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Qu’est-ce que l’empathie ? Quels en sont les bienfaits pour mieux vivre ensemble, et quels risques courons-nous si elle devient excessive ?
En janvier 2024, le ministre de l’éducation nationale, Gabriel Attal, lançait une expérimentation dans un millier d’écoles françaises : des cours d’empathie, proposés de la maternelle au CM2. L’objectif : améliorer l’écoute, les relations entre élèves et lutter contre le harcèlement. Bien que l’avenir de cette initiative reste incertain, elle se poursuit dans le cadre d’une expérimentation prolongée.
Pourquoi enseigner l'empathie dès le plus jeune âge ? Parce qu’elle est la clé pour établir des relations saines et harmonieuses. Explications.
En psychologie, le terme d’empathie a été introduit au début du 20e siècle par les psychologues James Ward (université de Cambridge) et Edward Titchener (Cornell) qui ont traduit en anglais (empathy) la notion allemande d’Einfühlung. Ce terme développé dans l’esthétique allemande signifie littéralement « sentir dans » et exprime la capacité à ressentir intuitivement une œuvre d'art. Initialement l’empathie décrit une capacité à se projeter dans un autre corps ou un autre environnement, une sorte de déplacement corporel imaginaire de soi-même, permettant de mieux comprendre autrui (1).
Le mot empathie a été formé avec les racines grecques en (à l’intérieur de) et pathos (souffrance) : étymologiquement avoir de l’empathie signifie « souffrir à l’intérieur de ». Une personne empathe s'identifie à l’autre, elle partage ses émotions, tristes ou heureuses. Grâce à cette aptitude à se mettre à la place d’autrui, elle est plus à même de comprendre les comportements de son entourage, voire de détecter si un interlocuteur est sincère ou menteur. L’empathie pousse aussi l'individu vers l'altruisme. Elle favorise l’entraide et la survie du groupe, ce qui en fait une qualité essentielle pour le bon fonctionnement d’une société humaine, même si elle n'est pas seulement l'apanage de l'espèce humaine. Des animaux sont également doués d’empathie (2).
Empathie cognitive et empathie émotionnelle
Il existe plusieurs types d’empathies :
• l'empathie cognitive permet de comprendre le point de vue de l'autre ;
• l’empathie émotionnelle permet de comprendre le ressenti de l’autre.
Pour la psychothérapeute Jessica Baum, « L’empathie est la capacité à ressentir ce que les autres ressentent. Elle permet de sentir leur énergie, leur humeur et même leurs pensées. C’est une chance d’être aussi sensible. C’est ainsi que nous établissons des liens, que nous prenons soin des autres et que nous devenons de bons amis. L’empathie nous donne de la compassion. Ainsi les autres se sentent reconnus, compris et savent qu’ils ne sont pas seuls. En fait, c’est ce qui fait de moi une thérapeute bienveillante ! »
L’empathie est un atout pour créer et maintenir des relations sociales. Or notre vie sociale contribue grandement à notre bien-être à la fois physique et mental. Globalement, les personnes qui se sentent soutenues, grâce à leur réseau social, sont en meilleure santé mentale (3). L’empathie peut aussi aider à résoudre des conflits et à rendre les relations plus harmonieuses et chaleureuses, notamment dans le cadre familial (4). « Lorsque l’on développe de la compréhension et de l’empathie à l’égard des besoins de l’autre, on trouve souvent une solution au conflit, grâce à cette communication de qualité », dit Jessica Baum.
Inversement, une personne qui manque d’empathie aura des difficultés à comprendre les autres, ce qui peut mettre un frein à ses relations sociales. Une perte d’empathie peut être constatée dans des pathologies qui affectent certaines aires cérébrales (5) ou dans des troubles psychiatriques, comme la psychose (6).
Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, les psychopathes ne manquent pas forcément d’empathie, comme l’explique Jérôme Englebert, professeur de psychologie à l’universités de Bruxelles (7) : « Le psychopathe n’a pas de difficulté à identifier le vécu d’autrui, il n’accorde par contre aucune importance à ce vécu en termes de bien-être pour autrui, dit-il. Un psychopathe peut par exemple décrire la souffrance de ses victimes (il fait alors preuve d’empathie) et peut expliquer que cela lui importe peu (il n’éprouve pas de sympathie). Le psychopathe sait que l’autre est fait d’émotions mais jamais ne se « perd » dans ce vécu affectif. ».
Toutefois avoir trop d’empathie peut amener à des excès, mettant en danger l’individu qui se trouve prêt à sacrifier sa santé. C’est la « fatigue de l’empathie », décrite sur le site de la clinique Cleveland en ces termes : « Ce que beaucoup de gens ne réalisent pas, c’est que notre capacité à entrer en relation avec les autres et à se soucier d’eux (notre empathie) est une ressource limitée. Si nous épuisons notre compte d’empathie, nous pouvons finir par ressentir des émotions négatives, ce que les experts appellent la fatigue de l’empathie »
« La fatigue empathique est l'épuisement émotionnel et physique qui survient lorsqu'on s'occupe des gens jour après jour », explique la psychologue Susan Albers. « Au fil du temps, nous commençons à voir des personnes qui éprouvent un sentiment d'engourdissement et de distanciation ou qui ont des difficultés à continuer à s'occuper d'elles. » Ce phénomène peut toucher des personnels médicaux notamment, qui peuvent développer un épuisement professionnel car ils sont régulièrement exposés à des publics en souffrance.
L’excès d’empathie peut aussi générer de l’anxiété. Dans son livre L'attachement anxieux, Jessica Baum explique : « Nous avons une capacité naturelle à ressentir de l’empathie, ce qui nous permet de nous connecter les uns aux autres sur le plan émotionnel. Cette perception des autres est souvent très développée chez les personnes qui ont un attachement anxieux. »
Si l’empathie est généralement un atout en société, « cette empathie peut devenir un fardeau si elle n’est pas maîtrisée », dit-elle. La solution : apprendre à prendre soin de ses besoins et à s’écouter, par exemple en développant l’autocompassion et en cherchant du soutien auprès d’un psychothérapeute. « Bien sûr, il est important de faire preuve d’empathie à l’égard d’un partenaire, mais en étant suffisamment autonome pour garder un équilibre avec ses propres besoins. »
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