cela, ayez toujours au congélateur du bouillon de légumes non salé, c’est-à-dire l’eau de cuisson des légumes dont vous ne vous êtes pas servi.

Pour aller plus loin : Premiers repas de 4 mois à 3 ans 

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