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La malbouffe tue : 11 millions de morts chaque année dans le monde, et 255 millions de vies affectées, selon un rapport de la Global Burden of Disease.
Près d’un décès sur cinq dans le monde serait lié à une alimentation déséquilibrée, d’après l’étude Global Burden of Disease du prestigieux Lancet qui a publié un état des lieux pour l'année 2017.
La malbouffe désigne des aliments ou des habitudes alimentaires qui, consommés régulièrement, nuisent à la santé. Il s'agit en général d’aliments riches en calories mais pauvres en nutriments essentiels (vitamines, minéraux, fibres), souvent trop riches en sucres ajoutés, sel, graisses trans, et ultra-transformés, contenant de nombreux additifs (arômes, colorants, émulsifiants...). Dans la classification Nova, ces aliments sont Nova 4 (voir encadré ci-dessous). Exemples d'aliments ultra-transformés : plats préparés industriels, biscuits sucrés ou salés, boissons gazeuses sucrées, aliments de fast-food, barres chocolatées, nuggets...
D'après des données publiées en 2023 par le journal BMJ, 31 % des apports énergétiques des adules en France correspondent à des aliments ultra-transformés. Aux États-Unis cette proportion atteint 58 %.
La classification Nova
Nova 1 : aliments non transformés ou peu transformés
Aliments de base frais, séchés, moulus, réfrigérés, congelés, pasteurisés ou fermentés, tels que les fruits, les légumes, les légumineuses, le riz, les pâtes, les œufs, la viande, le poisson ou le lait.
Nova 2 : ingrédients culinaires transformés
Substances habituellement extraites des aliments, non destinées à être consommées en tant que telles, mais à être utilisées dans la préparation d'aliments de base tels que le sel, les huiles végétales, le beurre et le sucre.
Nova 3 : aliments transformés
Produits relativement simples, fabriqués essentiellement avec des aliments naturels ou peu transformés auxquels on a ajouté du sel, du sucre ou d’autres substances d’usage culinaire commun comme l’huile ou le vinaigre. Exemples : légumes en conserve additionnés de sel, produits de viande et de poisson conservés par salage, fromages et pains fabriqués à partir d’ingrédients utilisés pour les préparations culinaires (farine de blé, levure, eau, sel, sucre, beurre….)...
Nova 4 : aliments ultra-transformés
Aliments ayant subi des processus industriels physiques ou chimiques intenses (par exemple, hydrogénation, moulage, extrusion, prétraitement par friture) ou contenant des substances industrielles que l'on ne trouve généralement pas dans les cuisines domestiques, des additifs cosmétiques (colorants, émulsifiants, édulcorants artificiels...) ou des aromes.
Les conséquences de la malbouffe sont désastreuses. De nombreuses études ont démontré les effets néfastes de la consommation excessive d'aliments ultra-transformés sur la santé. Elle est associée à un risque accru de maladies chroniques (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires…).
En 2025, Arte a diffusé le documentaire : Tous accros, le piège des aliments ultra-transformés, qui explique comment les industriels ont conçu ces aliments pour les rendre "irrésistibles" et pourquoi ils menacent notre santé. Il présente notamment le rôle du docteur Carlos Monteiro, directeur du Centre d’études épidémiologiques en santé et nutrition à l’université de São Paulo, qui avait tiré la sonnette d’alarme dès 2009. Son équipe est à l'origine de la classification NOVA (voir encadré ci-dessus).
Le Global Burden of Disease est une étude épidémiologique à l’échelle mondiale financée par la fondation Bill & Melinda Gates. Basée à l'Institut de mesure et d'évaluation de la santé (IHME) de l'Université de Washington à Seattle (États-Unis), elle compile les données de chaque pays du monde sur la mortalité, les principales maladies, les facteurs de risque. Elle examine les tendances depuis 1990 jusqu’à nos jours.
Le rapport publié en 2019 montre que l’espérance de vie s’est allongée : en près d'un demi-siècle, elle a augmenté de 14 ans, passant de 58,4 en 1970 à 72,5 ans en 2016 (75,3 ans pour les femmes et 69,8 ans pour les hommes). Le Japon enregistre l’espérance de vie la plus élevée avec 84 ans et la République de Centrafrique la plus basse avec 50,2 ans. En France, l’espérance de vie est de 81,8 ans : 78,4 ans pour les hommes et 85,2 ans pour les femmes.
Par ailleurs, la mortalité diminue chez les jeunes enfants. En 2016, moins de cinq millions d’enfants de moins de cinq ans sont décédés. Cette baisse est significative par rapport à 1990, année au cours de laquelle 11 millions d'enfants sont décédés et 1970 (16,4 millions de morts). En revanche, 72 % des décès dans le monde étaient causés par des maladies non-transmissibles, comme les maladies cardiovasculaires ou le diabète, souvent liées au mode de vie (alimentation, activité physique, tabac, alcool, etc.). Le tabac serait responsable d’environ 7 millions de décès dans le monde.
Les gens vivent plus longtemps, mais paradoxalement ils passent aussi plus d’années malades. L’obésité en est une des principales raisons même si une glycémie élevée peut aussi conduire à un risque de diabète, d’hypertension, un IMC élevé. Une mauvaise alimentation, en particulier si elle est pauvre en fibres, légumineuses, céréales complètes, fruits et légumes, noix, oméga-3 marins et acides gras polyinsaturés, mais aussi trop salée et riche en boissons sucrées est associée à 11 millions de décès (18,8 % des décès) dans le monde. Si ce chiffre vous paraît déjà colossal, c'est peu à côté des 255 millions de personnes qui ont vu leur qualité de vie alterée par une mauvaise alimentation en 2017.
Les principaux changements alimentaires observés dans le monde sont liés à l'urbanisation croissante, la technologie, et les ressources allouées à l'alimentation. Avec l'urbanisation, on consomme moins d'aliments produits localement et de plus en plus d'aliments produits par d'autres. Les marchés sont remplacés par des supermarchés qui proposent des aliments industriels, ultra-transformés, riches en énergie. Comme l'explique le chercheur français Anthony Fardet dans Halte aux aliments ultra-transformés ! Mangeons vrai, ces aliments souvent peu chers remplacent les aliments traditionnels aussi bien dans les pays développés que ceux en voie de développement. En effet, on remarque, dans le nouveau rapport, que les facteurs de risques alimentaires sont sensiblement les mêmes, indépendamment du niveau socio-démographique des pays concernés.
Les pays où l'on consomme le plus d'aliments ultra-transformés sont aussi ceux qui sont les plus touchés par l'obésité comme le montre une étude récente conduite en Europe. La solution consiste à revenir à une alimentation peu transformée. Anthony Fardet conseille que les aliments ultra-transformés représentent "moins de 15 % des calories quotidiennes".
D'après une vaste étude parue en 2024 dans BMJ, les aliments ultra-transformés sont associés à 32 effets nocifs sur la santé. Selon ces résultats, les personnes qui consomment le plus d’AUT ont un risque accru de nombreux problèmes de santé comme l’obésité, et de décès prématurés notamment par maladies cardiaques, diabète de type 2. Ils ont aussi une plus mauvaise santé mentale.
Les personnes qui consomment le plus d'aliments ultra-transformés présentent notamment plus de risque de souffrir d'anxiété et de symptômes dépressifs. En effet, un régime pauvre en nutriments essentiels, avec un indice glycémique (IG) élevé et riche en sucres ajoutés peut entraîner une mauvaise santé mentale. Ce type d’alimentation a un impact sur l'insuline, une hormone qui influence l'humeur, diminue les niveaux neuronaux de sérotonine et de dopamine et augmente la neuroinflammation. La consommation d’aliments ultra-transformés a un impact sur le microbiote et augmente l’inflammation.

Voici quelques conseils pour arrêter de consommer ces aliments :
Oui, d'après ce rapport, la mauvaise alimentation est une cause de décès plus importante que le tabac dans le monde.
Les aliments ultra-transformés associent souvent des graisses et des sucres dans des proportions soigneusement étudiées pour avoir un effet addictif, ce qui explique que même lorsqu'on sait les identifier on ait du mal à s'en passer. Ils sont aussi mangés plus rapidement, ce qui conduit à avaler plus de calories par minute, soit bien avant que les signaux de satiété se déclenchent. Ce pourrait être l’une des manières dont les aliments ultra-transformés font grossir.
Le Dr Anthony Fardet alerte en ces termes : "Si la matrice conditionne la biodisponibilité des nutriments, elle a aussi une influence sur la satiété. La satiété est un paramètre qui a été trop longtemps négligé pourtant elle est cruciale car elle est directement reliée aux problèmes de surpoids et d’obésité. Des aliments peu satiétogènes incitent à grignoter entre les repas, et souvent à la faveur d’aliments ultra-transformés à index glycémique élevé, riches en énergie et pauvres en composés bioactifs protecteurs."
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