Ondes électromagnétiques : quels risques pour la santé ?

Par Marie-Céline Ray Publié le 07/01/2019 Mis à jour le 07/01/2019
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Cancer, infertilité… L’exposition aux champs électromagnétiques sur de longues périodes pourrait favoriser différents troubles. Les personnes électrohypersensibles (EHS) décrivent quant à elles de nombreux symptômes : migraines, nausées, troubles du sommeil, de la concentration…

Nous vivons dans un environnement chargé en ondes électromagnétiques : les ondes radio, celles des téléphones portables et des antennes relais, le wifi... toutes contribuent à ce qu'on peut appeler un "électrosmog".

Les champs électromagnétiques varient en fonction de leur fréquence. On distingue ainsi :

  • les rayons X, de haute fréquence : ce sont des champs électromagnétiques ionisants,
  • avec une moindre fréquence et moins d’énergie : les radiations UV, de la lumière visible et des infrarouges,
  • en-dessous de ces fréquences se trouvent les radiations non-ionisantes : d’une part les champs utilisés pour les communications - les radiofréquences – et d’autre part les champs d’extrêmement basses fréquences, liés au transport de l'électricité. Les fours à micro-ondes par exemple peuvent chauffer les aliments. Mais, en-dehors de cet effet « thermique », les champs électromagnétiques non-ionisants ont-ils des conséquences sur la santé ?

Un article de synthèse sur les risques des radiations non-ionisantes

Dans un article paru dans Environmental Pollution fin 2018, cinq scientifiques réunis au sein de l’European Cancer and Environment Research Institute (ECERI, Bruxelles) font le point sur les effets des radiations non-ionisantes sur la santé. Les auteurs sont Dominique Belpomme, professeur de cancérologie à Paris V, David Carpenter, professeur en santé environnementale à l’université d’Albany (Etats-Unis), Lennart Hardell, de la faculté de médecine d’Orebro (Suède), Igor Belyaev, de l’institut de recherche sur le cancer de Bratislava (Slovaquie) et Ernesto Burgio de l’ISBEM (Institut Scientifico Euro Mediterraneo, en Italie).

Pour ces cinq scientifiques, il existe de fortes preuves  qu’une exposition excessive  aux fréquences des téléphones portables sur de longues périodes pourrait augmenter le risque de cancer du cerveau chez l’homme comme chez l’animal. En 2011, le Centre international de recherche sur le cancer a ainsi classé les champs électromagnétiques des radiofréquences comme « peut-être cancérogènes pour l’homme » (groupe 2B), en raison de résultats indiquant que les utilisateurs  de téléphone portable sur de longues périodes avaient un risque plus élevé de cancer du cerveau. Des études cas-contrôle suggèrent elles aussi une augmentation de la fréquence des cancers. Par exemple, en 2014, l’étude CERENAT en France a trouvé une association entre une forte utilisation du téléphone portable et des tumeurs du cerveau : au-delà de 896 h d’utilisation, le risque de gliome et de méningiome était multiplié par deux. En novembre 2018, un rapport du NTP (programme national de toxicologie aux Etats-Unis) a trouvé une augmentation du risque de cancer chez des rats mâles exposés aux radiations de portables 2G et 3G pendant 9h par jour. Les cancers touchaient le cœur : c’était des schwannomes malins.

Des études in vitro et in vivo suggèrent aussi des effets néfastes sur la fertilité, probablement à cause du stress oxydatif. Un article paru dans la revue Reproductive Biology and Endocrinology en 2018 a conclu que l’exposition aux radiofréquences diminue la qualité du sperme (nombre et motilité des spermatozoïdes).

Lire aussi notre article : L'ordinateur portable fait-il cuire les testicules ?

Pour les auteurs, les normes en vigueur ne protègent pas la santé humaine. Ils s’interrogent notamment sur les risques pour les jeunes, dont le système nerveux est en cours de développement, et qui seront plus exposés dans leur existence que les adultes nés avant l’expansion des smartphones et de la technologie sans fil.

Les normes varient en fonction des pays, et sont plus sévères dans des pays de l’ancienne Union soviétique. Beaucoup de pays d’Amérique du nord et d’Europe considèrent qu’il ne peut pas y avoir d’autre effet néfaste à la santé que l’effet thermique, d’où des normes moins contraignantes. 

Les symptômes des électrohypersensibles

Dans leur article, les auteurs décrivent aussi les symptômes des personnes devenues « électro-hypersensibles » (EHS). En 2005, une conférence de l’OMS à Prague a décrit les symptômes des EHS sans toutefois reconnaître le lien avec l’exposition aux champs électromagnétiques (CEM). Pour l’OMS, l’hypersensibilité électromagnétique est « caractérisée par divers symptômes que les individus touchés attribuent à l'exposition aux CEM. Parmi les symptômes les plus fréquemment présentés, on peut mentionner des symptômes dermatologiques (rougeurs, picotements et sensations de brûlure), des symptômes neurasthéniques et végétatifs (fatigue, lassitude, difficultés de concentration, étourdissements, nausées, palpitations cardiaques et troubles digestifs). »

En mars 2018, l’Anses a publié un rapport sur l’électrohypersensibilité, concluant « en l’état actuel des connaissances, à l’absence de preuve expérimentale solide permettant d’établir un lien de causalité entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes décrits par les personnes se déclarant EHS. » Mais l’Anses souligne que « la souffrance et les douleurs exprimées par les personnes se déclarant EHS correspondent à une réalité vécue. »

La prévalence des personnes se déclarant EHS se situerait entre 1 et 10 % dans les pays développés. L'équipe du Pr Belpomme a interrogé de nombreux patients EHS ou EHS et MCS (hypersensibles aux produits chimiques). Les symptômes les plus souvent décrits étaient des maux de tête, acouphènes, problèmes de sommeil, de la fatigue, une tendance à la dépression, des problèmes d’humeur, des nausées, des troubles de la mémoire et des difficultés de concentration.

En 2015, l’équipe du Pr Belpomme a décrit dans un article des marqueurs qui pourraient aider au diagnostic. En particulier, chez tous les patients, il y avait une diminution du rapport entre la 6-hydroxymélatonine sulfate (un produit de dégradation de la mélatonine) et la créatinine, dans les urines. En 2018, la même équipe a montré dans un autre article que 80 % des patients qui se déclaraient EHS avaient au moins un biomarqueur de stress oxydatif dans le sang. Ces résultats suggèrent donc que l'électrohypersensibilité n'est pas une maladie psychosomatique...

En pratique

À la maison, pour réduire votre exposition aux ondes électromagnétiques, vous pouvez adopter plusieurs gestes simples. Par exemple, préférez les connexions Internet en filaire, éteignez le wifi la nuit et quand il n’est pas utilisé. Dans la cuisine, éloignez-vous du four à micro-ondes quand il est en fonctionnement, ou préférez le four traditionnel.

Concernant le téléphone, évitez les longues conversations avec le portable collé à l’oreille ; utilisez le haut-parleur et les sms. Protégez les enfants en redoublant de précautions (pas de portable dans la chambre…). En France, le wifi est interdit dans les crèches et son utilisation est restreinte dans écoles.

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