Le changement climatique menace la qualité nutritionnelle des aliments

Par Marie-Céline Ray Publié le 26/07/2019 Mis à jour le 29/07/2019
Article

La hausse du CO2 atmosphérique associée à la modification du climat (températures, précipitations…) pourrait réduire le contenu en nutriments (protéines, fer, zinc, notamment) de nombreuses cultures.

Pourquoi c’est important

Un des enjeux de la nutrition humaine est d’assurer à tous les habitants de la planète l’accès à une nourriture saine et suffisante. Même si la dénutrition a reculé dans le monde au cours des dernières décennies, la situation reste très préoccupante. D’après l’OMS, en 2014-2016, 11 % de personnes dans le monde étaient dénutries. Cette situation affecte particulièrement les enfants qui, souffrant de carences, présentent des retards de croissance et sont affaiblis face aux maladies. Dans le monde, chaque année, plus de deux millions d’enfants de moins de cinq ans meurent des conséquences de la dénutrition.

Lire : Les enfants, principales victimes du réchauffement climatique

L’amélioration des techniques agricoles devrait favoriser la qualité nutritionnelle de nos aliments à l’avenir. Mais, en parallèle, l’élévation de la concentration du CO2 dans l’atmosphère a un impact sur les cultures. Ce gaz favorise la photosynthèse et la croissance de certaines plantes, augmentant donc les rendements, mais en même temps il réduit le contenu en micronutriments de certaines cultures. De plus, la hausse des températures et les événements climatiques extrêmes pourraient réduire le rendement des cultures, conduisant à une hausse des prix alimentaires. A quoi faut-il donc s’attendre dans les années à venir ?

Ce que montre l’étude

Une étude récente montre que, dans les 30 années à venir, le changement climatique et l’augmentation du CO2 atmosphérique pourraient réduire la disponibilité de nutriments essentiels à notre alimentation, à savoir les protéines, le fer et le zinc. Réalisée par une équipe internationale de chercheurs, elle paraît dans la revue Lancet Planetary Health. Actuellement, d’après les auteurs, 10 à 15 % de personnes sont à risque pour une insuffisance en fer, 17 % pour le zinc et 12 % pour les protéines.

En utilisant plusieurs modélisations et en s’appuyant sur les données concernant l’effet du CO2 sur les cultures, les chercheurs ont calculé, à l’horizon 2050, la disponibilité des protéines, du zinc et du fer per capita (par tête, c’est-à-dire par habitant). L’étude a trouvé que des aliments essentiels à la nutrition humaine comme le blé, le riz, le maïs, l’orge, les pommes de terre, le soja et les légumes devraient tous subir une baisse de 3 % de leur contenu en nutriments en 2050, à cause de l’élévation du CO2. Dans le blé, céréale particulièrement utilisée en Europe occidentale, les protéines, le fer et le zinc devraient voir leur disponibilité diminuer jusqu’à 12 % en 2050. Les projections après 2050 seraient encore plus alarmantes.

Lire aussi : Le réchauffement climatique réduirait la qualité nutritive des céréales

Les pays déjà affectés par des problèmes d’accessibilité aux nutriments pourraient être les plus touchés. Ainsi, dans le sud de l’Asie, le Moyen-Orient, le sud du Sahara en Afrique, l’Afrique du nord et l’ancienne Union soviétique, les réductions en nutriments seront particulièrement sévères. Ces régions comprennent des pays à revenu faible ou moyen. Comme le rappelle Robert Beach, le principal auteur de cette étude, « En général, les habitants des pays à revenu faible ou intermédiaire reçoivent une plus grande partie de leurs nutriments à partir de sources végétales, qui ont tendance à avoir une biodisponibilité inférieure à celles d'origine animale. » Ces régions comprennent aussi des pays à forte croissance démographique qui auraient besoin de plus en plus de ressources alimentaires à l’avenir.

Des personnes qui ont déjà des apports faibles en nutriments risquent d’être d’autant plus vulnérables au déficit en zinc, fer et protéines. Dans beaucoup de populations d’Asie du sud, les apports en fer sont insuffisants et la situation pourrait donc s’aggraver encore. Par exemple, l’Inde est le pays où la prévalence de l’anémie est la plus élevée au monde.

Timothy Sulser, chercheur à l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), un des auteurs de l’article, explique : « Nous avons récemment beaucoup progressé dans la réduction de la dénutrition dans le monde, mais la croissance de la population mondiale au cours des 30 prochaines années nécessitera une augmentation de la production d'aliments fournissant suffisamment de nutriments. » Il ajoute : « Ces résultats suggèrent que le changement climatique pourrait ralentir les progrès en matière d'amélioration de la nutrition mondiale en rendant simplement les nutriments essentiels moins disponibles qu'ils ne le seraient sans lui ».

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