Cholestérol : mystères, zones d’ombre et traitements naturels

Par Lanutrition.fr Publié le 20/06/2006 Mis à jour le 10/03/2017
C'est en 1913 qu'on a commencé à soupçonner le cholestérol d'être impliqué dans le risque d'infarctus. Depuis, on en sait beaucoup plus, mais il reste des zones d'ombre. Le cholestérol est-il réellement le facteur de risque numéro 1 ? Le "mauvais" cholestérol, pisté par les médecins est-il le bon marqueur à surveiller ? Et les statines, qui sont prescrites à tour de bras, peuvent-elles être surclassées par des traitements naturels - comme une simple vitamine ?

En 1913, un jeune anatomo-pathologiste du nom de Nikolai Anitschkow, qui travaillait à l’Académie militaire de St Petersbourg a donné à des lapins du cholestérol purifié dissous dans de l’huile de tournesol et s’est aperçu qu’un tel régime provoquait des lésions vasculaires proches de celles qu’on observe dan l’athérosclérose humaine. Lorsque les lapins recevaient de l’huile de tournesol, ces lésions n’apparaissaient pas. On peut dire que l’expérience de Nikolai Anitschkow marque le début de la recherche moderne sur les causes de l’athérosclérose. Dans les années qui ont suivi, des chercheurs ont tenté de reproduire les résultats d’Anitschkow sur des rats et des chiens, et ils n’y sont pas parvenus. Ils ont considéré que le cholestérol était peut-être un facteur de risque chez un herbivore comme le lapin, mais pas chez le rat ni le chien, des modèles qu’ils estimaient plus proches de l’homme. On n’a plus reparlé du cholestérol jusqu’à la fin des années 1940. On ignorait à l’époque que, contrairement au lapin, le rat et le chien transforment avec beaucoup d’efficacité leur cholestérol en acides biliaires. Donc, même lorsqu’ils avalent de grandes quantités de cholestérol, leur cholestérol sanguin ne varie pas beaucoup.

Les temps ont changé, les connaissances ont crû d’un facteur exponentiel. Depuis soixante ans, des milliers d’études ont établi que le cholestérol sanguin est un facteur de risque cardio-vasculaire. Mais quelle est son importance réelle ? Dans quelle mesure est-elle modulée par d'autres facteurs ? En France, où la mortalité cardiovasculaire est l'une des plus faibles d'Europe, près d’un adulte sur 5 présente pourtant une cholestérolémie supérieure à 2,50 g/L. Dans l’étude SU.VI.MAX, 32 % des hommes de 45 à 60 ans et 23 % des femmes de 35 à 60 ans on un taux de cholestérol supérieur à 2,5 g/L. Pour régler ces « dyslipidémies », le régime alimentaire devrait être proposé en premier par le médecin, d’autant qu’il existe aujourd’hui un régime efficace. Mais dans la réalité, des dizaines de milliers de personnes prennent plutôt un médicament. Malgré tout, des zones d’ombre demeurent.

LDL ou HDL ?

Le cholestérol circule dans le sang avec deux types de transporteurs. L’association cholestérol-protéines de transport est appelée selon le cas cholestérol-HDL ou cholestérol-LDL. Les HDL sont appelés « bon » cholestérol parce qu’ils ramènent le cholestérol au foie et contribuent à « nettoyer » les vaisseaux. Les LDL transportent le cholestérol du foie aux organes. Chemin faisant, comme leur densité est faible et qu’ils sont sensibles à l’oxydation, ils peuvent être captés par les cellules vasculaires, déposer leur contenu, entretenir une inflammation et contribuer à l’athérosclérose.

Jusqu’à une date récente, on considérait que le risque doit être apprécié par le médecin sur la base du niveau du cholestérol-LDL. Plus celui-ci est élevé (au-dessus de 2,2 g/L chez une personne sans facteur de risque) plus le risque cardiovasculaire augmente. Mais ce n’est plus très sûr ! Des études montrent que l’attention du médecin devrait aussi se porter sur le niveau de cholestérol HDL. Une étude récente parue dans l’American Heart Journal, (1) qui portait sur 7000 personnes a identifié trois facteurs majeurs du risque d’infarctus :

- avoir déjà eu une attaque cardiaque

- être plus âgé

- avoir un « bon » cholestérol-HDL bas.

Le niveau de « mauvais » cholestérol n’entre pas dans cette liste.

Une simple vitamine comme traitement

Si cette étude est confirmée, on comprend mieux pourquoi un traitement peu connu, celui qui consiste à prendre de la vitamine B3 (acide nicotinique) est si efficace. L’acide nicotinique fait baisser le « mauvais » cholestérol, mais surtout, il augmente le « bon » cholestérol. L’acide nicotinique peut s’acheter en magasin diététique, mais il faut l’utiliser sous surveillance médicale dans la mesure où les doses efficaces d’acide nicotinique peuvent entraîner une élévation des enzymes du foie. Il existe en pharmacie un médicament à base d’acide nicotinique, appelé Niaspan, qui a reçu une autorisation de mise sur le marché pour faire baisser le cholestérol-LDL et monter le HDL quand le traitement par les statines échouent. L’Agence française de sécurité des produits de santé (Afssaps) précise que le Niaspan doit être associé aux statines (les hypocholestérolémiants les plus prescrits) et sauf exception (intolérance aux statines) ne peut être donné seul. On se demande bien pourquoi l’Afssaps restreint ainsi la délivrance de l’acide nicotinique qui pourrait parfaitement être utilisé en lieu et place d’une statine. Mystère.

Pour revenir aux études sur le HDL, le laboratoire Merck, qui commercialise Niaspan, avait en 2005 fait paraître dans des journaux médicaux une publicité qui disait en substance « Niaspan LP, le HDL-C prend de la hauteur. » Sous-entendu, l’acide nicotinique fait monter le HDL, et c’est une bonne nouvelle pour le cœur. Le 14 octobre 2005, l’Afssaps a interdit cette publicité sous le prétexte que « l’augmentation du HDL-C, indépendamment de la diminution du LDL-C, ne présente pas d’intérêt clinique validé au regard des objectifs thérapeutiques définis par les recommandations relatives à la prise en charge des patients dyslipidémiques. » Traduisez : un médicament qui fait monter le HDL-cholestérol n’a pas d’intérêt et le laboratoire ne devrait pas en faire état auprès des médecins.

Quelques mois plus tard, paraissait l’étude américaine montrant toute l’importance de faire monter le HDL-cholestérol !

Thierry Souccar © LaNutrition.fr 2006

(1) Carol E. Koro, “The independent correlation between high-density lipoprotein cholesterol and subsequent major adverse coronary events”, American Heart Journal -Volume 151, Issue 3, Pages 755.e1-755.e6 (March 2006)

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