La méditation de pleine conscience agit sur l'expression des gènes

Par Lanutrition.fr Publié le 12/12/2013 Mis à jour le 21/09/2020
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La méditation de pleine conscience modifie l’expression de certains gènes chez des personnes entraînées.

Pourquoi c'est important

Le stress a des effets néfastes sur la santé générale. Apprendre à gérer son stress devient indispensable dans une société qui a tendance à multiplier les activités, laissant peu de place à l’inaction… Il existe des moyens simples et naturels pour lutter contre le stress, à commencer par la méditation.

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La méditation a pour but de calmer le cheval de ses pensées pour atteindre un état d’équanimité et de stabilité émotionnelle. De plus en plus de preuves s’accumulent, montrant les bienfaits de la méditation pour la santé. Ainsi, la méditation de pleine conscience ou mindfulness favorise le bien-être et la relaxation ; elle évite les ruminations et pensées récurrentes, néfastes à une bonne santé mentale. La méditation réduit les niveaux d’hormone du stress (cortisol), mais aussi le stress oxydatif. Elle stimule également des molécules anti-inflammatoires.

Mais comment la méditation agit-elle sur nos gènes ?

Une journée de méditation active certains gènes

La méditation de pleine conscience modifierait l’expression de certains gènes, dont certains impliqués dans l'inflammation. D’après des chercheurs espagnols, américains et français qui ont publié leurs résultats dans Psychoneuroendocrinology, ceci expliquerait les bénéfices de la méditation sur la santé.

Les chercheurs ont étudié l’impact d’une journée de méditation de pleine conscience sur l’expression des gènes de cellules sanguines mononucléées. 19 sujets expérimentés ont passé 8 h à méditer en pleine conscience. En parallèle, 21 personnes qui n’avaient aucune expérience de la méditation ont pratiqué des activités de loisirs calmes dans le même environnement. La méditation de pleine conscience consiste à se concentrer sur ses sensations, sa respiration et ses pensées ; elle trouve son origine dans le bouddhisme.

Après la journée de méditation, certains gènes impliqués dans l’inflammation, les gènes pro-inflammatoires RIPK2 et COX2, ont vu leur expression diminuer (ce qui implique une moindre fabrication de molécules inflammatoires). D’autres gènes ont été affectés : des gènes codant pour des histones déacétylases (HDAC2, 3 et 9), qui sont des protéines modifiant l’expression des gènes. Au démarrage de l’étude, il n’y avait pas de différences d'expression des gènes testés entre les deux groupes. Ces effets bénéfiques sur les gènes n'ont été observés que chez ceux ayant pratiqué la méditation de pleine conscience. D’autres gènes de modification de l’ADN n’ont subi aucun changement, ce qui suggère que la méditation a affecté de manière spécifique certains gènes.

De plus, la diminution de l’expression de ces gènes était associée à un rétablissement plus rapide du cortisol après un test de stress (le TSST ou « Trier Social Stress Test »). Le cortisol est une hormone qui est sécrétée par les glandes surrénales lorsque l’organisme est soumis à un stress.

D’après Perla Kaliman, auteur de l’article et chercheuse à l’Institut de Recherche Biomédicale de Barcelone, « le plus intéressant est que les changements ont été observés dans des gènes qui sont les cibles actuelles de médicaments anti-inflammatoires et analgésiques ». Ces mécanismes permettent donc d’envisager des thérapies basées sur la méditation de pleine conscience.

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La méditation modifie l’expression des gènes grâce à l'épigénétique

Notre mode de vie, notre environnement, influencent l’expression de nos gènes, grâce à l’épigénétique : les mécanismes épigénétiques modifient l’expression des gènes sans pour autant changer la séquence d’ADN. Par exemple, il s’agit de modifications touchant la chromatine : la structure composée d’ADN et de protéines (les histones), qui est compactée dans le noyau.

Une des caractéristiques importantes des modifications épigénétiques est qu’elles sont réversibles, contrairement aux mutations qui touchent la séquence d’ADN. Il existe trois grands types de modifications épigénétiques :

  • la méthylation de l’ADN : par exemple, la méthylation des cytosines favorise la condensation de la chromatine, rendant les gènes moins accessibles pour la "lecture" (transcription). Ainsi, des habitudes de vie bénéfiques, concernant l'alimentation, l'exercice, le sommeil, peuvent agir sur la méthylation de l’ADN,
  • la modification des histones : l’acétylation et la désacétylation des histones relâchent ou resserrent la chromatine, et donc ouvrent ou ferment des zones génétiques qui seront transcrites ou pas,
  • les micro-ARN non-codants : ils contrôlent la stabilité des ARN messagers et leur accessibilité pour la machinerie de traduction. Ils influencent donc la production des protéines.

Le stress, la dépression, agissent sur l’expression des gènes grâce à l’épigénétique. C’est pourquoi on peut penser que la méditation utilise elle aussi ce moyen pour modifier l’expression des gènes.

Plusieurs études d’épigénétique se sont intéressées à des méditants expérimentés, pour savoir si leur pratique agissait sur la méthylation de l’ADN.

Par exemple, une recherche parue en 2018 a comparé les profils de méthylation de l’ADN dans des lymphocytes de 17 méditants expérimentés et de 17 personnes témoins. Résultat : les chercheurs ont trouvé des différences de méthylation dans 64 régions du génome chez les personnes aguerries à la méditation, par rapport aux témoins. Ces 64 zones correspondaient à 42 gènes. Ces différences pouvaient toucher des gènes impliqués dans le métabolisme des lipides, dans des maladies chroniques comme des troubles psychiatriques, des maladies cardiovasculaires (athérosclérose), des cancers.

De même, dans une étude internationale parue en février 2020, des chercheurs ont étudié des méditants expérimentés qui ont médité de manière intense pendant une journée (8 heures). Ils ont trouvé que la séance de méditation a modifié la méthylation de 61 sites sur le génome, ce qui montre qu’une séance de méditation suffit pour changer l’expression de gènes chez des méditants expérimentés.

Des livres pour aller plus loin : Méditasoins, Cohérence Kid et 5 minutes le matin

Références
  1. Perla Kaliman, María Jesús Álvarez-López, Marta Cosín-Tomás, Melissa A. Rosenkranz, Antoine Lutz, Richard J. Davidson. Rapid changes in histone deacetylases and inflammatory gene expression in expert meditators. Psychoneuroendocrinology. Volume 40, February 2014, pages 96–107. DOI: 10.1016/j.psyneuen.2013.11.004

  2. Chaix et al. Differential DNA methylation in experienced meditators after an intensive day of mindfulness-based practice: Implications for immune-related pathways. Brain Behav Immun. 2020.
  3. Garcia-Campayo et al. Epigenetic Response to Mindfulness in Peripheral Blood Leukocytes Involves Genes Linked to Common Human Diseases. Mindfulness. 2018.
  4. Venditti et al. Molecules of Silence: Effects of Meditation on Gene Expression and Epigenetics. Front Psychol. 2020.

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