Nutrition : Comment les recommandations officielles ont rendu les gens malades

Par Lanutrition.fr Publié le 25/02/2015 Mis à jour le 10/03/2017
Devant l'explosion de l'obésité et du diabète, les recommandations nutritionnelles américaines vont changer de cap, validant des conseils donnés par LaNutrition.fr 9 ans plus tôt. En France, rien ne bouge.

La semaine dernière, les 14 experts indépendants qui constituent le comité chargé de conseiller les ministères de l’Agriculture et de la Santé pour l’établissement des nouvelles recommandations nutritionnelles américaines ont rendu leur rapport.

Les dernières recommandations nutritionnelles dataient de 2010 ; elles sont mises à jour tous les 5 ans.

Les 571 pages du rapport font surtout un sort à deux piliers de l’imaginaire nutritionnel américain : désormais, il n’y a plus lieu de « manger moins gras », et les aliments riches en cholestérol comme les œufs ne posent pas de problème particulier pour la santé cardiovasculaire.

Lire : Les régimes pauvres en graisses ne sont pas une solution au surpoids

Mais dans un pays qui a élevé depuis plus de 30 ans le gras et le cholestérol au rang d’ennemis de la nation, ce revirement a créé un émoi considérable. Car ses implications sont formidables : c’est précisément parce que les graisses étaient rendues responsables de tous les maux, de l’obésité à l’infarctus, que le peuple américain, docile, s’est reporté sur les glucides transformés comme le pain, les pizzas, les pâtes, les frites, soutenu il est vrai par une industrie agro-alimentaire qui avait flairé la bonne affaire.

Les scientifiques estiment que cet « appel d’air » glucidique est responsable de centaines de milliers de décès prématurés.

Lire : les glucides, pas les graisses, responsables du surpoids et du diabète

D’ailleurs les auteurs du rapport eux-mêmes reconnaissent en creux que les messages nutritionnels délivrés jusqu’ici n’ont eu pour autre effet que de dégrader la santé des Américains.

Ces experts peignent en effet un tableau sombre de l’état de leurs concitoyens : 65% des femmes et 70% des hommes sont obèses ; près de 30 millions d’Américains sont diabétiques, dont maintenant des enfants.

Coïncidence ? Le rapport des experts américains est publié au moment où LaNutrition.fr procède à une mise à jour de ses propres recommandations, dans la nouvelle édition de notre navire amiral, le guide « La meilleure façon de manger ».

C’est là que l’on mesure toute la différence d’approche et de méthode.

Nous n’avons eu à changer ni nos recommandations sur les graisses, ni celles sur le cholestérol. Si les experts américains avaient été abonnés à LaNutrition.fr, ils y auraient lu dès 2006 qu’il n’y a pas lieu de « manger moins gras » ; et que les aliments riches en cholestérol ne posent pas de problème à la majorité de la population.

Lire comment l'agence de sécurité sanitaire des aliments s'est rangée aux recommandations de LaNutrition.fr

Pourquoi avons-nous correctement identifié les effets de ces aliments alors que des spécialistes disposant de moyens bien plus importants se sont fourvoyés ? Nous consultons les mêmes bases de données scientifiques. La différence, c’est que nous les abordons sans esprit dogmatique, et surtout que nous sommes imperméables aux lobbies de l’agro-alimentaire.

A Washington, en revanche, les lobbies de la viande (malmenée dans ce rapport), ceux du lait (le rapport conseille de se détourner des fromages), les grands groupes céréaliers, les industriels du soda (le rapport préconise une diminution drastique des aliments sucrés) fourbissent leurs armes. Ils vont faire le siège du Sénat et de la Chambre des représentants pour influencer les agences fédérales et obtenir que la période réservée aux commentaires passe de 45 jours à 120 jours ; le temps de passer au lance-flammes les études citées à l’appui des préconisations.

Mais on aurait tort de se moquer des Américains, de leurs recommandations nutritionnelles, de leurs errements et de leurs groupes de pression, car la situation en France n’est pas plus brillante.

Depuis 2001, le Costa Concordia Nutritionnel − je veux dire le Programme national nutrition santé (PNNS), suit impassiblement, toutes voiles dehors, la même route folle, son équipage plongé dans une transe hallucinatoire, psalmodiant les mêmes mantras éculés − « mangez moins gras », « des féculents à chaque repas », « 3 produits laitiers par jour », « un jus de fruit égale un fruit ».

La route mène inévitablement aux récifs métaboliques mêmes sur lesquels les Américains se sont fracassés : l’obésité n’a cessé de progresser en France depuis 2001, et le nombre de diabétiques y a plus que doublé.

Lire : Les recommandations officielles favorisent-elles l'obésité et le diabète ?

Certains me rétorqueront qu’à la différence de la situation américaine, le PNNS est insensible aux lobbies. Qu’il croise le fer avec l’industrie agro-alimentaire. Qu’il est, comme dans Rambo, leur "pire cauchemar". J’invite ces esprits candides à lire ou relire « Santé, mensonges et propagande », écrit avec Maître Isabelle Robard, où le pedigree du PNNS et de ses responsables est décrit en détail. Je les invite à examiner de près la composition des "aliments" comme les fast-foods qui bénéficient pour leur marketing du label PNNS en échange d'une diminution d'une pincée de sel (et de graisses, bien sûr !) ou d'une augmentation d'une pincée de fibres.

D’autres m’opposeront que les Français ne prêtent guère attention aux recommandations nutritionnelles officielles. Qu’on est libre d’acheter ce qu’on veut, et plus encore de manger ce qui nous fait plaisir. …

C’est oublier un peu vite que ces recommandations officielles s’imposent directement à des millions de nos concitoyens : ceux qui mangent dans les cantines scolaires et autres établissements de restauration collective comme les maisons de retraite ; ceux qui reçoivent les conseils des zélotes du PNNS : médecins, diététiciens, et organismes (caisses d’assurance maladie, mutuelles par exemple) appliqués à relayer avec empressement les slogans du PNNS.

Surtout, on l’a compris, ces recommandations orientent la production des industriels, sans même parler des aberrations du nouvel étiquetage nutritionnel sous forme de feux tricolores, imposé par le PNNS. Si bien que la majorité de la population se trouve bon gré mal gré embarquée sur le Costa Concordia Nutritionnel.

La bonne nouvelle, alors que les récifs approchent, c’est qu’il est encore temps de sauter pour rejoindre la goélette de LaNutrition.fr et sa « La meilleure façon de manger »(lire un extrait ICI  >>). Miam !

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