Mais que fait le patron de la nutrition française dans une pub pour le pain ?

Par Lanutrition.fr Publié le 08/12/2015 Mis à jour le 10/03/2017
Un haut responsable de la santé publique participe à une campagne publicitaire pour le pain. Qui plus est,émaillée de contre-vérités.

Le lobby du pain, qui, à la ville, se fait pompeusement appeler « L’Observatoire du pain » s’est payé une campagne de publicité pour vendre sa baguette. Ainsi, 2 pleines pages ont été achetées dans les numéros de plusieurs magazines. Pourquoi pas, après tout ? La surprise vient de la présence dans une interview d’une presque pleine page, du Président du Programme National Nutrition Santé (PNNS), le Dr Serge Hercberg, un haut fonctionnaire du ministère de la santé, qui apporte ainsi une caution officielle à une pure opération de marketing.

Lire : L'observatoire du pain reçoit le Grand Prix de la Propagande de LaNutrition.fr 

Avec Isabelle Robard, nous avions révélé dans Santé mensonges et propagande comment la plupart des nutritionnistes en vue travaillaient pour l’industrie agro-alimentaire sans que le public en soit averti. Le cas du Dr Serge Hercberg est emblématique de ce mélange des genres.

Ce médecin se présente volontiers aujourd’hui comme le principal rempart contre l’influence de l’industrie agro-alimentaire. Mais ça n’a pas été toujours le cas. En 2004, au moment où notre livre est paru, le Dr Hercberg présidait depuis 3 ans le PNNS. Parallèlement, il siégeait dans le « Comité scientifique du pain », un organisme bidon mis sur pied par une agence de communication pour pousser à la consommation. A la même époque, il était également « conseil scientifique » de Candia. Un peu plus tôt, sous le prétexte qu’aucun aliment « n’est à lui seul diabolique » − surtout celui des sponsors de son étude SU.VI.MAX − il avait apporté son concours aux actions de promotion du « Centre d’informations sur les charcuteries », des soupes Knorr, ou de la margarine Fruit d’Or.

Après la parution de Santé, mensonges et propagande, le Dr Hercberg s’est délié de toutes ces embarrassantes casseroles (ou presque toutes, puisqu’on le trouvait à l’Institut Danone il y a encore quelques années). Le voilà rattrapé par son amour des tartines.

La double page à laquelle il participe est sobrement intitulée « communiqué », entendez : publlcité. Elle a été concoctée par « L’Observatoire de la santé ». Décidément, on observe énormément dans ces deux pages. Cet « Observatoire » est en fait une émanation d’une agence de communication de Levallois-Perret, Rouge & Red Médias. L’agence est spécialisée dans les publi-rédactionnels sur la santé et sur l’industrie. Lorsque le client opère dans le domaine de la santé, comme le lobby du pain, c’est l’Observatoire de la santé qui monte la campagne. Lorsque le client appartient au monde de l’industrie, c’est son alter ego « l’Observatoire de l’industrie ». 

Les propos tenus dans cette campagne de publicité méritent maintenant qu’on s’y arrête.

  • D'accord avec le Dr Hercberg pour rappeler l’intérêt des fibres. Mais d'où vient ce diktat selon lequel un petit déjeuner « structuré » doit, comme il l’assure, comporter un fruit, un laitage et un produit céréalier ? On peut bien sûr manger des laitages et des céréales le matin. Mais ni les uns ni les autres ne sont indispensables, et des dizaines de millions de personnes sur notre planète déjeunent parfaitement en s'en passant.
  • La double page fait l’apologie des « glucides complexes », un terme qui n’a ni signification physiologique, ni signification nutritionnelle, et que l’Organisation mondiale de la santé recommande de ne plus utiliser. Comment un responsable de santé publique peut-il l’ignorer ?
  • « Tous les pains sont bons et ont du bon », affirme en titre cette campagne. Si tel est l'avis du responsable du PNNS, c'est inquiétant. Certes le bon pain a toute sa place sur nos tables, mais la baguette de base par exemple a un index glycémique élevé ; mangée en quantité comme l’y invite la pub, elle contribue à la résistance à l’insuline, au surpoids et au diabète chez les sédentaires. De même, assurer « que le pain participe à notre bonne santé » ou que « prendre du pain au petit déjeuner permet d’éviter un risque d’hypoglycémie en milieu de matinée » sont des affirmations mensongères. Tout dépend encore une fois du type de pain, de la quantité qu’on en mange et du niveau d’activité physique. Malheureusement, seuls une minorité des pains achetés en France, ceux issues d'un mélange de plusieurs farines complètes (pas seulement de blé comme on le croit à tort), au levain de surcroît, respectent la physiologie humaine et ont un intérêt nutritionnel réel − à condition bien sûr de tolérer le gluten.

Lire : La baguette de pain blanc, un retour en grâce ?

Madame la ministre de la Santé sera certainement ravie d’apprendre qu’un haut responsable de la santé publique se prête complaisamment à une opération de promotion d’une filière de l’agro-alimentaire, qui plus est, émaillée de contre-vérités. A moins qu’elle ne cautionne cette démarche singulière au prétexte que le PNNS conseille de manger des féculents à chaque repas. Vous êtes dans le marketing de la viande (conseillée par le PNNS), du yaourt (conseillé par le PNNS), de la patate (conseillée par le PNNS) ? Vous vous demandez comment parer d'un prétexte santé votre campagne de pub ? Prenez contact avec le PNNS. Son président se fera certainement un plaisir de vous donner un coup de main comme il vient de le faire pour les meuniers et les boulangers.

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