Manger des aliments ultra-transformés, un bon moyen de devenir obèse

Par Juliette Pouyat - Journaliste scientifique Publié le 26/10/2016 Mis à jour le 09/12/2020
Actualité

Les aliments ultra-transformés, appréciés pour leur aspect pratique  favorisent surpoids et obésité.

Pourquoi c'est important 

Aujourd'hui en France, 16% de la population est obèse et près d'une personne sur deux est en surpoids. Et la France n’est pas une exception. Partout l’obésité fait des ravages. La consommation excessive d'aliments ultra-transformés (AUT) serait probablement une des causes de cette "épidémie", comme le montrent plusieurs études d'observations récentes. Pourtant il est possible de faire de bons choix nutritionnels, même au supermarché.

Voyons ce que disent les différentes études dans le monde.

En Amérique

L'étude américaine NHANES, publiée en 2018 et conduite sur près de 16 000 personnes, montre que les adultes qui consomment le plus d'AUT ont un risque significativement plus élevé de surpoids, d'obésité, de tour de taille et de graisse abdominale importants.

Plusieurs études prospectives ont étudié l’association entre des composants alimentaires spécifiques et l’obésité. Une étude qui a analysé 3 cohortes américaines a montré que la consommation de produits alimentaires tels que bonbons, desserts, viandes transformées, frites et boissons sucrées étaient fortement associée à la prise de poids chez les adultes américains. Idem dans une étude menée dans 13 pays d’Amérique latine entre 2000 et 2013.

Lire : 90% des sucres ajoutés proviennent d’aliments ultra-transformés

Plus récémment, ce sont les Canadiens qui ont fait l'objet d'une étude transversale afin de déterminer s'il existait une corrélation entre la consommation d'AUT et l'obésité. Au Canada, le taux d'obésité est proche de celui de leurs voisins américains avec plus de 25 % de la population atteinte. La consommation d'AUT y est également très importante. Les chercheurs ont évalué celle de 19 363 adultes grâce à un rappel des 24 h (un questionnaire que ce qu'ont mangé les participants la veille), ce qui pose d'emblée certaines limites.

Ce que les scientifiques ont réussi à mettre en évidence, c'est que la consommation de ces aliments est plus élevée chez les hommes, les jeunes adultes, les personnes avec moins d’années d’études, les fumeurs, les personnes physiquement inactives, et celles nées au Canada. Les plus gros consommateurs d'AUT ont, comme on pouvait s'y attendre, 32 % de risque en plus d'être obèse comparé aux petits consommateurs. En revanche, les investigateurs précisent qu'après ajustement sur le sexe, l’âge, le niveau de scolarité, le revenu, l’activité physique, le statut de fumeur, le statut d’immigrant et la zone de résidence, le risque moyen n'était augmenté que de 5%.

En Espagne

Une étude espagnole parue dans l’American Journal of Clinical Nutrition, menée sur une durée d’environ 9 ans, rapporte de son côté que les personnes qui consomment le plus d’AUT ont un risque de surpoids ou d’obésité augmenté de 26%. Selon les données recueillies, les types d’AUT les plus consommés étaient la charcuterie, les biscuits et cookies, les boissons sucrées et des bonbons. 

« Tous ces aliments ultra-transformés sont fabriqués par de puissantes entreprises agro-alimentaires qui orientent leur marketing sur le manque de temps du consommateur et la facilité et la rapidité d’utilisation de leurs produits » expliquent les auteurs de l'étude espagnole. Mais ces aliments sont nutritionnellement déséquilibrés et ont une teneur énergétique élevée, des quantités de sucres ajoutés et de graisses élevées et sont pauvres en micronutriments et en fibres. « Cette composition nutritionnelle est provoquée par les différentes transformations subies par l’aliment comme l’élimination d’eau qui augmente la durée de vie et réduit les frais de transport mais augmente la densité énergétique ». Pour conférer une plus grande stabilité à ces aliments, de nombreux additifs synthétiques leur sont également ajoutés.

Au Royaume-Uni

En 2020, des chercheurs de l’université de São Paulo (Brésil) et de l’Imperial College (Londres) ont publié une étude sur le lien entre la consommation d’aliments ultra-transformés et l’obésité au Royaume-Uni. Les auteurs ont analysé les données de plus de 6 000 adultes, âgés de 19 à 96 ans, qui faisaient partie de l’étude UK National Diet and Nutrition Survey entre 2008 et 2016. Les participants ont été séparés en quatre groupes en fonction de leur consommation d’aliments ultra-transformés. Les résultats sont parus dans PLOS One.

Ils indiquent que par rapport aux personnes qui mangeaient le moins d’aliments ultra-transformés, celles qui en mangeaient le plus avaient un IMC supérieur de 1,66. Elles avaient aussi 3,56 cm de plus  au niveau de la taille et 90% de risque en plus d’être obèse. Une élévation de 10 % de la consommation en aliments ultra-transformés se traduit par des augmentations de 0,38 de l’IMC, de 0,87 cm du tour de taille et de 18% du risque d’obésité. L’étude confirme dans un échantillon représentatif de population que la consommation d’aliments ultra-transformés augmente le risque d’obésité, aussi bien chez les hommes que les femmes.

En Australie

En décembre 2020, une nouvelle étude parue dans Nutrition and Diabetes a publié des résultats concernant la population australienne. Dans ce pays également, la consommation de produits ultra-transformés a augmenté au cours des dernières décennies.

Les auteurs ont étudié 7411 Australiens de plus de 20 ans qui faisaient partie de l’étude National Nutrition and Physical Activity Survey 2011–2012. Les participants ont répondu à des questionnaires alimentaires sur deux journées non-consécutives.

Là aussi, les auteurs ont trouvé une association entre la consommation d'AUT et l’obésité. Les participants étaient séparés en cinq groupes en fonction de leur consommation d'AUT. Par rapport aux 20 % de personnes qui  en consommaient le moins, les 20 % de ceux qui en mangeaient le plus avaient :

  • un indice de masse corporelle (IMC) significativement plus élevé (+0,97),
  • un tour de taille plus élevé (1,9 cm),
  • 61 % de risque d’obésité en plus,
  • 38 % de risque en plus d’obésité abdominale.

Ces associations existaient quels que soient l’âge, le sexe ou le niveau d’activité physique.

Lire aussi : Les aliments ultra-transformés poussent à manger plus selon une étude d'intervention

En pratique

Les études se multiplient mais le lien de causalité est difficile à déterminer à l'aide d'études d'observation même s'il semble indéniable que ces aliments jouent un rôle prépondérant dans l'obésité. 

Néanmoins, en matière d’alimentation, les aliments ultra-transformés sont certainement ce que l’on peut faire de pire : ce sont des produits alimentaires et des boissons dont la fabrication comporte plusieurs étapes et techniques de transformations et qui font appel à une variété d’ingrédients dont beaucoup sont utilisés exclusivement par l’industrie. Ces produits sont souvent prêts à manger, à boire ou à réchauffer. Des produits typiquement consommés sous forme de snacks et desserts ou de repas rapides, qui remplacent les plats qu’on préparerait à partir d’ingrédients naturels. Ils peuvent être mangés occasionnellement, mais en France, ils entreraient pour plus de 30% dans la ration alimentaire, contre près de 60% aux Etats-Unis.

Ces produits ne sont pas correctement identifiés par les applications qui "flashent" les aliments (hormis l'application SIGA). Il est donc important de décrypter les étiquettes comme le fait depuis plusieurs années LaNutrition.fr avec la série des guides "Le Bon choix", qui liste les meilleurs produits industriels. 

Pour aller plus loin : Comment se désintoxiquer des aliments ultra-transformés

La sélection

Publicité

Les meilleurs livres et compléments alimentaires sélectionnés pour vous par NUTRIVI, la boutique de la nutrition.

Découvrir la boutique logo Nutrivi

A découvrir également

Back to top