La course à pied est massivement utilisée pour améliorer la condition physique. Mais existe-t-il une bonne façon de courir qui limite le risque de se blesser ? Quels sont les paramètres à connaître pour éviter la fatigue ?
On peut courir pour diverses raisons : perdre du poids, pratiquer une activité physique afin d’améliorer sa santé cardiovasculaire, profiter de la nature, se défouler, se vider de son stress… Mais très vite, pour progresser, ne pas se lasser et surtout éviter les blessures, il faut que les coureurs se familiarisent avec différentes notions, voire réapprennent complètement leur manière de courir. Un point sur les paramètres à connaître quand on veut courir bien ou mieux, et surtout sans fatigue, ni blessures.
4 paramètres de base pour éviter la fatigue
En course à pied, même quand l’objectif premier est de rester en bonne santé, de maigrir ou de se sentir bien tout simplement, il est important de connaître 4 données pour éviter la fatigue (et donc les blessures) : sa fréquence cardiaque maximale (FCmax), sa fréquence cardiaque au repos (FCRepos), sa réserve cardiaque fonctionnelle (RCF) afin de calculer sa fréquence cardiaque à l’effort (FCE).
La fréquence cardiaque maximale peut être déterminée par un test d’effort ou approximée grâce à l’équation suivante : FCmax = 217 - (0,85 x âge).
La fréquence cardiaque au repos peut être mesurée le matin, au saut du lit, en prenant son pouls pendant une minute (ou 15 secondes et en multipliant le chiffre obtenu par 4).
Ces deux fréquences cardiaques permettent de calculer ce qu’on appelle la réserve cardiaque fonctionnelle (RCF), c’est-à-dire l’amplitude totale de travail que peut réaliser le système cardiovasculaire, grâce à l’équation : RCF = FCmax – FCRepos.
Et avec la RCF, on peut paramétrer son entraînement en se fixant une fréquence cardiaque à l’effort (FCE) correspondant à un pourcentage de la RCF.
Observer sa fréquence cardiaque à l’effort (à l’aide d’un cardiofréquencemètre, petit appareil accessible à toutes les bourses) permet ainsi de s’entraîner en fonction des possibilités du cœur le jour de l’entraînement, de rester dans le bon pourcentage de la RCF afin de pas passer en surrégime et de s’entraîner à des intensités différentes selon les séances afin de progresser plus vite.
Exemple pour une personne de 30 ans qui a une fréquence cardiaque de repos de 65 battements par minute :
La fréquence cardiaque à l’effort doit être, classiquement, comprise entre 60 et 85 % de la RCF, soit entre 82 battements par minute et 108 battements par minute.
Le coureur devra surveiller sur son cardiofréquencemètre de rester dans cet intervalle.
Comment construire ses séances d’entraînement
Une séance de course se déroule en trois temps. Attention à n’en négliger aucun si vous ne voulez pas vous fatiguer ou vous blesser.
L’échauffement
La recommandation classique pour s’échauffer avant de courir est très basique : il s’agit tout simplement de courir en augmentant progressivement l’allure pendant quelques minutes.
Ce type d’échauffement permet certes d’augmenter la température de l’organisme et celle des muscles tout en laissant aussi au cœur le temps nécessaire pour monter en puissance. Mais au niveau du système musculo-tendineux, il peut être contreproductif à terme.
En effet, si les muscles ne sont pas dans une condition optimale dès les premières foulées les tendons stockeront le trop-plein d’énergie mécanique et ils s’useront ainsi prématurément. Les tendons se régénérant moins bien et surtout moins vite que les muscles, le manque d’échauffement des tendons peut entraîner de possibles problèmes tendineux quelques semaines ou mois plus tard.
Pour mettre les muscles et tendons en conditions optimales dès les premières foulées, il faut réaliser des mobilisations articulaires. Notamment pour les articulations clé comme celles de la cheville, de la hanche et de l’épaule. Puis des mobilisations musculaires, en faisant des exercices de gainage.
La course
Dans un objectif de forme et santé, il est recommandé de courir 30 à 45 minutes avec une fréquence cardiaque d’effort comprise entre 65 et 80 % de la réserve cardiaque fonctionnelle (RCF, dont le calcul est donné plus haut). Deux à trois séances de course par semaine sont suffisantes.
Le temps de course peut être augmenté progressivement par la suite.
La récupération
La récupération comprend à la fois des automassages et des étirements. Il s’agit tout d’abord de masser chaque zone du corps avec un rouleau de massage ou une balle de tennis pendant 1 à 2 min en faisant des allers-retours. Puis de faire des étirements statiques en prenant doucement chaque position d’étirement et en la maintenant environ 30 secondes en respirant profondément.
Le matériel nécessaire - Une bonne paire de chaussures de course à pied - Un cardiofréquencemètre, le modèle basique étant suffisant - 1 à 2 balles de tennis et un rouleau de massage pour la récupération
Comment réduire son risque de blessure
Douleurs aux genoux, aux tibias, tendinites, entorse de la cheville, inflammation de la voûte plantaire… Coureurs réguliers comme amateurs ne sont pas à l’abri de diverses blessures. Par ailleurs, à terme, la course à pied mal pratiquée peut se révéler traumatisante pour diverses articulations. Bien s’échauffer, bien récupérer, et courir dans le bon intervalle de RCF aide à être moins fatigué et à limiter les traumatismes articulaires et musculaires. Mais il existe d’autres points de vigilance ou d’amélioration.
Une étude de 2014 a suivi pendant 9 mois 267 coureurs amateurs (1). Au cours de l'étude, 89 coureurs se sont blessés, soit 33 %, avec un taux de 6,05 blessures pour 1000 heures d’entraînement. Selon cette étude, les facteurs qui augmentaient significativement le risque de blessure étaient :
le fait de courir moins de 2 h par semaine, ce qui signifie que les novices sont plus enclins à se blesser. Cela paraît plutôt logique : le corps du coureur très occasionnel a toutes les chances de sentir un réel inconfort dans les jours qui suivent un entraînement alors que le coureur régulier bien entraîné peut, lui, enchaîner deux entraînements par jour ;
le fait de modifier son kilométrage d’une semaine sur l’autre (donc l’inconstance du coureur) ;
le fait de courir toujours avec le même type de chaussures ;
le fait d’avoir déjà connu auparavant une ou plusieurs blessures.
Concrètement cela signifie que pour réduire son risque de blessures, il peut être important :
d’alterner les modèles de chaussures,
de ne pas (trop) modifier son kilométrage d’une semaine sur l’autre,
de courir plus de 2 h par semaine.
Par ailleurs, pour que la course soit la moins traumatisante possible, adopter une foulée médio-pied peut s'avérer une bonne idée.
En effet, chacun adopte une position qui lui est propre, spontanément, pour courir : bras plus ou moins pliés, buste droit ou en avant, regard posé au loin devant soi ou au sol… Mais si on a longtemps cru que le jogging ne nécessitait pas de technique (seulement de bonnes chaussures), le nombre de blessures parmi les coureurs est tellement élevé que l’on a commencé à s’intéresser à la foulée et à comment l’améliorer pour diminuer les blessures. Il est bien sûr tout à fait possible de courir avec une mauvaise technique, mais il y a de fortes chances que le coureur le paye un jour, soit à court terme (une blessure soudaine), soit à long terme (des soucis chroniques d’articulation par exemple).
Un autre moyen de réduire les blessures : bien choisir sa foulée
Le coureur, même amateur, doit chercher à utiliser son corps de la manière la moins traumatisante possible. C’est seulement de cette façon qu’il pourra progresser et continuer à courir sur le long terme. Pour beaucoup de coureurs et de spécialistes de la course, la manière de courir qui est la moins traumatisante est celle qui adopte la foulée dite médio-pied.
Il existe différentes classifications des foulées des coureurs : foulée en cycle avant et en cycle arrière, ou bien foulée aérienne et terrienne ou bien encore foulée « coureur-marcheur » et foulée médio-pied. C'est de ces dernières dont on va parler ici surtout.
La foulée « coureur-marcheur »
Cette gestuelle de course est très proche de la gestuelle de la marche. On peut décrire cette foulée, phase par phase, comme suit :
Le pied attaque le sol avec le talon, jambe tendue.
Le coureur déroule ensuite son pied sur le sol passant du talon à la pointe.
Le coureur lève assez peu son pied du sol après l’impact, le genou aérien se plie peu.
Le pied aérien revient vers l’avant en restant proche du sol et le genou aérien se déplie rapidement, donnant très tôt au pied une trajectoire presque circulaire du haut vers le bas.
Le pied aérien passe le centre de gravité du coureur,
puis il passe devant le genou aérien ;
et enfin le pied réattaque le sol avec le talon, jambe avant tendue ou quasiment.
Le trajet du pied d'un coureur-marcheur
La foulée à dominante médio-pied
C'est celle que l’on observe chez la plupart des coureurs de haut niveau. Par opposition à la foulée précédente, elle est plus aérienne. Voici ses caractéristiques :
Le pied vient se poser au sol horizontalement : l’angle entre le pied et le sol est très réduit. Le pied vient se poser presqu’à plat, l’avant-pied étant soit au même niveau que le talon, soit légèrement plus bas.
Le coureur ne déroule pas son pied sur le sol en passant du talon à la pointe mais réalise la séquence inverse : le premier appui se fait sur le médio-pied puis sur le talon.
Après que le coureur a touché le sol avec son pied, il continue de plier son genou aérien jusqu’à ce que son pied aérien croise son autre jambe ; le coureur déplie donc son genou plus tardivement qu’en foulée du type « coureur-marcheur».
Le pied ne dépasse pas l’aplomb du genou (ou uniquement lorsque la foulée est très longue).
Le pied revient de l’avant vers l’arrière avant même de toucher le sol.
Le pied se pose presque à l’aplomb du bassin.
Au moment de la pose du pied, la jambe d’appui est légèrement fléchie.
Le coureur tire parti au maximum de la force de rebond et de l’énergie élastique qu’il emmagasine sous son pied, derrière son mollet et, dans une certaine mesure, dans les muscles situés à l’avant de sa cuisse.
La recherche d’amplitude se fait principalement grâce aux muscles ischio-jambiers (muscles situés à l’arrière de la cuisse), aux muscles fessiers et aux muscles du tronc.
Différence entre la foulée de type marcheur-coureur (à gauche) et la foulée médio-pied (à droite)
Quelle foulée adopter ?
Aucune étude sérieuse et complète n’a encore démontré la supériorité d’une foulée par rapport à l’autre. Cependant ce n'est sûrement pas pour rien que la foulée médio-pied est pratiquée par de nombreux coureurs de haut niveau : sur le plan biomécanique c'est celle qui est le moins susceptible de générer des blessures. De nombreux spécialistes et soigneurs en sont convaincus.
Évidemment, la foulée n’est pas tout. La meilleure des foulées, même si elle correspond parfaitement à l’anatomie et à la biomécanique d’un coureur, ne suffit pas à elle seule à éviter les blessures. Il faut que le coureur comprenne qu’il doit respecter son corps, ainsi que certaines phases d’adaptation et de récupération et éviter le surrégime.
Pour adopter la foulée médio-pied, lire Courir léger
Des chercheurs de l’université métropolitaine de Cardiff ont montré que cinq bains chauds par semaine pendant cinq semaines améliorent la capacité aérobie et les performances des coureurs à l’entraînement. Une alternative accessible et peu coûteuse aux stages en altitude.
Vous démarrez la course à pied et craignez de vous blesser ? Ou bien des douleurs récurrentes gênent vos entraînements ? Beaucoup de blessures peuvent être évitées avec de bonnes pratiques. Alexandre Prims, kinésithérapeute et auteur du livre Deviens ton coach running, nous partage ses conseils.
Triathlète, médecin et auteur de livres sur la nutrition pour le sport, Fabrice Kuhn a pulvérisé son record sur l’Ironman aux Sables d’Olonne, en juin 2025. Dans cet article, il analyse les raisons de cet exploit, qu’il doit en grande partie aux enseignements de ses livres La Science de l’endurance (tome 1 et tome 2) et Paléofit.