Le secret du régime riche en graisses des Inuits : peut-être de bons gènes

Par Lanutrition.fr Publié le 05/10/2015 Mis à jour le 10/03/2017
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Les gènes des Inuits ont connu des mutations qui leur ont permis de s'adapter à une alimentation pauvre en végétaux, riche en graisses, et à la vie dans le froid.

La plupart des études épidémiologiques et cliniques montrent qu'un régime de type méditerranéen, riche en végétaux, modérément riche en graisses est bénéfique pour la santé cardiovasculaire et le risque de diabète. Mais le régime traditionnel actique des Inuits, qui apporte très peu de végétaux et des quantités élevées de graisse et de protéines les protège pourtant de l'infarctus et du diabète. Les chercheurs ont longtemps pensé que ceette protection était due aux acides gras oméga-3 contenus dans les poissons et les animaux marins. Mais d'après un article paru dans Science, les Inuits auraient développé des mutations dans des gènes du métabolisme ; ces mutations leur auraient permis de tolérer un régime extrêmement riche en graisses ; l'effet secondaire de ces mutations serait une petite taille. D'après cette nouvelle recherche, ce qui est vrai chez les Inuits ne le serait pas forcément chez les autres populations.

Lire : Petite histoire des oméga-3

Les chercheurs ont analysé le génome de 191 habitants du Groenland et l’ont comparé aux génomes de 60 européens et 44 chinois Han. Ils ont trouvé des différences importantes dans des gènes qui codent pour des enzymes qui désaturent les liens carbone-carbone des acides gras. Ces enzymes sont des désaturases et convertissent des acides gras alimentaires en acides gras qui peuvent être stockés et métabolisés par l’organisme. Ces mutations génétiques ont été trouvées dans près de 100 % des Inuits et à peine 2 % des européens et 15 % des chinois Han. Les Inuits et leurs ancêtres sibériens auraient donc des mutations spéciales dans des gènes impliqués dans le métabolisme des graisses qui les aideraient à contrebalancer les effets d’un régime riche en graisses d’animaux marins (baleine, phoque).

Les mutations semblaient avoir au moins 20000 ans et pourraient avoir permis une adaptation à des régimes riches en viande et en graisses. Elles seraient apparues chez les Sibériens qui vivaient dans l’Arctique il y a plus de 20000 ans et qui sont arrivés au Groenland quand les Inuit s’y sont installés.

Ces mutations génétiques chez les Inuits ont différents effets. Elles réduisent le niveau d’insuline à jeun, ce qui pourrait protéger du diabète et de maladies cardiovasculaires. Elles ont aussi un effet significatif sur la taille, car la croissance est en partie contrôlée par le profil des acides gras de l’individu.

Ces découvertes pourraient remettre en question certaines idées sur les bénéfices des huiles de poisson, comme l'explique Rasmus Nielsen, professeur de de biologie intégrative à Berkeley :  "L'intérêt initial de l'huile de poisson et des oméga-3 provenait d'études sur les Inuits : avec leur régime alimentaire traditionnel, riche en graisse de mammifères marins, les Inuits semblaient tout à fait en bonne santé avec une faible incidence de maladies cardio-vasculaires ; aussi l'huile de poisson semblait être protectrice". Il ajoute :  "Nous avons maintenant trouvé qu'ils ont des adaptations génétiques uniques à ce régime, de sorte qu'il est difficile d'extrapoler à d'autres populations."

Malgré tout, la consommation de poisson reste associée dans la plupart des études à un risque cardiovasculaire réduit.

Lire : Du poisson contre les maladies cardiovasculaires 

Les chercheurs ont aussi découvert une autre mutation dans un gène impliqué dans la différenciation des cellules de graisse qui produisent de la chaleur. Ceci aurait aidé les Inuits à s’adapter à leur environnement froid.

Lire aussi : Prévenir l'infarctus et l'AVC, du Dr Michel de Lorgeril (Lire un extrait ICI  >>)

Source

Matteo Fumagalli, Ida Moltke, Niels Grarup, Fernando Racimo, Peter Bjerregaard, Marit E. Jørgensen, Thorfinn S. Korneliussen, Pascale Gerbault, Line Skotte, Allan Linneberg, Cramer Christensen, Ivan Brandslund, Torben Jørgensen, Emilia Huerta-Sánchez, Erik B. Schmidt, Oluf Pedersen, Torben Hansen, Anders Albrechtsen, and Rasmus Nielsen. Greenlandic Inuit show genetic signatures of diet and climate adaptation. Science 18 September 2015: 349 (6254), 1343-1347.

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