Une étude de Stanford Medicine a dressé le portrait moléculaire de 322 personnes issues de plusieurs continents. Résultat : notre biologie est façonnée à la fois par nos origines et l’endroit où nous vivons.
Après 100 ans, une population rare de cellules immunitaires voit sa proportion augmenter. Une équipe japonaise y voit la trace d’une lutte immunitaire active contre des menaces, en particulier cancéreuses.
C’est peut-être une nouvelle pièce qui explique la longévité des centenaires : la présence de cellules immunitaires qui leur permettrait d’éviter la multiplication et la propagation de cellules cancéreuses.
Notre système immunitaire comporte un type particulier de cellules, les lymphocytes T CD4 cytotoxiques (CTL), dont l’un des rôles est d’éliminer des cellules cancéreuses.
Pour cette étude parue dans la revue Cell Reports, les chercheurs ont analysé le sang de 28 personnes âgées de 70 à 99 ans, de 100 à 109 ans ou de plus de 110 ans. Ils ont alors observé une augmentation de la part des lymphocytes T CD4 cytotoxiques à mesure que la tranche d’âge augmentait : leur proportion médiane passait de 4 % chez les 70-99 ans à 17,6 % chez les 110 ans et plus.
« Les lymphocytes T cytotoxiques CD4 constituent une population de lymphocytes T atypique et relativement rare, explique dans un communiqué le Dr Kosuke Hashimoto, maître de conférences à l’université d’Osaka au Japon, et principal auteur de cette étude. Leur augmentation marquée chez les supercentenaires pourrait donc fournir des indices importants sur la manière dont le système immunitaire est préservé à un âge très avancé. »
Les lymphocytes T cytotoxiques CD4 (CTL) se multiplient lorsque le système immunitaire est attaqué. En comparant les clones dominants trouvés chez les centenaires à ceux d'une base de données, les chercheurs ont trouvé de nombreuses correspondances avec des profils de patients cancéreux. Pourtant, aucun des centenaires étudiés n’avait de cancer diagnostiqué. Cette expansion clonale pourrait donc signaler une réponse immunitaire précoce, potentiellement protectrice, face à des cellules cancéreuses naissantes. « Certains lymphocytes T cytotoxiques CD4 pourraient reconnaître des cibles liées au cancer, même si leurs cibles exactes restent inconnues », explique le Dr Hashimoto.
Ceci ne prouve pas que les cellules CTL sont responsables de la longévité des centenaires, mais cela suggère qu’ils possèdent de bonnes défenses immunitaires, leur permettant de lutter efficacement contre des menaces.
Ces cellules immunitaires ne sont sans doute qu’une partie du secret de la longévité des centenaires. Une étude suédoise parue en 2023 dans GeroScience, menée sur 44 000 participants de la cohorte AMORIS, a comparé les profils sanguins de personnes âgées de plus de 64 ans. 2,7 % de l’échantillon, très majoritairement des femmes, a vécu jusqu’à 100 ans. Les marqueurs associés à une plus grande probabilité d’atteindre 100 ans étaient :
Ceci signifie qu’une bonne santé métabolique et rénale accompagne, elle aussi, l’exceptionnelle longévité.
Au-delà des marqueurs biologiques, le mode de vie reste central. Dans les « zones bleues » (Okinawa, Sardaigne, Icarie, Loma Linda, péninsule de Nicoya), les centenaires partagent une alimentation majoritairement végétale et peu transformée, une activité physique quotidienne et des liens sociaux forts — autant de facteurs qui pourraient, en synergie avec ces défenses immunitaires renforcées, contribuer à une vie longue et en bonne santé.
Les meilleurs livres des éditions Thierry Souccar sélectionnés par la rédaction.
Découvrir la boutique
Une étude de Stanford Medicine a dressé le portrait moléculaire de 322 personnes issues de plusieurs continents. Résultat : notre biologie est façonnée à la fois par nos origines et l’endroit où nous vivons.
Michael Gurven est l'un des anthropologues à avoir testé, sur le terrain amazonien, les grandes théories du vieillissement humain. Pour lui, vieillir n'est pas un accident de l'évolution mais l'une de ses plus remarquables réussites.
Souvent qualifiées d’inutiles, les multivitamines viennent de bénéficier d’une réhabilitation scientifique majeure. Trois études successives issues d’un même essai clinique de grande envergure, l’étude COSMOS, montrent qu’elles peuvent ralentir le vieillissement cognitif chez les personnes âgées.