Denham Harman : "les antioxydants pour allonger la vie"

Par Lanutrition.fr Publié le 03/05/2006 Mis à jour le 10/03/2017
Denham Harman est à l'origine de la théorie du vieillissement par les radicaux libres.Professeur émérite à l’université du Nebraska, fondateur de l’American Aging Association, LaNutrition.fr l'avait rencontré pour un entretien exclusif. 

Le Pr Denham Harman, né le 14 février 1916 et décédé le 25 novembre 2014 à 98 ans, est le père de la théorie du vieillissement par les radicaux libres. Nous l'avions rencontré en 2007. Pour LaNutrition.fr il est revenu sur les origines de cette hypothèse, les effets des antioxydants et les compléments nutritionnels qu'il continue à prendre chaque jour. Mais il prévient : des doses trop élevées ne sont pas souhaitables.

LaNutrition.fr : Qu’est-ce qui vous a conduit à vous pencher sur les mécanismes du vieillissement ?

Pr Denham Harman : Un jour, mon épouse m’a montré un article du New York Times, écrit par William Laurence, l’éditeur scientifique du quotidien. Elle pensait que l’article m’intéresserait. Il s’intitulait : « Demain vous serez plus jeune. » et il y était question de tentatives pour augmenter la durée de vie. J’ai commencé à me poser tout un tas de questions sur le vieillissement cellulaire, le cancer, la mort. A l’époque, j’étais ingénieur chimiste chez Shell. Je travaillais sur la chimie des radicaux libres. Mais je n’avais pas de notions très approfondies de biologie. Alors, j’ai quitté Shell pour accomplir des études médicales à Stanford.

Comment en êtes-vous venu à l’hypothèse que les radicaux libres jouent un rôle dans le vieillissement ?

Je travaillais depuis 4 mois à Berkeley, à l’université de Californie, comme chercheur dans le laboratoire du Dr John Lawrence. Je passais mon temps à réfléchir à cette question du vieillissement, mais où que je me tourne, je ne trouvais pas de réponse satisfaisante. Et puis un matin de novembre, je lisais dans mon bureau, et il m’est brusquement venu l’idée que les phénomènes que j’avais longuement étudiés chez Shell, ces radicaux libres, pouvaient expliquer la détérioration des systèmes biologiques qui accompagnent le vieillissement. Personne n’avait mis de radicaux libres en évidence dans l’organisme, mais la nature même de la chimie voulait qu’on en trouve ! Nos cellules sont en permanence exposées à de l’oxygène, et je me disais que des réactions radicalaires intervenaient probablement.

Comment cette idée a-t-elle été accueillie ?

On me disait, c’est intéressant, mais bien trop simple pour rendre compte d’un problème aussi complexe que le vieillissement. Je répondais que la chimie des radicaux libres n’est simple qu’en apparence, mais les gens haussaient les épaules.

Les choses ont bien changé. Les termes « radicaux libres » et « antioxydants » sont dans tous les journaux, qu’ils soient scientifiques ou de vulgarisation.

Les réactions radicalaires sont aujourd’hui impliquées dans une centaine de troubles, dont le cancer, les maladies cardio-vasculaires, les accidents cérébro-vasculaires, l’arthrite rhumatoïde, les cataractes, la maladie d’Alzheimer. Les antioxydants diminuent ces dégâts et contribuent ainsi à la santé et à la longévité.

Prenez-vous à titre personnel ces fameux suppléments antioxydants que vos recherches ont contribué à populariser ?

Je prends chaque jour une multivitamine avec du zinc, 100 mcg de sélénium, 200 mg de vitamine E et 30 mg de coenzyme Q10. Je ne suis pas persuadé que des doses supérieures soient bénéfiques. Au contraire, nos recherches montrent qu’un excès d’antioxydants peut perturber la production énergétique de nos cellules. En plus des suppléments, je suis attentif à mon alimentation, et je maintiens un bon niveau d’activité physique.

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