Philippe Le Van : « On ne change pas les habitudes alimentaires avant les JO »

Par Lanutrition.fr Publié le 12/08/2008 Mis à jour le 10/03/2017
Comment les athlètes se prépare-t-il pour les jeux ? Que mangent-ils pour augmenter leurs chances de médaille ? LaNutrition.fr a posé la question à Philippe Le Van, médecin du sport à l’Institut National du Sport et de l’Education Physique (INSEP), il est médecin de l’équipe de France de badminton et de natation synchronisée et médecin fédéral de la fédération d'haltérophilie. Ce membre de la commission médicale du comité olympique est en Chine, dans le staff médical français des Jeux Olympiques.

 

La Nutrition.fr : Préparez-vous des repas spéciaux pour les athlètes ?

Philippe Le Van : Les équipes dont j’ai la charge sont logées en dans endroits différentes : les badistes sont à Hong Kong, les haltérophiles à Singapour. Nous ne pouvons donc pas être derrière chaque athlète afin de lui dicter quoi manger et quand manger. L’équipe française d’escrime a amené deux cuisiniers dans ses bagages, l’équipe de natation a elle aussi son chef français. Mais à côté de ça, beaucoup d’équipes n’ont pas de cuisinier attitré. Nous avons quand même un regard sur les repas servis par les différents hôtels où logent les athlètes mais nous ne contrôlons pas leur alimentation.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les athlètes olympiques sont des sportifs de très haut niveau. En moyenne, cela fait 6-7 ans qu’ils jonglent avec des règles diététiques, qu’ils gèrent leur poids, leur forme... Ils connaissent donc très bien ce qui est bon pour eux et ce qui l’est moins. Nous n’intervenons pas beaucoup dans la composition de leurs menus et nous ne leur interdisons rien.

Mais même si les sportifs veillent à leur alimentation en règle générale, ils leur arrivent de faire quelques « écarts de conduite ». Par exemple, la semaine dernière, j’étais avec l’équipe de Badminton et au retour d’une journée de compétition, à 22 heures, nous avons été obligés de nous arrêter au Mac Do car le restaurant de l’hôtel était fermé.

 

Les athlètes mangent-ils en dehors des repas ?

Les tentations sont grandes : dans le village Olympique, on peut manger de tout à toute heure du jour et de la nuit, avec un très grand choix de plats.

Puis lorsque les athlètes sont sur le lieu de compétition, ils ont tout ce qu’il faut pour manger et s’hydrater. A leur disposition, les sportifs ont du thé, du coca-cola (sponsor officiel des JO), des boissons énergétiques tel Powerade, Burn Energy, des fruits, des gâteaux...

 

Quelle est la règle n°1 de l’alimentation du sportif la dernière semaine et pendant la compétition ?

Il s’agit de ne rien changer ! Il est déjà très dur de se concentrer, de penser à sa compétition. Des préoccupations lorsqu’on est aux Jeux Olympiques, il y en a déjà assez sans que l’on y rajoute des changements d’alimentation. Par exemple, hier nous avons eu des problèmes de camouflage de logos sur les tee-shirts avec les joueurs de badminton, nous avons quelques soucis avec le climat. Bref, pas la peine de rajouter une tension supplémentaire aux athlètes en leur demandant de limiter la consommation de tel ou tel aliment. Surtout que si ces sportifs sont là, cela signifie qu’ils ont un niveau olympique et donc une alimentation adéquate. Ne commençons pas à vouloir changer les habitudes alimentaires et les repères des sportifs, surtout pour un événement aussi important que les Jeux Olympiques.

 

Des conseils pour être au top de la forme ?

Il n’y a pas de menu type. Mais si l’on veut essayer de définir les besoins d’un sportif, son alimentation serait composée de glucides (55-60 %), de protéines (20-25%) et de lipides. Pour ces derniers, nous conseillons par exemple des produits lactés qui contiennent des bons lipides. Les besoins énergétiques sont augmentés. Par exemple, les pistards (cyclisme sur piste) peuvent dépenser 385 calories dans un test d’effort. Florian Rousseau, ancien pistard plusieurs fois titré aux Jeux Olympiques et actuellement dans l’équipe technique, arrivait même à dépenser 520 calories en une seule session d’exercice intense.

 

Vous êtes médecin fédéral de la fédération d'haltérophilie. Un haltérophile mange t-il comme les autres sportifs ?

Comme d’autres sports, l’haltérophilie est un sport où il existe des catégories de poids. Il y a donc un poids maximal à ne pas dépasser pour ne pas se retrouver dans la catégorie de poids au dessus. Les haltérophiles jouent souvent sur la carte de la déshydratation pour perdre quelques centaines de gramme voir un kilo. Pour cela, ils boivent beaucoup moins, ils peuvent aller au sauna... Il y aussi une restriction calorique : on réduit les quantités sans toucher à la qualité de l’alimentation des haltérophiles. Enfin, il faut savoir que la montée sur la balance se fait 2 heures avant la compétition. Suite à la pesée, les haltérophiles se réhydratent. Comme cela fait plusieurs semaines qu’ils boivent moins, ils sont alors rassasiés beaucoup plus vite que la moyenne.

 

Vous êtes également médecin de l’équipe de France de natation synchronisée. Quelles sont les différences avec d’autres sports ?

Il s’agit d’une discipline un peu spéciale dans le sens où la performance est très reliée à l’esthétique. Beaucoup de jeunes femmes ne mangent pas assez, ce qui amène à des pertes de poids, à des absences de règles... Cependant, les deux jeunes filles présentes aux Jeux Olympiques sont sélectionnées depuis 6-9 mois et nous sommes assurés qu’elles ne présentent pas de troubles alimentaires.

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