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En avril 2026, Olivier Maria a traversé la France en sandales, de la mer du Nord à la mer Méditerranée en 11 jours. Retour sur cet exploit réalisé avec des chaussures minimalistes.
Illustration © Jérôme Habasque
Auteur du livre Performer en mode cétogène et sportif passionné des efforts longs, Olivier Maria (@oliviermaria.ultra) accompagne des athlètes dans leur transition vers le mode cétogène. Spécialiste de la course avec des chaussures minimalistes, il revient avec nous sur son parcours de Dunkerque à Marseille.
Je souhaitais découvrir où se situaient mes limites physiques et en termes d’endurance sur un projet qui soit vraiment long et qui se déroule sur plusieurs jours voire plusieurs semaines. C’est un format que j’ai expérimenté sur des courses de vélo entre 1000 et 2500 km (comme la Race Across France) et ce genre de format est passionnant car au-delà de l’effort physique, il y a toute une partie de gestion de l’effort, du sommeil, de la logistique et de l’alimentation qui est super intéressant. Faire en courant ce que j’ai déjà fait à vélo, c’était aussi dupliquer un concept mais de façon encore plus sobre et minimaliste, sans besoin d’aucun matériel : je ne pouvais compter que sur mes jambes.
Puis il y avait une notion esthétique, tracer une ligne droite d’une mer à l’autre, je trouvais ça assez beau aussi et motivant.
Courir en sandales, c’est revenir à l’essence de la course à pied. Aujourd’hui rien ne semble plus naturel que de courir avec de grosses chaussures avec une semelle de 4 cm d’épaisseur, sauf que cette mode est toute nouvelle. Même s’il y a une escalade à la plus grosse chaussure (ou "Super Shoes") depuis moins de 10 ans, en réalité la chaussure de running moderne n’a fait son apparition que depuis quelques dizaines d’années. L’être humain n’a pas attendu d’avoir de l’amorti ou des technologies de contrôle de la pronation pour se mettre à courir il y a des milliers d’années !

Je cours avec des sandales de la marque Panta Sandals, elles sont fabriquées dans un tout petit atelier de deux ou trois personnes à Haarlem, à côté d’Amsterdam. Ces sandales sont en deux parties : une semelle qui va me protéger des aspérités du terrain (il y a des modèles pour la route, d’autres pour la montagne, et aussi des modèles « à tout faire » qui sont mes préférés) et une sangle qui va venir serrer la cheville pour que la sandale reste bien en place en courant.
Ma première paire de chaussures était celle avec la plus grosse semelle et le plus d’amorti du magasin car j’étais convaincu de faire le meilleur choix pour me protéger les articulations. Un an plus tard, je découvre la course minimaliste en lisant le célèbre livre Born To Run, et via La Clinique du Coureur, organisme pionnier dans la vulgarisation scientifique et le traitement des blessures.
Avant de passer aux sandales, j’ai débuté ma transition en courant avec des chaussures très fines de marques conventionnelles (les marques avaient à l’époque des chaussures minimalistes qui n’en portaient pas le nom, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui) puis je suis passé aux sandales il y a environ 5 ans.
J’ai eu la chance de passer aux chaussures minimalistes peu de temps après avoir débuté car plus on court depuis longtemps, plus l’adaptation prend du temps car le corps a pris ses habitudes. Courir avec des chaussures qui n’ont aucun amorti demandent de changer sa foulée pour des pas plus légers, plus en cadence et moins bruyants : il faut réapprendre à son corps à amortir et cela peut prendre plusieurs mois (La Clinique du Coureur parle d’un mois par tranche de 10 % d’indice minimaliste entre les 2 chaussures).
Aussi pendant la période de transition je conseille de garder une alternance entre ses chaussures initiales et sa paire de chaussure minimaliste : commencer par faire 5 minutes seulement avec les minimalistes à la fin de chaque sortie, puis 7, puis 10, pour arriver à faire des sorties complètes et enfin mettre définitivement ses anciennes chaussures au placard.
Le meilleur conseil que m’a donné Blaise Dubois (que j’aurais aimé suivre si je l’avais eu plus tôt) c’est de préférer courir 5 minutes tous les jours pieds nus ou en minimaliste plutôt qu’une fois 45 minutes par semaine et avoir de telles douleurs aux mollets qu’on ne peut plus marcher pendant plusieurs jours.
J’ai abandonné pour cause de blessure après 4 jours et 430 km en octobre 2025 à cause d’une bactérie qui s’est infiltrée dans mon pied. Afin de mettre toutes les chances de mon côté avant de repartir en avril, j’ai modifié un certain nombre de paramètres : courir uniquement sur bitume et supprimer les passages en chemin, limiter au maximum les interactions avec le monde extérieur pour me concentrer sur mon effort…
J’ai finalement réussi à atteindre Marseille après 1136 km que j’ai couru en 10 jours 11 heures 50 minutes en courant un peu plus de 100 km par jour. C’est un effort très particulier car il faut apprendre à courir doucement mais longtemps, sur une allure qui semble tenable à l’infini mais au bout de quelques jours le corps commence à fatiguer et c’est là qu’il faut être fort mentalement. J’ai couru 3 jours avec des douleurs assez fortes et une fois arrivé à Marseille, je n’aurais pas pu repartir pour un jour de plus. Mais avec la fierté d’avoir mené ce projet qui me semblait complètement fou de prime abord !
De mes longues courses de vélo, j’ai appris une chose : sur ce genre d’efforts très longs, on mange ce que l’on trouve et il faut manger suffisamment. Je m’alimentais dans les commerces ou boulangeries, et je mangeais des compotes, sandwichs, oléagineux… Tout ce qui me faisait envie car on brûle tellement de calories qu’il faut manger.
J’ai été suivi pendant toute la durée du périple par Jérôme Habasque pour réaliser un film qui sera diffusé je l’espère début 2027. Jérôme m’a suivi intégralement à vélo, ça nous tenait à cœur de produire un film bas carbone. Sur le plan sportif, je prends le temps de penser à la suite mais mon envie de courir très longtemps est intacte et j’ai quelques belles idées dans la tête, à voir quand et comment je vais pouvoir les mener au bout !
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