Okinawa : mieux vivre grâce au livre de Jean-Paul Curtay

Par Lanutrition.fr Publié le 07/11/2006 Mis à jour le 10/03/2017
Le livre de Jean-Paul Curtay Okinawa, un programme global pour mieux vivre est sorti mercredi 8 novembre en librairie. Thierry Souccar, avec lequel il a écrit deux ouvrages ces dix dernières années, l’a interrogé sur ce nouveau livre et ses développements.

Découvrez également grâce aux extraits publiés par LaNutrition.fr quels sont les grands axes de ce programme et pourquoi le phénomène Okinawa est menacé...

Jean-Paul Curtay : Okinawa est une légende depuis 2200 ans, flottant dans l’imaginaire de la littérature chinoise. On pensait que des îles de l’Est abritaient la vie de centenaires heureux… Les empereurs envoyaient régulièrement des explorateurs-espions pour essayer de percer le secret de l’Archipel de la Longévité. Or aujourd’hui les études de Makoto Suzuki et des frères Willcox objectivent cette légende. Okinawa détient le record mondial de la longévité. On y compte 54 centenaires pour 100 000 habitants contre 26 en France. On y a enregistré 15% des super-centenaires de 110 ans et plus, alors que l’Archipel ne compte que 0,002% de la population mondiale. Seulement 3% des centenaires sont grabataires. Les maladies qui nous affectent le plus gravement, qui sont chez nous les principales causes de mortalité, les maladies cardiovasculaires et les cancers de sein et de la prostate ont une fréquence réduite de 80%. Les scores de qualité de vie, de démence, d’ostéoporose, les analyses sanguines sont du même ordre… exceptionnel.

 

Combien de temps as-tu passé sur place ?

Trois semaines, un régal. Regret de ne pas avoir pu faire le « touriste », car il y a de très beaux fonds sous-marins, des édifices anciens royaux, une kyrielle de petites îles magnifiques…

 

En quoi le livre est-il différent de ceux déjà parus ?

La diversité des portraits des centenaires permet de se rendre compte de manière vivante de leur bien vieillir réussi ainsi que des moyens mis en œuvre.

La description de l’état de santé des centenaires n’avait pas non plus été développée avec des données chiffrées dans les ouvrages précédemment parus en France.

Mais l’aspect le plus important de ce livre, qui est aussi original par rapport aux ouvrages des frères Willcox et de Makoto Suzuki, c’est l’adaptation aux aliments et habitudes occidentales des clés identifiées de la réussite en longévité-santé des anciens d’Okinawa, non seulement sur le plan alimentaire, mais aussi sur le plan de l’art de vivre.

 

Quels sont les aliments vedettes à Okinawa ?

Les habitants de cette île ont le génie de concentrer des aliments sources majeures d’antioxydants, comme le curcuma. Le curcuma est quasi inconnu au Japon, mais il est mis partout y compris dans le thé. On mange des patates douces violettes, de l’ail noir… Le goya se trouve aussi à Madagascar et en Chine, peut-être ailleurs, mais il est très consommé, c’est peu dire, c’est la mascotte d’Okinawa… Il s’avère hypoglycémiant. Des compléments sont vendus déjà en Angleterre, au Canada… Les infusions de feuilles de goyavier sont très prisées aussi…

Ce qui frappe avec le modèle alimentaire d’Okinawa, c’est qu’il est proche de celui que conseillait Jean Seignalet

Il n’y a pas de gluten, pas de laitages – la patate douce était la nourriture de base, puis le riz a pris de l’importance avec la « japonisation », mais le gluten est absent… le fait qu’il n’y ait pas de laitages est moins original car c’est quasiment le cas de toute l’Asie.

 

Quelle est la place du soja à Okinawa ?

Le record mondial de consommation. Les enfants mangent forcément du soja puisqu’il est présent à chaque repas, ne serait-ce déjà que sous la forme d’une soupe de miso avec des morceaux de tofu dedans… Les phytoestrogènes modulent les hormones, mais faiblement. Donc il y a très peu de risques d’interférence avec les différenciations sexuelles. Par contre la consommation précoce réduit efficacement les risques de cancers du sein et de la prostate en atténuant l’aggresivité des hormones d’une part et d’autre part parce que les phyto-oestrogènes se sont révélés de très puissants géno-protecteurs antioxydants, capables de faire baisser le 8OHdG, marqueur de l’intensité des lésions sur les gènes.

 

En lisant ton livre, on découvre avec surprise que ce sont des bouffeurs de porc !

Oui, surtout du porc fondu avec les morceaux préférés que sont les pieds et le museau, donc beaucoup de cartilages bons pour les articulations. De toutes manières leurs porcs courent et mangent des végétaux naturels, ce qui fait que, comme le porc noir de Bigorre, leurs graisses sont surtout mono-insaturées.

 

Autre surprise : ils mangent peu de fruits

C’est étonnant, mais ils mangent beaucoup plus de légumes, environ 7 par jour. Les fruits sont des produits de luxe, chers, emballés un par un dans un papier. On les offre en cadeau comme nous offrons des fleurs.

 

Tout n’est pas parfait sur le plan alimentaire !

Il y a des points faibles, l’absence d’huile d’olive, de vin. L’awamori est probablement moins cardio-protecteur et moins antioxydant que le vin rouge. Ils utilisent l’huile de colza, ce qui est une bonne idée pour les oméga 3, mais pas une bonne idée pour cuire. Même s’ils ne font pas beaucoup de fritures, ils utilisent beaucoup le wok. L’huile d’olive serait bien meilleure pour le wok. Par aillleurs elle contient un puissant antioxydant, l’hydroxytyrosol.

 

Il ne faut pas copier bêtement, mais prendre le meilleur de chacun des mondes…

Oui, et ceci en intégrant les points forts des autres études, par exemple l’huile d’olive ou le vin rouge de la méditerranée, la tomate contre le cancer de la prostate, et les autres données récoltées à travers les recherches sur alimentation et santé dans le monde entier. Les conseils alimentaires ne donnent pas de bons résultats s’ils sont donnés tels quels. C’est l’expérience que je tire de 26 ans d’expérience et de pratique en nutrithérapie. Car la relation à l’aliment est avant tout affective et « psychotrope ». On attend d’abord d’un aliment un bien-être, ensuite seulement de l’énergie et en dernier des nutriments. Donc donner le conseil de manger quelque chose pour ce qu’il y a dedans, ce n’est pas très efficace. C’est la raison pour laquelle j’ai développé considérablement la question du « rapport aux aliments ».

 

Quel est-il ?

J’ai resynthétisé les connaissances de la neurobiologie sur le comportement alimentaire, l’importance du cerveau « reptilien » pulsionnel, l’attachement « endorphinique » à toutes les habitudes, qu’elles soient bonnes ou mauvaises pour que le lecteur puisse contempler les tenants et aboutissants de sa relation à la table. Pour qu’il puisse reprendre sa liberté de choix, le livre donne des outils qui permettent de moduler le comportement alimentaire, de ne pas avoir peur d’avoir faim, de ne pas laisser le stress parasiter la relation à l’aliment (qui tourne au remplissage stomacal), de remplacer les prédations déplacées sur la nourriture par d’autres façons de se satisfaire et de garder son équilibre, de se resensibiliser à la satiété, d’amplifier la dégustation des saveurs, de disposer de gestes de substitution quand on va « craquer », de gérer les occasions festives… Toutes ces techniques sont particulièrement importantes par rapport aux quantités caloriques ingérées, puisque l’optimisation vers le bas des prises caloriques est l’un des éléments-clés du Programme.

 

CRAIG WILLCOX COORDINATEUR DE L'ETUDE DES CENTENAIRES D'OKINAWA AVEC JEAN PAUL CURTAY

Justement, ce qui est fascinant, c’est de voir à quel point le modèle d’Okinawa recoupe les dernières découvertes sur le vieillissement et en particulier la restriction calorique.

Le modèle d’Okinawa est en excellente accordance avec les découvertes de la gérontologie expérimentale sur les effets spectaculaires de la restriction calorique, sur l’importance du stress oxydatif et de la glycation dans la longévité et la santé. Le seul problème est que proposer la restriction calorique n’a aucune chance d’être massivement suivi par la population. Il était donc essentiel de développer tout un « armatorium » qui permette non seulement de manger facilement moins, mais avec plaisir. Je dirais même avec plus de plaisir qu’avant. Car plus on goûte, plus la satiété vient rapidement. Evidemment cela ne suffit pas, il y a de nombreuses astuces, déjà utilisées à Okinawa, d’autres non, qui permettent de se lever de table léger et tonique, sans se priver, au contraire. Prendre un moment pour soi avant chaque repas pour ne pas arriver stressé devant l’assiette, augmenter la part des végétaux par rapport aux produits d’origine animale, émincer, servir dans de petites assiettes, etc… Et, encore plus profondément, prendre conscience que l’on a tendance à se « venger » sur la nourriture, parfois aussi l’alcool ou la cigarette – toutes consommations faciles -, des frustrations affectives, sexuelles, professionnelles, créatives. Cela amène à parler dans ce livre du développement personnel, de la réalisation de soi, de la créativité.

 

Donc l’aliment ne fait pas tout, il y a ce que nous en faisons, et ce que nous faisons de notre vie?

Si l’on veut vivre longtemps et en bonne santé, on ne peut pas faire l’économie d’une redirection des investissements détournés sur des consommations « narcotisantes » (on peut y ajouter la « télénarcose » et bien d’autres consommations plus compulsives que significatives) vers ce qui fait vraiment sens pour soi, même si c’est un chemin plus long que celui qui mène au frigo ou au paquet de clopes. Les centenaires ne durent pas seulement parce qu’ils ont de bonnes habitudes alimentaires. C’est aussi parce que leur vie fait sens. Ils n’abandonnent pas leurs espoirs, leurs rêves, même en cas de coups durs. Ils gardent quotidiennement en tête le désir d’aller plus loin et de contribuer au mieux à embellir la vie et le monde. Et ceci sans attente de résultat. Je dirais pour la beauté de l’expérience. Et souvent ils gagnent.

 

Y a –t-il une philosophie d’Okinawa ?

Ils sont très courageux dans l’adversité, je les trouve très résilients, centrés sur acceptation du présent : qu’est-ce qu’on en fait ? On avance… Je dis bravo.

Les Okinawaïens ne sont pas dans une course effrénée à la compétition, à la prédation, comme chez nous ou au Japon. Ils se voient reliés au Grand Tout, à leurs ancêtres, aux autres, ils sont heureux de transmettre. Ils préfèrent une bonne vie, rire, être ensemble que l’argent et le prestige.

 

Quelle est la place des plus âgés ?

Okinwaw, c’est la célébration de l’âge, la reconnaissance de la personne âgée. On montre ses vieux, on les habille, on les touche…Il y a une fête qui honore les anciens, habillés de soie rouge, avec de petits moulins d’enfants qui tournent, on les ballade à l’arrière des voitures, on les touche car s’ils sont arrivés là c’est qu’ils contiennent une richesse, un savoir-vivre, ils portent chance, ils inspirent.

 

Les centenaires d’Okinawa nous montrent la voie…

Les anciens d’Okinawa ont été une sorte de groupe d’avant-garde du mieux-vivre. Ils ont intuitivement adopté ce que la gérontologie expérimentale et la médecine préventive modernes amènent aujourd’hui à recommander : des quantités caloriques faibles, une optimisation du rendement énergétique (faire en sorte que les mitochondries produisent plus d’énergie avec moins de calories), des apports très riches en nutriments protecteurs : antioxydants, oméga 3 et magnésium, des doses « pharmacologiques » de phyto-oestrogènes, du mouvement en permanence… et aussi ce que recommandent les psychologues contemporains : de puissants outils de gestion du stress, d’intenses réseaux de soutien, de la résilience, un recadrage cognitif quotidien qui permet à l’ego de se relier à une réalité plus vaste, l’investissement à 100% dans le présent (le « flow » de Csikzentmihalyi), la réalisation créative de soi, l’humour... Ils pratiquent collectivement cet art du mieux-vivre depuis au moins 2200 ans ! Et avec les résultats que l’on connaît. De quoi donner envie !

 

L’envie c’est bien, mais la lecture d’un livre suffit-elle ?

Un tel programme ne marche qu’intégré définitivement dans le quotidien. Or nous avons des emplois du temps bien remplis, des habitudes bien ancrées, des environnements, ce que font les autres, la pub, les produits les plus faciles à trouver… plus que décourageants… Un livre peut aider, mais ne suffira pas la plupart du temps. Donc pour la première fois, j’ai décidé de compléter le livre par deux outils d’aide au changement : une Pause Santé et le Parcours Okinawa. La Pause Santé permet dans l’environnement favorable d’un centre de vacances du Sud de la France, en six jours, d’entrer dans le Programme avec l’aide des menus concoctés par Rose Razafimbelo et d’un multi-coaching comprenant 6h sur la familiarisation avec les conseils alimentaires, les produits, les modes de préparation et les outils de nouveaux rapports aux aliments, dont un enchaînement qui associe respiration complète, mouvement, techniques asiatiques d’énergétisation et gestion du stress « Recharge-Décharge », 6h sur l’introduction dans le quotidien d’activités physiques permettant de développer tonus des membres, abdos, dorsaux, souplesse, capacité d’adaptation cardiovasculaire, 6h de Qi Gong (Chi Kung), un massage chinois chaque jour, sauna, hammam.

 

En quoi consiste le Parcours Okinawa ?

C’est un « télécoaching » quotidien sur 9 mois où par des vidéos j’accompagne avec des invités le lecteur à se familiariser avec tous les outils : conseils alimentaires, libération des rapports de dépendance aux aliments (aussi valable pour la cigarette, l’alcool et les autres dépendances délétères), respiration complète, mouvements, l’enchaînement Recharge-Décharge (qui s’appelle ainsi car il s’agit d’une décharge des tensions, émotions négatives et d’une recharge en énergie, émotions positives), outils de gestion du stress, etc… Ensuite, je les accompagne pour leur faciliter l’intégration de tous ces outils dans le quotidien, de manière à ce qu’ils deviennent aussi automatiques que le passage des vitesses dans la conduite d’une voiture. Les outils sont aussi combinés de manière à ce qu’ils nécessitent le minimum de temps. Ils sont placés dans différentes situations, dont beaucoup de temps morts : dans la salle de bains, assis, en voiture… La Pause et le Parcours seront opérationnels au cours du premier trimestre 2007. Une semaine Découverte du Parcours sera accessible dès la sortie du livre.

 

Quels sont tes projets ?

La synergie avec le démarrage de la Pause Santé et avec le Parcours Okinawa. Le blog depuis avril 2006 a été une aventure de communication différente, ouverte, plus libre qu’un livre qui a permis de recontrer des personnages merveilleux (voir Mamiodou ou Edwige…)

Consultez tout le dossier Okinawa de LaNutrition.fr

 

 

Okinawa, un programme global pour mieux vivre

Edition Anne Carrière
300 pages

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