Dominique Rueff : « L'immuno-nutrition corrige les déséquilibres »

Par Lanutrition.fr Publié le 09/10/2007 Mis à jour le 10/03/2017
L’immuno-nutrition étudie les capacités d’un individu à tolérer tel ou tel aliment et met en œuvre une nutrition conçue pour le système immunitaire spécifique de chacun. Des précisions avec le docteur Dominique Rueff, auteur de « L’immuno-nutrition, se nourrir selon son immunité ».

L' objectif de l'immuno-nutrition est de diminuer l’inflammation à l’origine du vieillissement et d’un grand nombre de maladies chroniques. LaNutrition.fr donne la parole au docteur Dominique Rueff. Vice-président de la Société française de médecine et de physiologie du vieillissement (SFMPV), président de l’Association pour le développement de la Nutrition Orthomoléculaire (ADNO), auteur de nombreux ouvrages dont « La bible des vitamines et des suppléments nutritionnels » (Albin-Michel) et dernièrement de « L’immuno-nutrition, se nourrir selon son immunité » (édition François-Xavier de Guibert), ce médecin nous explique qu'en évinçant certains aliments de notre alimentation, nous pourrions diminuer nos risques de maladies chroniques. Une approche pratique qui reste en attente d'une validation scientifique.


LaNutrition.fr :Vous êtes médecin généraliste. Quel est votre domaine de prédilection ?

Dominique Rueff : Je suis spécialiste en nutrition et en supplémentation nutritionnelle. J’ai commencé dans les années 70 comme généraliste acupuncteur puis j’ai suivie une formation en cancérologie. Au milieu des années 80, je me suis intéressé à la médecine orthomoléculaire puis à la nutrition et à la détérioration des équilibres hormonaux liés aux déséquilibres nutritionnels. Mon expérience professionnelle m’a convaincu qu’en rétablissant les déséquilibres nutritionnels, métaboliques, cellulaires et hormonaux de l’organisme, on peut non seulement prévenir mais aussi contribuer, avec d’éventuels traitements spécifiques, à guérir les grandes maladies chroniques actuelles comme les cancers, les maladies cardiovasculaires, les dépressions, le diabète… Dans son dernier ouvrage « Anticancer », David Servan-Schreiber parle également de l’importance de l’harmonie des organismes. Comme lui, je suis aujourd’hui convaincu que si l’on parvient à maintenir ses équilibres nutritionnel, alimentaire et émotionnel, ont peut éviter de nombreuses maladies (même le cancer !) et améliorer son état de santé.


Vous parlez beaucoup dans votre ouvrage de l’hypersensibilité alimentaire. Comment cette pathologie se différencie t-elle de l’allergie alimentaire plus connue du grand publique ?

Les deux sont des allergies alimentaires mais elles ne sont pas du même type. L’allergie alimentaire ou générale, la plus connue, est à l’origine d’une libération d’anticorps de type IgE et d’histamine qui va entraîner l’apparition immédiate de symptômes tels que de l’urticaire, des vomissements, un œdème de Quinck…. C’est ce que l’on nomme scientifiquement l’allergie de type I.

L’hypersensibilité alimentaire fait intervenir au contraire des anticorps de type IgG et n’entraîne pas de libération d’histamine. On la nomme : allergie de type III. Ses manifestations sont tardives, de quelques heures à quelques semaines après le contact avec l’allergène. La grande différence entre ces deux types d’allergie c’est que l’allergie à IgE est irréversible alors que l’hypersensibilité alimentaire à IgG peut être résolue en évinçant pendant un certain temps de l’alimentation les substances allergènes (antigènes) : ceci va avoir pour effet d’effacer la mémoire des lymphocytes qui synthétisent les anticorps.


Quel lien existe entre notre système immunitaire et des maladies comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires, la maladie de Crohn ou le syndrome de fatigue chronique ?

La réponse inappropriée du corps vis-à-vis des protéines alimentaires est due à l’augmentation de la perméabilité de l’intestin grêle, notamment à des lésions anatomiques dans la paroi de l’intestin qui abrite 80% des cellules immunitaires d’un individu. La perméabilité de l’intestin varie constamment au cours de la vie. Elle peut être accrue suite à une infection, à la prise d’un antibiotique, une malnutrition, à la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, d’alcool, de conservateurs et de colorants, d’un stress psychologique, d’un effort physique intense, etc. Conséquences : les antigènes d’origine alimentaire vont réagir de plus en plus et entraîner une inflammation chronique et un stress oxydatif à l’origine de nombreuses maladies.


Quels sont les symptômes de l’hypersensibilité alimentaire ?

Ils sont extrêmement variés et différents d’une personne à l’autre. Ça va de la rhinite à l’hypertension artérielle, en passant par le psoriasis, l’acné, les migraines, la somnolence, les douleurs articulaires, le diabète ou l’athérosclérose. D’ailleurs, les personnes qui souffrent d’hypersensibilité alimentaire sont souvent diagnostiquées pour une autre maladie, fréquemment considérées à tort comme des manifestations psychosomatiques, et ce n’est qu’à l’occasion d’un test d’allergènes que le véritable problème est découvert.


Comment détectez-vous ce type de syndrome chez vos patients ?

Sur le plan clinique, il suffit que je regarde le visage et la qualité de la peau, des cheveux et des ongles de mes patients pour que je sache s’il existe des déficiences ou des carences. Après, je les interroge sur ce qu’ils mangent. Rapidement, j’ai une bonne idée de ce qui ne tourne par rond chez eux. Des tests sanguins vont permettre de préciser quels aliments mériteraient d’être évincés de leur alimentation.


En quoi consistent ces tests allergènes ?

Ils consistent à mesurer, grâce à un test appelé « Elisa », les anticorps dirigés contre 260 allergènes alimentaires différents connus (aliments, colorants, additifs…). Chez une personne sans problème, ce test permet de détecter généralement une trentaine d’allergène. Chez les personnes souffrant d’hypersensibilité alimentaire, ce test va permettre d’en détecter un nombre nettement plus important. J’ai par exemple une patiente qui souffrait de fatigue, elle était patraque. On lui avait diagnostiqué une fibromyalgie. Chez elle, le test a permis de mettre en évidence une centaine d’allergènes. Le même type de résultat peut être obtenu chez des personnes souffrant d’autres pathologies comme la maladie de Crohn ou la polyarthrite.


Combien coûtent-ils ?

Environ 475 euros. Il consiste en un tube de 5 ml destiné à recevoir le sang prélevé à jeun, un questionnaire, une notice explicative et une enveloppe pré-imprimée pour l’expédition au laboratoire.


Quels sont les allergènes les plus fréquents ?

Les hypersensibilités varient fortement d’un individu à l’autre. Cependant mon expérience et celle de mes confrères montrent que le lait, les produits laitiers et les céréales suscitent très souvent des hypersensibilités. L’œuf, la levure, le sucre… sont également des antigènes fréquents.


Dans quelles situations conseillez-vous de réaliser de tels bilans ?

Lorsque l’on souffre de maladies inflammatoires chroniques (eczéma, psoriasis, arthrose, arthrite rhumatoïde, colites…) Si l’on a un diabète de type 1 ou 2 ou une maladie de la thyroïde. Si l’on est migraineux, dépressif ou que l’on a un syndrome de fatigue chronique ou une fibromyalgie. En cas de surpoids, notamment d’obésité maternelle. En cas de maladie auto-immune (lupus, spondylarthrite, dermites, anémie...) Si l’on a des problèmes cardiovasculaires.


Pendant combien de temps faut-il éliminer de son alimentation les aliments responsables d’une hypersensibilité pour rétablir l’équilibre de l’organisme ?

Cela dépend de l’intensité de la réaction allergique (elles sont regroupées en 4 catégories) et peut aller de 6 mois à deux ans. En pratique, il est utile, une fois le test réalisé de trouver un médecin formé à cette pratique qui saura guider le patient dans cette durée d’éviction et l’aider à réintroduire certains aliments. Si vous recherchez ce type de praticien vous pouvez vous adresser à l’association GENIE info@genie-asso.fr, qui vous donnera tous renseignements utiles.

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