François Mariotti : "Les protéines de colza contre le diabète"

Par Lanutrition.fr Publié le 29/07/2008 Mis à jour le 10/03/2017
Quelles nouvelles pistes s’offrent aux chercheurs pour prévenir le diabète et les maladies cardiovasculaires ? Peut-être le colza… Des chercheurs Français de l’école d’ingénieur AgroParisTech et de l’Institut National de Recherche Agronomique dévoilent des résultats encourageants sur l’utilisation de protéines de colza pour combattre la résistance à l’insuline et limiter le risque de maladies cardiovasculaires. Explications de François Mariotti, maître de conférences, chercheur sur les protéines alimentaires.

L’étude

Le colza contient des quantités importantes de cystéine, un acide aminé qui a déjà montré des propriétés anti-diabète. Les chercheurs ont donc voulu savoir si un régime contenant des protéines de colza pouvait être bénéfique contre cette maladie.

Pour cela, ils ont constitué trois groupes de rats qu’ils ont nourris avec un régime riche en sucre et en graisse saturées pour induire une résistance à l’insuline (ainsi que d’autres dérèglements métaboliques et physiologiques qui, ensemble, forment ce que l’on appelle le syndrome métabolique) et ils ont mis dans ce régime soit des protéines de lait, soit des protéines de colza.

Tout au long de l’étude, les chercheurs ont surveillé l’état de santé des rats en suivant notamment leur glycémie, leur taux d’insuline dans le sang, leur cholestérol et leur pression artérielle. Ils ont caractérisé la « sensibilité à l’insuline » en étudiant l’élévation des concentrations en glucose et en insuline dans le sang après l’ingestion d’une dose de sucre. Selon ce test, plus un organisme est sensible à l’insuline et moins les concentrations en glucose, et celles en insuline qui l’accompagne, s’élèvent après l’ingestion de sucre.

Les résultats

Au bout de 9 semaines de régime, les chercheurs ont constaté que la sensibilité à l’insuline était meilleure chez les rats qui avaient reçu des protéines de colza.

Par contre il n’y a pas de différence significative entre les groupes de rats en ce qui concerne le taux de cholestérol et la pression artérielle. De l’avis des auteurs, ces modifications pourraient survenir plus tard.

L'entretien


Vous venez de publier les résultats d’une étude démontrant que les protéines de colza améliorent la résistance à l’insuline. Qu’est-ce qui vous a amené à faire cette étude ?

Il est clair que notre état de santé est modulable par notre alimentation. C’est pourquoi dans mon équipe, au sein de notre laboratoire de recherche, nous nous intéressons directement depuis plusieurs années au risque de pathologies lié à l’alimentation. Plus particulièrement, nous réalisons des essais pour savoir si en modifiant la quantité et/ou la nature des protéines alimentaires dans notre régime, on peut réduire le risque de pathologie cardiovasculaires et diabétiques.

Notre objectif est préventif car il s’agit d’identifier les effets des protéines sur des phénomènes très précoces, qui favorisent le développement de pathologies telles que les maladies cardiovasculaires et le diabète de type II. Dans cette optique, nous avons déjà réalisé de nombreuses études comme celle publiée récemment.

Comment avez-vous procédé pour réaliser cette nouvelle étude et quels sont vos résultats ?

Pour cette étude, trois groupes de rats ont été étudiés. Le premier était nourri de protéines de lait, de graisses saturées et de sucre. Le but : induire une résistance à l’insuline en utilisant un modèle alimentaire qui s’apparente à celui des pays industrialisés. Le second groupe a reçu le même régime avec des protéines de colza. L’objectif : regarder si avec ce régime la résistance à l’insuline s’installe moins vite. Et enfin, au menu du groupe témoin, protéines de lait, acides gras poly-insaturés et amidon.

Tout au long de l’étude, nous avons mesuré différents paramètres : taux d’insuline, taux du glucose dans le sang, taux de cholestérol, pression artérielle...

Au bout de 9 semaines de ce régime, nous avons confirmé notre hypothèse, à savoir : la sensibilité à l’insuline était meilleure chez les rats qui avaient reçu des protéines de colza.

D’où notre conclusion : dans ce modèle, les protéines de colza réduisent de façon « préventive » le risque de syndrome métabolique, de maladies cardiovasculaires et de diabètes. [1]

Pourquoi avoir choisi le colza ?

Lors de précédentes études, nous avons démontré que l’apport en certains acides aminés soufrés naturels, notamment la cystéine, modifie les teneurs ou l’état d’un composé que l’on appelle gluthation. C’est un composé essentiel dans la lutte contre le stress oxydant. Le maintient du glutathion permet de prévenir des dommages moléculaires et cellulaires liés à l’oxydation par les radicaux libres.

Pour réaliser notre étude, nous voulions donc une protéine riche en cystéine. Le colza en est une et nous avions déjà établi que c’était une bonne source protéique chez l’Homme [2]. En outre, la quantité de cystéine que nous consommons est relativement stable. Mais certaines protéines alimentaires en contiennent beaucoup, notamment le colza.

Nous voulions donc étudier les effets des protéines de colza par rapport à des protéines contenant assez peu de cystéine et qui sont des protéines de référence dans les expériences : celles du lait.

L’hypothèse de fond est la suivante : une plus forte consommation de cystéine, en restant à dose « alimentaire » naturelle, pourrait prévenir le stress oxydatif. Et jusqu’à présent nos résultats vont dans ce sens. Dans le même temps, on sait qu’une forte consommation de sucre et de graisses saturés favorise, entre autre, la résistance à l’insuline, ce qui se traduit par une intolérance au glucose (c’est à dire une mauvaise régulation de la glycémie après le repas). L’effet de ces nutriments indésirables est considérablement prévenu par des apports en cystéine alimentaire. [2], [3], [4]

Donc ce ne sont pas les protéines de colza qui confèrent un avantage santé mais la cystéine ?

Nous effectuons d’autres recherches visant à confirmer les bénéfices possibles des protéines de colza. Nous avons très récemment fait une présentation orale au congrès international « Experimental Biology » présentant les résultats d’une nouvelle étude qui visait à connaître les effets des protéines de colza sur la fonction endothéliale vasculaire.

Le mécanisme est le suivant : après avoir ingéré un repas riche en graisses saturées et en sucre, on observe une anomalie de la fonction vasculaire. Concrètement, il y a une diminution de la capacité de fonctionnement physiologique des artères, qui provient d’un dysfonctionnement des cellules qui sont à l’interface entre le sang et la paroi : les cellules endothéliales. C’est un facteur de risque très important des maladies cardiovasculaires et d’apparition du diabète.

Nous voulions donc savoir si les protéines de colza, toujours comparées aux protéines de lait, pouvaient améliorer la fonction endothéliale. Nous avons développé un modèle chez l’animal et nous avons testé les protéines de colza. Le résultat est sans appel : les protéines de colza annulent la diminution de la fonction endothéliale vasculaire induite par un repas riche en graisses saturées et en sucre.

Au final, cela signifie qu’en plus des effets à long terme de limitation de l’augmentation de la résistance à l’insuline, les protéines de colza préviennent l’apparition de la dysfonction endothéliale qui survient immédiatement après un repas riche graisses saturées et en sucre, du moins chez le rat. En terme de risque, cela confirme un potentiel de réduction du risque de maladies cardiovasculaires et de diabète par ces protéines.

Dans l’hypothèse, nous pensons que ces résultats pourraient être causés, en partie, par deux acides aminés contenus dans les graines de colza : la cystéine et l’arginine. [5]

Pensez-vous qu’à terme, cette recherche aboutira sur la commercialisation de produits à base de colza ?

Nous sommes en relation avec la filière Française de l’huile de colza. Leur principal problème : lors de la fabrication d’huiles, une partie des graines de colza est utilisée mais l’autre partie, que l’on appelle le tourteau, est en excès. Or ce tourteau contient justement des protéines du colza. Pour le moment, une partie de ces excédants est utilisée pour faire de la nourriture pour les animaux d’élevage mais nos recherches pourraient déboucher sur des applications alimentaires qui valorisent ces protéines.

[1] F. Mariotti, D. Hermier, C. Sarrat, D. Tome, J.-F. Huneau, "Rapeseed protein prevents the initiation of insulin resistance by dietary saturated fat and sucrose in rats", British Journal of Nutrition, April 2008

[2] Cecile Bos, Gheorghe Airinei, Francois Mariotti, Robert Benamouzig, Serge Berot, Jacques Evrard, Evelyne Fenart, Daniel Tome, Claire Gaudichon, “The poor digestibility of rapeseed protein is balanced by its very high metabolic utilization in humans”, The Journal of Nutrition, February 2007

[3] Clémence Blouet, François Mariotti, Dalila Azzout-Marniche, Véronique Mathé, Takashi Mikogami, Daniel Tomé, Jean-François Huneau, « Dietary cysteine alleviates sucrose-induced oxidatives stress and insulin resistance », Free Radical Biology and Medecine, January 2007

[4] Clémence Blouet, François Mariotti, Takashi Mikogami, Daniel Tome, Jean-François Huneau, « Meal cysteine improves postprandial glucose control in rats fed a high-sucrose meal », Journal of Nutritional Biochemistry, Octobre 2006

[5] Joëlle Magné, Jean-François Huneau, Daniel Tomé and François Mariotti, « Including rapeseed protein in a high-fat meal prevents postprandial vascular endothelial dysfunction in rats », The FASEB Journal, 2008

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