Ce que dit l’étude chinoise
Menée par des chercheurs de l’université Fudan à Shanghai, cette recherche s’appuie sur la Chinese Longitudinal Healthy Longevity Survey, une cohorte nationale qui existe depuis 1998. L’analyse a porté sur 5 203 adultes âgés de 80 ans ou plus, dont 1 459 centenaires (ayant atteint 100 ans avant 2018), comparés à 3 744 non-centenaires décédés avant cet âge (1).
Résultat : les végétariens dans leur ensemble avaient 19 % de probabilité en moins de devenir centenaires par rapport aux omnivores. Chez les végans stricts, l’écart montait à 29 %. En revanche, les pesco-végétariens (qui consomment du poisson) et les ovo-lacto-végétariens ne présentaient pas de différence statistiquement significative avec les mangeurs de viande.
Des résultats à nuancer
En apparence, ces résultats contredisent l’idée que les régimes riches en végétaux sont meilleurs à la santé. Mais sur le site The Conversation, Chloé Casey, maître de conférences en nutrition à l’université de Bournemouth, a nuancé ces résultats (2). D’après elle, l'association n’était statistiquement robuste que chez les personnes en sous-poids (IMC inférieur à 18,5). Chez celles ayant un poids normal ou supérieur, le lien disparaissait quasiment. C'est donc surtout pour les personnes âgées très maigres que l’absence de viande est pénalisante.
De plus, l’étude s’est intéressée à des adultes de 80 ans et plus, dont « les besoins nutritionnels diffèrent sensiblement de ceux des personnes plus jeunes ». Enfin, l’étude est observationnelle et ne démontre donc pas le lien de cause à effet.
Pour Chloé Casey, « plutôt que de chercher quel régime est universellement meilleur qu'un autre, le message essentiel est que la nutrition doit être adaptée à votre stade de vie. » Ce n'est pas un plaidoyer pour la viande mais plutôt un appel à la personnalisation nutritionnelle selon l'âge.
Le message essentiel est que la nutrition doit être adaptée à votre stade de vie
Pourquoi les protéines animales comptent après 80 ans
L'intérêt de l’étude est de pointer, chez les plus âgés, le risque de dénutrition et de sarcopénie, qui sont une menace pour l’autonomie et la survie. « Dans les dernières étapes de la vie, les priorités nutritionnelles changent, explique Chloé Casey. Plutôt que de prévenir les maladies à long terme, l’objectif devient le maintien de la masse musculaire, la prévention de la perte de poids, et s'assurer que chaque bouchée apporte un maximum de nutriments. » Or les protéines d’origine animale présentent une biodisponibilité supérieure aux protéines végétales.
Ce que nous enseignent les Zones Bleues
Pour replacer ces données dans un contexte plus large, on peut aussi regarder du côté des populations qui concentrent le plus de centenaires dans le monde : les fameuses Zones Bleues (Okinawa au Japon, Sardaigne en Italie, Ikaria en Grèce, Nicoya au Costa Rica). Leur alimentation fait la part belle aux végétaux, avec des produits animaux consommés en petites quantités, même s’il ne s’agit pas de régimes végétariens.
À Ikaria et en Sardaigne, c'est le régime méditerranéen qui domine : légumes, légumineuses, huile d'olive, poisson, et viande blanche de manière modérée. Le régime méditerranéen limite la viande rouge, tout en valorisant d’autres sources de protéines comme le poisson, les œufs et les légumineuses.
En conclusion, l’étude chinoise met surtout en évidence le rôle protecteur des protéines animales chez les personnes très âgées et/ou dénutries.