Polémique sur les oméga-3 : sont-ils vraiment efficaces ?

Par Lanutrition.fr Publié le 26/09/2012 Mis à jour le 10/03/2017
Une récente étude sème le doute sur le bénéfice des suppléments d'oméga-3 pour la santé cardiovasculaire.LaNutrition.fr vous explique tout.

Le 12 septembre 2012 une prestigieuse revue médicale Américaine, le JAMA (The Journal of the American Medical Association) a publié une méta-analyse (une analyse d’un grand nombre d’études) pour évaluer le lien entre la consommation de compléments alimentaires d’acides gras oméga-3 issus du poisson et le risque de maladies cardiovasculaires. Dans cette analyse les chercheurs ont réuni les données de 20 études, totalisant alors des informations sur plus de 68 680 personnes. La conclusion de l’étude était que la supplémentation en acides gras oméga-3 du poisson n’a pas d’impact sur la mortalité cardiovasculaire ni même sur la mortalité toutes causes confondues. En sciences, une méta-analyse bien conduite a une valeur considérable et la presse s’est donc empressée de rapidement diffuser l’information : les oméga-3 seraient inefficaces pour nous protéger des maladies cardiovasculaires. En revanche, voici ce que les médias ne vous ont pas dit :

Des patients très particuliers

Dans leur étude, les chercheurs Grecs ont souhaité analyser l’impact d’une supplémentation en oméga-3 dans le cadre de la prévention primaire, c’est-à-dire déterminer si les oméga-3 diminuent le risque de maladies cardiovasculaires chez les personnes n’ayant jamais eu de maladie de ce type, mais aussi dans le cadre de la prévention secondaire, c’est-à-dire déterminer si les oméga-3 diminuent le risque de maladies cardiovasculaires chez les personnes ayant déjà connu un évènement (infarctus, etc.).

Malheureusement les chercheurs n’ont pas réussi à obtenir de données suffisamment importantes et fiables sur la prévention primaire. L’étude concerne donc presque uniquement des personnes déjà malades et toutes traitées avec un ensemble de médicaments, en particulier des statines, des médicaments anti-cholestérol. Problème : non seulement les statines sont inefficaces (lire notre article) pour diminuer le risque de maladies cardiovasculaires mais de plus plusieurs études récentes ont mis en évidence que ces médicaments pourraient bloquer les effets bénéfiques des oméga-3 (à lire en cliquant ici). Les chercheurs eux-mêmes signalent que la multitude de médicaments utilisés par les malades rend difficile l’interprétation des résultats.

Des études sélectionnées dans le doute

Cette autre lacune est mise en avant par les chercheurs dans leur étude : lorsque des scientifiques veulent construire une méta-analyse ils doivent récolter un maximum d’études qui soient compatibles entre elles pour pouvoir être analysées. Dans cette méta-analyse, les chercheurs ont sélectionné les études randomisées et en double-aveugle, c’est-à-dire dans lesquelles les malades ont reçu soit un placebo soit des oméga-3 mais ni les patients ni les médecins ne savaient qui prenaient le véritable traitement. Ces études sont plus fiables car elles permettent d’écarter des biais méthodologiques comme celui lié à l’effet placebo. En revanche, des études dites « open-label » ont également été intégrées dans cette méta-analyse, il s’agit d’études sans double aveugle. Pour améliorer la solidité des résultats, il aurait fallu exclure de telles études de l’analyse mais les chercheurs reconnaissent que cela aurait alors conduit à abandonner plus de la moitié de toutes les études retenues, rendant alors le résultat peu intéressant.

Des doses trop faibles ?

Sur l’ensemble des études analysées par les chercheurs, l’apport moyen en oméga-3 était de 1510 mg sous forme d’un mélange d’acides gras EPA et DHA. Une dose élevée, mais qui peut-être insuffisante chez des patients malades. En effet, les oméga-3 sont prescrits depuis longtemps (y compris en France) et partiellement remboursés pour le traitement de l’hypertriglycéridémie (taux de triglycérides élevé dans le sang), un facteur de risque cardiovasculaire majeur. Mais pour être efficaces sur l'hypertriglycéridémie, les doses utilisées doivent être au minimum deux fois plus importantes (1, 2). Les chercheurs déclarent d’ailleurs que : « il y a un challenge d’interprétation compte tenu des effets connus des oméga-3 sur les triglycérides sanguins, l’hypertension ou certains troubles du rythme cardiaque. »

Des résultats contradictoires

Il existe au moins 4 méta-analyses de qualité parues ces dernières années qui ont examiné le bénéfice des suppléments d'oméga-3 sur la mortalité cardiovasculaire (3, 4, 5, 6). Toutes ont conclu à un bénéfice.

Ces résultats contradictoires s'expliquent peut-être par le fait que les études de supplémentation en oméga-3 de poisson sont de plus en plus biaisées. Les patients qui ont une maladie cardiovasculaire se renseignent. Ils lisent que le poisson est bon pour le coeur. Dans les groupes dits placebo, comme dans les groupes d'intervention on mange beaucoup de poissons gras, ce qui fait qu'un essai clinique est probablement de moins en moins capable de montrer un bénéfice des suppléments d'oméga-3. Il faudrait analyser séparément études anciennes et études récentes - ce qui n'est jamais fait - plutôt que de cumuler des résultats issus d'études qui reflètent des comportements alimentaires bien différents selon les époques auxquelles elles ont été menées.

Enfin, ces études ne s'intéressent qu'aux oméga-3 du poisson car c'est le plus souvent sous cette forme qu'ils sont trouvés dans le commerce, et pas aux oméga-3 végétaux qui sont probablement tout aussi importants.

Il est donc abusif de la part des médias grand public (dont les journalistes n'ont généralement pas les compétences scientifiques suffisantes) de titrer comme on l'a vu partout, que "les oméga-3 ne servent à rien."

LaNutrition.fr recommande donc toujours de consommer des poissons gras riches en oméga-3 pour maintenir sa santé cardiovasculaire (lire nos articles pour bien choisir vos poissons) ainsi que de l’huile de colza qui contient d’autres oméga-3 bénéfiques et éventuellement de l’huile de lin, en particulier si vous êtres végétarien ou végétalien (lire nos articles pour bien choisir ses matières grasses). Si vous utilisez des compléments alimentaires car votre alimentation est trop pauvre en oméga-3 ou si vous les utilisez dans la prévention de problèmes cardiovasculaires nous vous conseillons de consulter nos dossiers et les conseils du Dr Michel de Lorgeril auteur "Prévenir l'infarctus" (lire un extrait ICI  >>).

Références

Rizos EC, Ntzani EE, Bika E, Kostapanos MS, Elisaf MS. Association between omega-3 fatty acid supplementation and risk of major cardiovascular disease events: a systematic review and meta-analysis. JAMA. 2012 Sep 12;308(10):1024-33.

(1) McKenney JM, Sica D. Prescription omega-3 fatty acids for the treatment of hypertriglyceridemia. Am J Health Syst Pharm. 2007 Mar 15;64(6):595-605.

(2) Roth EM, Bays HE, Forker AD, et al. Prescription omega-3 fatty acid as an adjunct to fenofibrate therapy in hypertriglyceridemic subjects. J Cardiovasc Pharmacol. Jul 10 2009.

(3) Zhao YT, Chen Q, Sun YX, et al. Prevention of sudden cardiac death with omega-3 fatty acids in patients with coronary artery disease: a meta-analysis of randomized controlled trials. Ann Med. 2009;41(4):301-10.

(4) Marik PE and Varon J. Omega-3 dietary supplements and the risk of cardiovascular events: a systemic review. Clin Cardiol. 2009;32(7):365-72.

(5) León H, Shibata MC, Sivakumaran S, et al. Effect of fish oil on arrhythmias and mortality: systemic review. BMJ. 2008;337:a2931.

(6) Bucher HC, Hengstler P, Schindler C, et al. N-3 polyunsaturated fatty acids in coronary heart disease: a meta-analysis of randomized controlled trials. Am J Med. 2002;112(4):298-304.

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