La bière a-t-elle des bienfaits nutritionnels ? Ce que dit la science

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Apports en vitamines B ou en phytoestrogènes, atouts pour le microbiote… La bière est parfois affublée de qualités nutritionnelles étonnantes. Qu’en est-il vraiment ?

La bière est fabriquée à partir d'eau, de malt (principalement de l'orge), de houblon et de levures. Ce sont ces micro-organismes qui assurent la fermentation et la production d'alcool. Au-delà de l'éthanol, la bière contient des vitamines, des minéraux et des polyphénols. « Pour les « experts », elle offre une grande variété aromatique, qui dépend surtout du type de houblon utilisé, explique le Dr Michel de Lorgeril dans son livre La vérité sur le vin. Les industriels prétendent que leurs bières contiennent d’autres substances, vitamines et oligo-éléments, mais leurs valeurs nutritives sont faibles. Il y a aussi, évidemment, des résidus de pesticides. »

Voyons de plus près ce que contient vraiment la bière

La composition nutritionnelle de la bière

Le contenu en alcool

En termes d’alcool pur, la majorité des bières contiennent 4 à 10 % d’alcool. Même si la bière est moins alcoolisée que le vin, si vous buvez des volumes plus importants, la quantité d’alcool absorbée peut être supérieure. Par exemple : 33 cL de bière à 5 ° apportent environ 12 g d’alcool (voir tableau ci-dessous), soit à peu près autant qu'une verre généreux de vin à 12 °.

Les vitamines B

La bière apparaît comme une source intéressante de vitamines B. Récemment, une étude allemande qui a mesuré la teneur en vitamine B6 de différentes bières (alcoolisées ou non) a trouvé qu’un demi-litre peut couvrir 13 à 16 % des besoins journaliers en vitamine B6. La présence des vitamines B est due aux céréales et à la levure utilisées dans la préparation de la boisson.

Composition nutritionnelle d’une bière à 4-5 ° d’alcool. Source : CIQUAL
  Quantité pour 33 cL de bière à 4-5 ° % des apports journaliers
Énergie 128 kcal  
Protéines 1,28 g  
Lipides 0  
Glucides 10,2 g  
Alcool 11,7 g  
Vitamine B2 (riboflavine) 82 µg 5 %
Vitamine B3 (niacine) 2,4 mg 13-20 %
Vitamine B5 (acide pantothénique) 0,13 mg 2-3 %
Vitamine B6 165 µg Environ 10 %
Vitamine B9 (folates) 18,6 µg 5-6 %
Vitamine B12 0,06 µg 1-2 %
Magnésium 23,7 mg 5-6 %
Phosphore 46,2 mg
 
8 %

Toutefois, ceci ne saurait être une incitation à boire de la bière. La plupart des gens ne sont pas carencés en B6, et la même quantité de vitamine s’obtient facilement grâce à d’autres aliments, comme des pois chiches ou des céréales complètes. Les apports nutritionnels de la bière restent marginaux et les risques liés à la consommation d’alcool bien réels !

Bière et santé : ce que dit la science

Santé cardiovasculaire

En 2016, une vaste étude a été menée par un groupe international d’experts qui est parvenu au consensus suivant : « une consommation faible à modérée (jusqu’à 1 verre par jour chez les femmes, jusqu’à 2 chez les hommes) de bière, sans excès, réduit le risque de maladies cardiovasculaires. Cet effet est similaire à celui du vin, à des quantités d’alcool comparables », disent les auteurs. 

Santé osseuse

En 2009, des chercheurs de l’université Tufts ont analysé les données de 2500 personnes issues de la cohorte Framingham Offspring. Les résultats suggèrent qu’une consommation modérée d’alcool pourrait être bénéfique pour la santé osseuse chez les hommes et les femmes ménopausées. En particulier, par rapport aux non-buveurs, la densité osseuse de la hanche était supérieure (3,4 à 4,5 %) chez les hommes consommant 1 à 2 verres par jour d’alcool total ou de bière. Le silicium semble jouer un rôle dans l’association entre la bière et la densité osseuse.

La bière est en effet riche en silicium, comme l’a montré une étude de l’université de Californie qui a analysé des bières du commerce. « La teneur en silicium des bières commerciales variait entre 6,4 et 56,5 mg/L, disent ses auteurs. Les produits issus d’un malt d’orge avaient tendance à contenir davantage de silicium que ceux issus d’un malt à base de blé, probablement en raison des teneurs élevées en silice présentes dans la couche d’enveloppe conservée de l’orge. Le houblon contient nettement plus de silicium que les céréales, mais, quantitativement, il contribue beaucoup moins que le malt à la production de bière. »

Microbiote

La consommation modérée de bière peut avoir des effets bénéfiques sur le microbiote intestinal, probablement grâce aux polyphénols apportés. En 2023, une petite étude portugaise a mis en évidence cet effet chez 22 hommes en bonne santé qui ont consommé quotidiennement 33 cL de bière avec ou sans alcool pendant 4 semaines. Résultats : « la consommation quotidienne de bière sans alcool ou alcoolisée pendant 4 semaines n’a pas entraîné d’augmentation du poids corporel ni de la masse graisseuse, et n’a pas modifié de manière significative les biomarqueurs cardiométaboliques sériques, disent les auteurs. La bière sans alcool et la bière alcoolisée ont accru la diversité du microbiote intestinal, ce qui a été associé à des effets bénéfiques sur la santé. » 

Poids

33 cL de bière apportent environ 130 calories, ce qui n’est pas négligeable. À titre de comparaison, un verre de vin rouge ou blanc (12,5 cL) apporte environ 95-97 calories.

Lire : Alcools, mocktails : quels sont les moins caloriques ?

Lactation : mythe ou réalité ?

On entend souvent dire que la bière aide à la montée de lait des femmes qui allaitent leur bébé. Est-ce vrai ? Grâce à un polysaccharide de l’orge, la bière pourrait stimuler la sécrétion de prolactine et donc favoriser la production de lait. Mais les preuves solides manquent pour soutenir cet effet. De manière générale, il n’est pas recommandé de boire des boissons alcoolisées pendant l’allaitement. Vous pouvez cependant vous orienter vers une bière sans alcool pour rechercher cet effet. 

Des phytoestrogènes dans la bière

La bière est la principale source alimentaire d’isoxanthohumol, un précurseur de phytoestrogène. Les phytoestrogènes étant réputés pour atténuer les symptômes de la ménopause, des chercheurs de l’université de Barcelone ont voulu savoir si une consommation quotidienne modérée de bière, avec ou sans alcool, pouvait améliorer les symptômes de la ménopause. Au total, 37 femmes postménopausées ont été recrutées et réparties en trois groupes : 16 ont bu 33 cL par jour de bière alcoolisée, 7 de la bière sans alcool (66 cL/jour) et 14 ont servi de groupe témoin. Après 6 mois, les participantes ayant bu de la bière, avec ou sans alcool, ont significativement réduit la gravité des symptômes liés à la ménopause. Toutefois, en 2001, une analyse chimique de cinq bières australiennes a démontré que l’activité œstrogénique de la bière était négligeable. Notons que l'étude espagnole était de petite taille, donc ses effets peuvent ne pas être très significatifs.

Une bière après l’effort ?

Certains athlètes aiment s’accorder une bière après l’effort, en guise de récompense. « Certains pensent même qu’elle est un excellent moyen de stimuler la récupération musculaire à cause de sa teneur élevée en antioxydants », explique le Dr Fabrice Kuhn dans La science de l’endurance. La bière est-elle conseillée pour les sportifs ? 

Concernant la réhydratation, les bénéfices sont à relativiser. « La bière, c’est bien connu, a un effet diurétique, ce qui risque de perturber la réhydratation : en urinant, le corps élimine avant tout de l’eau », explique Fabrice Kuhn. Cela dépend aussi du degré d’alcool de la bière : une bière plus alcoolisée déshydrate plus. 

La bière est une boisson riche en antioxydants, en raison des polyphénols apportés par le houblon et l’orge. « Les polyphénols pourraient favoriser les performances et faciliter la récupération après un effort en limitant l’inflammation locale, les courbatures et les micro-traumatisme liés à l’effort prolongé – surtout lors de la course à pied –, l’inflammation locale et les courbatures. » De plus, la bière contient aussi des glucides qui peuvent participer à la reconstitution des stocks de glycogène après l’effort.

Mais la bière reste une boisson alcoolisée. Or l’alcool est susceptible d’affecter la reconstruction musculaire après l’effort via une réduction de l’activité de l’enzyme mTOR, impliquée dans la régulation de la masse musculaire. « Par ailleurs, il peut perturber le sommeil, fondamental pour la récupération physique – et la santé en général. Enfin, l’alcool peut inhiber la production des hormones de croissance et de la testostérone (essentielles pour la croissance et la réparation des tissus) et augmenter les taux d’insuline (risque de perturbation du métabolisme) et de cortisol (catabolisant). »

Pour ces raisons, Fabrice Kuhn déconseille la bière la veille d’une compétition. « Si vous n’avez pas de séance de sport au programme et que vous venez d’atteindre un objectif sportif majeur, vous pouvez vous faire plaisir et partager autour d’une bière un moment convivial. Pour ne pas retarder la récupération musculaire, privilégiez une bière à faible teneur en alcool, voire à 0 %. » Il existe des boissons bien plus adaptées aux besoins nutritionnels des sportifs !

Les effets néfastes de l’alcool

Comme pour tout alcool, les effets négatifs d’une consommation excessive de bière sont le risque de dépendance, de dépression, de maladie du foie, de cancers et donc de mortalité. 

À retenir

  • La bière, avec ou sans alcool, apporte des vitamines B, du silicium et des polyphénols issus du houblon et du malt. 
  • L'alcool reste un cancérigène de groupe 1. La version sans alcool offre les mêmes composés potentiellement intéressants, sans le risque.

Pour aller plus loin : La vérité sur le vin

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