Jean-Marie Robine : « La restriction calorique peut aussi diminuer la longévité »

Par Lanutrition.fr Publié le 20/01/2010 Mis à jour le 10/03/2017
Jean-Marie Robine est directeur du laboratoire démographie et santé de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Pour lui l’équation restriction calorique égal augmentation de la longévité est simpliste.

 

LaNutrition.fr : Pensez-vous que la restriction calorique soit un moyen efficace d’augmenter l’espérance de vie ?

Jean-Marie Robine : C’est loin d’être aussi simple que ça. On observe depuis quelques années à la fois dans la communauté scientifique et des les médias un engouement pour la restriction calorique, présentée comme le moyen ultime d’augmenter la longévité. Le problème, c’est que la plupart des scientifiques qui travaillent sur ce sujet sont passionnés par la restriction calorique et ont tendance à ne présenter que les résultats des études qui y trouvent des bénéfices. En réalité les choses ne sont pas si simples. D’une part chez l’homme nous n’avons aucun résultat qui permette d’affirmer que la restriction calorique augmente la longévité, d’autre part les études chez l’animal ne sont pas toutes positives.

 

Que montrent les études négatives ?

Une étude intéressante menée sur des souris a été présentée à Atlanta en novembre 2009 lors du dernier congrès de la Société américaine de gérontologie par le professeur James Nelson (1). Souvent les chercheurs utilisent pour ces travaux des groupes de rongeurs qui ont tous le même patrimoine génétique. Cette fois-ci, les chercheurs ont étudié les effets de la restriction calorique chez différentes espèces de souris. Ils ont constaté que la restriction calorique augmentait la longévité chez un tiers des souris. Un autre tiers n’a pas vu son espérance de vie modifiée. Et enfin, chez le dernier tiers, la restriction calorique a provoqué une diminution de l’espérance de vie ! Il semble que la restriction calorique ne marche que chez des sous groupes particuliers en fonction du patrimoine génétique.

 

Sait-on pourquoi certaines souris vivent moins longtemps sous restriction calorique ?

On ne connait pas les causes de cette baisse de longévité provoquée par la restriction calorique. En revanche les chercheurs ont observé qu’elle intervenait chez les animaux qui vivent naturellement plus longtemps. A l’inverse, chez les souris qui ont naturellement une espérance de vie plus courte, la restriction calorique permettait d’augmenter la longévité.

 

L’équation je mange moins, je vis plus longtemps est donc simpliste ?

Oui, d’autant plus que chez l’homme nous n’avons aucune preuve que la restriction calorique est efficace. Et même les études menées sur les animaux qui donnent des résultats positifs sont discutables. J’ai moi-même été très surpris lorsque j’ai appris comment sont menées certaines études. En théorie, les animaux sont censés être nourris avec une ration qui leur apporte 30 % de calories en moins tout en maintenant un régime alimentaire équilibré qui apporte les vitamines et minéraux nécessaire. En pratique, ce protocole est extrêmement contraignant. Une doctorante qui est partie travailler sur la restriction calorique aux Etats-Unis m’a révélé que dans la réalité, les choses sont bien différentes : la plupart des études utilisent un protocole appelé « eat an other day », les souris sont nourries à volontés une journée et privées de nourriture le lendemain. C’est certes beaucoup plus facile à mettre en place, mais nettement moins rigoureux… Interpréter les résultats de ces études en disant que la restriction calorique augmente la longévité est simpliste.

(1) Genetic Variation in the Longevity Response to Calorie Restriction: From Life Extension to Life Shortening James F. Nelson University of Texas Health Sciences Center

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