Certains polluants courants vous empêcheraient de rester mince

Par Marie-Céline Ray Publié le 22/02/2018 Mis à jour le 06/03/2018
Article

Les SPFA, ou substances perfluoroalkyliques, des perturbateurs endocriniens présents dans des objets du quotidien, semblent interférer avec le contrôle du poids.

Pourquoi c’est important

En France, d'après l'étude Esteban, 54 % des hommes et 44 % des femmes sont en surpoids ou obèses. Les personnes qui cherchent à perdre du poids savent qu’il est souvent difficile de conserver son poids de forme après un régime. Et si des molécules de notre environnement nous empêchaient de rester minces ?

Des chercheurs de l’université de Harvard se sont intéressés à des molécules qui sont soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens qui influencent notre poids : les SPFA (substances perfluoroalkyliques), en particulier l’APFO (acide perfluorooctanoïque) et le SPFO (sulfonate de perfluorooctane). Chez l’animal, ces molécules altèrent le métabolisme et influencent les niveaux d’hormones thyroïdiennes ; elles sont associées à l’obésité et à la prise de poids. Elles ont aussi été liées au risque de cancer et de dysfonctionnement hormonal et immunitaire.

Les SPFA sont utilisées depuis une soixantaine d’années dans différents produits du quotidien : des poêles, des emballages alimentaires, des revêtements de papier, de vêtements et de tissus d’ameublement… Ces molécules sont très stables dans l’environnement. Elles peuvent s’accumuler dans l’eau de boisson, dans les chaînes alimentaires et persistent dans l’organisme.

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En Allemagne et aux Etats-Unis, des sites sont pollués par ces molécules. En France, une étude de l’Anses de 2011 s’est intéressée aux quantités de composés perfluorés retrouvés dans l’eau. Les valeurs maximales trouvées dans les échantillons étaient 4 à 30 fois inférieures aux valeurs réglementaires proposées aux Etats-Unis et en Allemagne pour l’APFO et le SPFO.

Ce que les chercheurs ont trouvé

Les chercheurs ont analysé les données portant sur 621 personnes obèses ou en surpoids qui participaient à l’essai clinique appelé Prevention of Obesity Using Novel Dietary Strategies (POUNDS LOST). Cette expérience testait l’effet de quatre régimes sur la perte de poids sur une période de deux années. Les participants avaient entre 30 et 70 ans. Les chercheurs voulaient savoir s'il y avait un lien entre la quantité de SPFA présents dans le sang et la perte ou le gain de poids des participants.

Pendant les six premiers mois, les participants ont perdu en moyenne 6,4 kg, puis ils ont repris en moyenne 2,7 kg pendant les 18 mois suivants. Ceux qui ont repris le plus de poids étaient ceux qui avaient le plus de SPFA dans le sang, et le lien se vérifiait surtout pour les femmes : le tiers de femmes qui avaient le plus de SPFA gagnait entre 1,7 et 2,2 kg de plus que le tiers de femmes qui en avaient le moins.

Le taux de SPFA semblait influencer le métabolisme. Les personnes qui avaient le plus de SPFA dans le sang voyaient leur métabolisme au repos diminuer plus vite dans les six premiers mois ; mais ensuite ce métabolisme remontait plus lentement, entre 6 et 24 mois, lorsqu’elles reprenaient du poids. On peut imaginer que ces personnes reprenaient plus de poids car elles avaient du mal à retrouver leur métabolisme initial et dépensaient donc moins d’énergie.

Par conséquent, les SPFA semblent nuire aux efforts de l’individu pour éviter les kilos en trop. Philippe Grandjean, un auteur de l’étude, a expliqué dans un communiqué : « Les résultats suggèrent qu'éviter ou réduire l'exposition aux SPFA peut aider les gens à maintenir un poids corporel stable après qu'ils ont réussi à perdre du poids, en particulier pour les femmes. » Qi Sun, un autre auteur de ces travaux, ajoute que « nos résultats ont révélé une nouvelle voie à travers laquelle les SPFA pourraient interférer avec la régulation du poids corporel humain et contribuer ainsi à l'épidémie d'obésité. »

En pratique

D’après l’Environmental Working Group, voici quelques produits dans lesquels Greenpeace a retrouvé des composés perfluorés :
•    vestes de marques Adidas, Patagonia, Columbus…
•    maillots de bain Adidas, Disney…
•    chaussures Nike et Puma…

Surveillez les étiquettes des produits comme les casseroles, poêles, vêtements, et évitez le Teflon et le GoreTex. En cuisine, utilisez plutôt des casseroles ou poêles en inox ou en fonte. Pour les tissus d’ameublement, tapis, préférez des produits qui n’ont pas subi de traitement anti-tache. Evitez la vente à emporter d’aliments (fastfood, pizza) qui peuvent utiliser des emballages contenant des composés perfluorés.

Deux livres pour aller plus loin : Sang pour sang toxique, Le bon choix pour cuisiner
 

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