Soleil et cancer : les conseils officiels sont-ils efficaces ?

Par Lanutrition.fr Publié le 02/07/2008 Mis à jour le 11/07/2017
Point de vue

Eviter le soleil entre midi et seize heures, utiliser des crèmes : les conseils anti-cancer de l’Institut National du Cancer à l'épreuve des faits.

En prévention des cancers de la peau, l’Institut national du cancer (INCa) conseille d’éviter le soleil entre 12 et 16h, porter des vêtements et rechercher l'ombre, et "renouveler fréquemment l'application de crème solaire haute protection anti-UVB et anti-UVA". Ces conseils sont-ils avisés ?

Faut-il éviter de s'exposer entre 12 et 16 h ?

La vitamine D intervient peut-être dans la protection contre le mélanome. Surtout, elle joue un rôle dans la santé générale à long terme. Les Français ne peuvent pas synthétiser de vitamine D, ou très peu, entre la fin du mois d’octobre et celle du mois de mars en raison de la longueur d’ondes du rayonnement UVB pendant cette période. La moitié de la forme de vitamine D que nous mettons en réserve est éliminée en trois semaines, et nous sommes globalement à risque élevé de déficit à partir de novembre, les taux les plus bas se rencontrant en février. 

Les beaux jours constituent une occasion unique de s’assurer de bonnes réserves. Ceci peut être fait en exposant 3 fois par semaine la plus grande surface possible de peau à la mi-journée pendant 10 à 15 minutes, sans écran solaire, le visage protégé par un chapeau, et sans aller jusqu'à la rougeur. A midi au soleil d’été, on peut ainsi produire 1500 à 10 000 UI de vitamine D rien qu’en exposant 10 à 20% de son corps comme le torse, le dos, les bras.

Pourquoi la mi-journée est-elle le moment idéal ? Parce qu’il y a relativement moins d’UVB que d’UVA entre 11 et 15 heures, et que ce sont les UVB qui permettent de synthétiser la vitamine D. Mais quand on se met sur la plage après 16 heures, on reçoit beaucoup d'UVA par rapport aux UVB, et on fait peu de vitamine D. Un moyen simple pour savoir : dès que votre ombre est plus allongée que votre taille réelle, vous synthétisez peu de vitamine D.

Les crèmes solaires et les cancers de la peau

Les crèmes solaires ont été développées dans les années 1970 parce qu’on pensait ainsi prévenir les cancers de la peau et le mélanome en particulier. Dans les années 1980, les dermatologues ont fait la promotion de l’écran dit « total » toute l’année et de l’usage massif des écrans solaires l’été. Pourtant, jusqu’à une date récente, ces produits n’étaient efficaces que contre les rayons UVB, laissant la peau à la merci des rayons UVA (en cause dans le mélanome) sans le signal d’alarme que constitue le coup de soleil.

Les données actuelles indiquent que l’usage régulier de crèmes et écrans solaires prévient les coups de soleil et réduit le risque de carcinome spinocellulaire, mais probablement ni le risque de carcinome basocellulaire (le cancer de la peau le plus fréquent), ni le risque de mélanome. 

Lire : Crèmes solaires et mélanome

La seule étude d’intervention conduite à ce jour sur la prévention du mélanome, en effet, n’a pas été concluante. Il s’agit d’une étude australienne au cours de laquelle une partie des participants devait appliquer un écran tous les jours pendant 4 ans, les autres l’utilisant selon leur propre ressenti. Après 10 ans de suivi, les chercheurs ont trouvé moins de mélanomes dans le premier groupe que dans le second. Mais le résultat n’est pas tout à fait significatif, ce qui veut dire qu’il aurait tout aussi bien pu être dû au hasard. De plus, l’étude a été financée par L’Oréal. Et on sait à quel point ce type de financement influence les résultats d’une étude.

Lire : Choisir un écran solaire (abonnés)

Conclusions

Il faut, comme le conseille l’INCa, éviter les expositions dites « récréatives » (le bronzage comme but ultime), porter vêtements et chapeau, rechercher l’ombre. En revanche, l’usage systématique de crèmes solaires (qui encourage à rester au soleil), et l'évitement total du soleil à la mi-journée sont autant de conseils controversés. 

LaNutrition.fr recommande donc de s'exposer au soleil en été plusieurs fois par semaine, brièvement et à la mi-journée, visage protégé, puis de se mettre à l'abri ou porter des vêtements. Cela permet de se passer le plus souvent des écrans solaires, qu'on utilisera en cas de nécessité (exposition prolongée inévitable comme le plaisancier sur son bateau, ou l’agriculteur dans son champ). 

Pour aller plus loin, lire : Vitamine D, mode d'emploi (Lire un extrait ICI  >>)

Bibliographie

Grant WB, Garland CF.The association of solar ultraviolet B (UVB) with reducing risk of cancer: multifactorial ecologic analysis of geographic variation in age-adjusted cancer mortality rates. Anticancer Res. 2006 Jul-Aug;26(4A):2687-99.

Nürnberg B, Schadendorf D, Gärtner B, Pföhler C, Herrmann W, Tilgen W, Reichrath J. Progression of malignant melanoma is associated with reduced 25-hydroxyvitamin D serum levels. Exp Dermatol. 2008 Jul;17(7):627.

Gorham ED, Mohr SB, Garland CF, Chaplin G, Garland FC. Do sunscreens increase risk of melanoma in populations residing at higher latitudes? Ann Epidemiol. 2007 Dec;17(12):956-63.

Grant WB, Garland CF. The health benefits of vitamin D greatly outweigh the health risks. Bioessays. 2008 May;30(5):506-7; author reply 510-1.

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