Dr Jason Fung : "Le jeûne est le moyen le plus efficace de diminuer le niveau d’insuline"

Par Lanutrition.fr Publié le 24/01/2018 Mis à jour le 07/02/2018
Point de vue

Entretien exclusif avec le Dr Jason Fung, auteur avec Jimmy Moore du Guide complet du jeûne, le livre basé sur la science qui fait autorité.

Il y a de nombreux livres sur le jeûne, mais voici ce qui rend celui du Dr Jason Fung unique : il est rédigé par un médecin, s’appuie sur l’examen minutieux des données scientifiques et l’expérience de son auteur avec plusieurs centaines de patients. Après avoir terminé ses études de médecine à la faculté de Toronto (Canada), le Dr Jason Fung a poursuivi sa spécialisation en néphrologie (médecine des reins) à la faculté de médecine de l’université de Californie (Los Angeles). Revenu s'établir à Toronto, il a longtemps soigné ses patients obèses et diabétiques avec des médicaments, voire de la chirurgie bariatrique, avant de chercher un moyen de les faire maigrir et de faire baisser durablement leur glycémie. C'est ainsi qu'il a étudié les effets biologiques du jeûne, avant de commencer à le prescrire. Son livre, "Le guide complet du jeûne", est né de cette expérience.

Dans cet entretien, le Dr Fung dit ce qu’on peut raisonnablement attendre du jeûne, et comment il agit. Dans un second entretien, il donne des conseils pour jeûner sans risque.

LaNutrition.fr : Dr Fung, comment vous êtes-vous intéressé au jeûne ?

Dr Jason Fung : Je m’y suis intéressé en tant qu'outil thérapeutique potentiel pour maigrir et soigner le diabète de type-2. Je suis néphrologue, et je vois des patients en insuffisance rénale, dont le diabète est la première cause. Pendant longtemps, j'ai prescrit des médicaments, j'ai mis les patients sous dialyse, je les ai accompagnés dans cette lente dégradation. Mais je me suis dit qu’on ne pourrait rien contre ces maladies rénales tant qu’on ne résoudrait pas le problème du diabète qui est aussi celui de l’obésité. J’ai suivi la piste de l’insuline, parce que l’excès d’insuline et la résistance à l’insuline sont en cause dans l’obésité et le diabète. C’est ainsi que j’ai été conduit à me pencher sur le jeûne. J’ai regardé les études et la biologie, et bien évidemment si vous ne mangez pas, vous perdez du poids et votre glycémie s’améliore. Pourtant pratiquement aucun médecin dans le monde n’utilisait cette stratégie thérapeutique puissante. Donc cela m’a considérablement intéressé d’explorer cette voie.

Ne peut-on prévenir ou contrôler le diabète par un régime, par exemple pauvre en glucides ?

Les régimes pauvres en glucides permettent de réduire l'insuline, et il y a des études qui montrent que cela fait maigrir ou que cela peut guérir certains diabétiques ou les aider à contrôler la maladie. Au début, j’ai d'ailleurs prescrit des régimes low-carb mais sans le succès escompté : je pense que c’était un peu trop compliqué à suivre. Les régimes très pauvres en glucides comme le régime cétogène peuvent approcher les bénéfices du jeûne chez certains patients, mais j'ai la conviction que l’intervention nutritionnelle la plus puissante reste le jeûne.

Pourquoi ce qu’on mange est-il aussi important que le moment auquel on le mange ?

La plupart des régimes conventionnels ne tiennent compte que de la valeur calorique des aliments. En réalité, on prend du poids à cause des effets hormonaux de l’alimentation ; la principale hormone en cause est l'insuline.

Des niveaux constamment élevés d'insuline provoquent une résistance à l'insuline, ce qui entraîne en retour des taux d'insuline plus élevés, qui conduisent à l'obésité. Mais lorsqu’on reste plusieurs heures sans manger, comme avec le jeune intermittent, on passe par des périodes où l’insuline est très basse, ce qui diminue ou prévient la résistance à l'insuline et contribue à la perte de poids à long terme. Il faut donc se poser deux questions importantes quand on a du poids à perdre : Que faut-il manger ? Et quand faut-il manger ? Nous savons ce qu’il faut manger : moins d’aliments ultra-transformés, moins de farine blanche, moins de sucre. Mais on ignore souvent l’autre question. Pourtant nous n’avons pas besoin de manger plus souvent pour maigrir, nous avons besoin de manger moins souvent. On peut commencer par éliminer les snacks. Le mieux, c’est d’avoir des périodes où on ne mange rien : pendant 12 heures, 16 heures, 20 heures, 24 heures ou plus : ces périodes où l’insuline est basse viennent à bout de la résistance à l’insuline et font maigrir.

Quelles différences entre le jeûne et les régimes hypocaloriques ?

Les régimes hypocaloriques font autant maigrir que le jeûne intermittent, mais les niveaux d'insuline et la sensibilité à l'insuline sont nettement améliorés avec un jeûne intermittent même avec des apports caloriques identiques. Le jeûne intermittent ne consiste pas simplement à réduire les calories, même si en pratique l’apport calorique est souvent diminué. Il consiste à alterner les périodes où l’on mange à sa faim et les périodes où l’on est à jeun. C’est un peu comme avec la météo. Supposez qu’en une semaine on ait 20 cm de pluie : 3 cm par jour avec un temps couvert, ou 6 jours de soleil et un gros orage le dernier jour. Ces deux situations sont-elles équivalentes ? Non. C'est pareil avec le jeûne intermittent. En alternant les prises alimentaires et le jeûne on maintient des niveaux d'insuline bas et on réduit la résistance à l'insuline. 

Dans votre livre, vous expliquez que les moments de la journée où l’on est à jeun se sont réduits au fil du temps.

Oui. Jusque dans les années 1970, un Américain moyen mangeait 3 fois par jour : petit déjeuner, déjeuner et dîner. Aujourd’hui, les Américains mangent près de 6 fois par jour - petit déjeuner, collation, déjeuner, collation, dîner, collation, et on observe les mêmes évolutions des comportements en Europe. En fait, nous mangeons tout au long de la journée, du réveil au coucher.

Cela a donc un lien avec l’épidémie d’obésité ?

Le corps ne peut accepter que deux états – soit il est nourri (insuline élevée, énergie stockée) soit il est à jeun (insuline basse, énergie déstockée). Il ne peut pas être les deux en même temps. Ainsi, alors qu’autrefois les deux états - nourri et à jeun – s’équilibraient, nous passons maintenant 80% de notre temps dans l'état nourri, ce qui revient à ordonner à notre corps de stocker l'énergie sous forme de graisse. Il ne faut pas s’étonner que nous ayons une épidémie d'obésité. Quand on jeûne, ne serait-ce que quelques heures, on envoie au corps le message d’utiliser une partie de l’énergie que nous avons stockée sous forme de graisse.

Pourquoi le jeûne, qui était si répandu dans le passé, est-il devenu une pratique marginale au cours des dernières décennies ?

Dans les années 1960, des médecins ont placé des patients qui voulaient maigrir dans des conditions de jeûne prolongé, de 30 jours et plus. Il y a eu des décès. Pour ces raisons, le jeûne a hérité d’une mauvaise réputation. Au même moment, l’industrie alimentaire faisait tout son possible pour nous faire grignoter toute la journée, en faisant la promotion du « goûter », du « snacking », des en-cas. Aujourd’hui, on s’intéresse moins au jeûne prolongé qu’au jeûne intermittent, la plupart du temps d’une journée au maximum.

D’après votre expérience, qui peut bénéficier le plus de la pratique du jeûne ?

On manque encore d'études cliniques rigoureuses, mais le jeûne peut être essayé dans les maladies liées à des troubles de l’insuline : obésité et surpoids, diabète, « maladie du foie gras », syndrome des ovaires polykystiques. Le jeûne est le moyen le plus efficace et le plus rapide de diminuer le niveau d’insuline. Par exemple, dans notre pratique, le jeûne a permis d'inverser le diabète de type-2 chez un grand nombre de nos patients. Des centaines de personnes ont pu arrêter les médicaments contre le diabète et l’hypertension, et parfois même l'insuline. Mais le plus important, c’est que nous permettons aux patients de prendre le contrôle de leur santé. Plutôt que d'aller chez le médecin chercher une nouvelle ordonnance, ils apprennent à gérer leurs problèmes métaboliques avec l’alimentation et le mode de vie.

Le jeûne est en vogue, et certains « thérapeutes » le parent de vertus quasi-miraculeuses, sur le cancer par exemple. Qu’en pensez-vous ?

Le jeûne, qu’il soit intermittent ou prolongé, ne résout pas miraculeusement tous les problèmes de santé comme on le lit parfois, mais il peut bénéficier aux patients diabétiques de type-2 et aux personnes obèses. Pour ce qui est du cancer, il n’y a pas de preuve scientifique que le jeûne est bénéfique. Tout bénéfice est purement théorique.

Quel impact le jeûne intermittent, s’il était plus pratiqué, pourrait-il avoir sur les dépenses de santé ?

Je pense que les implications pour les systèmes de santé, pas seulement celui des Etats-Unis, mais de tous les pays, sont considérables parce que le jeûne ça ne coûte rien, alors que les traitements de l’obésité et du diabète coûtent une fortune à nos économies. Le jeûne cible vraiment les problèmes de santé modernes que sont les maladies métaboliques, qui sont essentiellement des maladies de l’alimentation. Prescrire un médicament pour guérir une maladie liée à l’alimentation, cela n’a aucun sens et c’est pourtant ce qu’on fait. Donc on donne des médicaments contre l’obésité et le diabète, mais les patients ne vont pas mieux et au fil des années ils prennent de plus en plus de médicaments, et ils ne vont toujours pas mieux, et ils ont des insuffisances rénales, des infarctus, des AVC, des cancers qu’il faut traiter. Pendant ce temps, les coûts pour le système de santé s’envolent. Si on faisait maigrir ces patients, ils n’auraient pas de diabète, ils n’auraient pas d’hypertension, ils n’auraient pas des problèmes de cholestérol.

Lire un extrait du Guide complet du jeûne, par le Dr Jason Fung et Jimmy Moore

 

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