Du sucre dans des aliments pour bébé que Nestlé vend à des pays en développement

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Un rapport de l’organisation suisse Public Eye montre que des produits pour bébé (Nido et Cérélac) commercialisés par Nestlé dans des pays à revenu faible ou intermédiaire contiennent du sucre ajouté. Une pratique contraire aux recommandations de l'OMS.

Habituer les jeunes enfants à manger du sucre dès leur plus jeune âge, c’est les rendre plus vulnérables à l’obésité plus tard. Le goût sucré est inné et commun à tous les enfants et cette appétence s’installe durablement s’ils mangent de façon répétée des aliments sucrés.  

Dans le monde, l’obésité infantile est en pleine croissance et les pays à revenu faible et intermédiaire sont particulièrement concernés. Entre 2000 et 2017, le nombre d'enfants de moins de cinq ans en surpoids est passé de 6,6 à 9,7 millions en Afrique et de 13,9 à 17,5 millions en Asie.

L’OMS alerte depuis des années sur le problème de la présence de sucre dans des aliments pour bébé : « Les aliments pour nourrissons et enfants en bas âge doivent être conformes aux diverses recommandations établies en matière de nutrition et de composition. Néanmoins, il existe des craintes sur le fait que de nombreux produits contiennent encore trop de sucres », a déclaré le Dr João Breda, chef du Bureau européen de prévention et de contrôle des maladies non transmissibles de l'OMS en 2019.

Qu’en est-il exactement ?

Tous les bébés ne sont pas égaux

En avril 2024, l’organisation suisse Public Eye a publié les résultats de son enquête réalisée sur 114 produits commercialisés par Nestlé en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Résultats : 106 d’entre eux (93 %) contiennent du sucre ajouté. La quantité de sucre ajouté a été déterminée dans 66 produits. Le résultat est édifiant : « En moyenne, on trouve près de 4 grammes par portion, soit environ un carré de sucre. La quantité la plus élevée – 7,3 grammes par portion – a été détectée dans un produit vendu aux Philippines et destiné à des bébés de 6 mois », indique l’organisation sur son site.

Même problème avec le lait de croissance Nido : Public Eye a examiné 29 produits Nido commercialisés par Nestlé dans des pays à revenu faible ou intermédiaire et 21 d’entre eux (soit 72 %) contenaient du sucre ajouté. « Pour neuf de ces produits, nous avons pu déterminer la quantité de sucre ajouté. En moyenne, on en trouve près de 2 grammes par portion. La valeur maximale – 5,3 grammes par portion – a été détectée dans un produit vendu au Panama. »

5,3 grammes de sucre par portion dans un produit vendu au Panama

Pourtant, dans certains pays européens, Nestlé fait la promotion de produits céréaliers pour bébé sans sucre ajouté, comme sur cette boîte Cérélac destinée à la Belgique, sans sucres ajoutés. « En Allemagne, en France et au Royaume-Uni – principaux marchés de Nestlé sur le sol européen – tous les laits de croissance pour enfants en bas âge de 1 à 3 ans vendus par Nestlé sont également sans sucre ajouté », précise l’organisation Public Eye.

Un marketing agressif

Pour faire la promotion de ses produits et toucher facilement les jeunes parents, Nestlé a recours à des influenceurs sur les réseaux sociaux. Public Eye cite l’exemple d'une jeune maman aveugle, Meagan Adonis, qui vit en Afrique du sud, et vante les bienfaits de Cérélac sur Tik Tok : « En tant que mère aveugle, l’heure du repas est toujours une aventure […] Maintenant, allons préparer son repas préféré de la journée. Les petits corps ont besoin d’un grand soutien, et Nestlé Cerelac est le complément parfait pour nos repas », dit-elle.

Ces influenceurs sont « devenus une plateforme de marketing moderne qui remplace la publicité sur panneaux ou plus classique à la télé et radio, » constate Mélissa Mialon, docteure en nutrition et titulaire d'une chaire de professeur junior à l'Inserm. « Nestlé essaye d'influencer les palais avec des ingrédients à moindre coût. Là où la législation est moins stricte, le sucre est donc certainement une solution rentable. » 

Un code de l’OMS, rédigé en 1981 et traduit en partie en loi française, régule le marketing des laits infantiles et autres substituts au lait maternel. Dans son livre Big Food & Cie, Mélissa Mialon affirmait déjà que « ce code n’est pas respecté, comme l’observent de nombreuses associations de consommateurs et de santé. »

Comment l’industrie favorise des maladies chroniques

Ce scandale fait écho à la sortie d’un nouveau rapport de l’OMS auquel Mélissa Mialon a participé. Intitulé Commercial determinants of noncommunicable diseases in the WHO European Region (Déterminants commerciaux des maladies non transmissibles dans la Région européenne de l'OMS), ce rapport montre comment les grandes entreprises favorisent les maladies chroniques, font obstacle à la politique de santé et ciblent les personnes vulnérables. D’après le docteur Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l'OMS pour l'Europe, « Les tactiques de l'industrie consistent notamment à exploiter les personnes vulnérables par des stratégies de marketing ciblées, à tromper les consommateurs et à faire de fausses déclarations sur les avantages de leurs produits ou sur leur respect de l'environnement. »

Ainsi, quatre produits industriels - le tabac, les aliments ultra-transformés, les combustibles fossiles et l'alcool - sont à l'origine de 19 millions de décès par an dans le monde, soit 34 % de l'ensemble des décès. Le rapport met en lumière le large éventail de tactiques employées par les industries pour maximiser leurs profits et propose des actions à mener par les gouvernements, les universités et la société civile pour lutter contre ce phénomène.

Pour en savoir plus, lire : Big Food & Cie 

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