Marcher plus, une mesure antidiabète efficace

Par Pierre Lombard Publié le 01/08/2016 Mis à jour le 14/08/2017
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Une nouvelle étude rapporte que la marche est bien plus efficace que la course pour améliorer les marqueurs du prédiabète, et elle est encore plus efficace alliée à une alimentation saine.

Un Français sur 4 serait prédiabétique (1), mais ce chiffre serait sous-estimé : en réalité un Français sur 2 pourrait être prédiabétique, souvent sans le savoir (lire encadré en fin d'article). Le prédiabète est un état réversible durant lequel des changements d’hygiène de vie (alimentation et activité physique) peuvent éviter de devenir diabétique de type 2. Le diabète de type 2, une fois installé, est lui considéré comme une pathologie irréversible, bien que certaines études ont trouvé récemment qu'il pourrait parfois être inversé. 

Lire aussi : Un simple régime peut inverser le diabète de type 2

Les mesures préventives classiques (sport, régime méditerranéen) sont efficaces pour éviter de passer du prédiabète au diabète, mais des chercheurs de l'université de médecine Duke (Caroline du Nord) ont voulu savoir si l'activité physique seule pouvait égaler l'effet du sport allié au régime, et quelle activité physique était la plus efficace. Pour répondre à ces questions, le Dr William Kraus et ses collègues ont sélectionné 150 Américains en stade de prédiabète, c’est-à-dire présentant une glycémie à jeun comprise entre 1.06 g/L et 1.26 g/L (diabète). Les participants ont été répartis aléatoirement en 4 groupes distincts.

Un premier groupe devait suivre les recommandations officielles du programme américain de prévention du diabète, afinde perdre 7% de leur poids corporel en 6 mois. Autrement dit, une femme de 70 kg devait mincir de 5 kg en 6 mois. Ce programme incitait les participants à manger moins, surtout moins de matières grasses, tout en pratiquant une activité physique modérée, équivalent à 12 km de marche par semaine.
Les personnes appartenant aux trois autres groupes ne devaient rien changer à leur alimentation mais devaient pratiquer une activité physique (marche ou jogging) à une fréquence variable (12 ou 20 km) : le groupe numéro 2 devait marcher l’équivalent de 12 km par semaine, soit 3 h de marche. Le groupe numéro 3 devait marcher l’équivalent de 20 km par semaine, soit 5 h de marche. Et le quatrième groupe devait courir 20 km par semaine, l’équivalent de 2 h de jogging.

Résultats : comme les chercheurs s’y attendaient, c’est le groupe numéro 1 (régime + marche 12 km) qui a obtenu les meilleurs scores. Dans ce groupe, la tolérance au glucose a été amélioré de 8% tandis que la glycémie a jeun a diminué de 0.15 g/L. Cependant, les chercheurs ont été étonnés de constater que c’est non pas le groupe jogging qui est arrivé "second", mais le groupe qui devait marcher 20 km par semaine. Le groupe jogging est quant à lui arrivé bon dernier, les participants n’ayant présenté presque aucune amélioration métabolique : amélioration de la tolérance au glucose de 2% seulement et pas d'amélioration de la glycémie à jeun.

Comment expliquer ces résultats ?  Selon un nombre croissant d'études, c’est la graisse corporelle, notamment viscérale et abdominale qui serait la cause du diabète. Or les activités physiques intenses brûlent bien plus de glucose que de graisse, tandis que les activités modérées, comme la marche, brûlent de la graisse plutôt que du glucose. "Nous pensons qu'un des bénéfices de l'exercice physique modéré est qu'il permet de brûler la graisse dans le muscle, libérant de l'espace pour stocker du glucose. C'est important car le muscle est un lieu de stockage majeur pour le glucose arpès un repas" explique le Dr Kraus.

Les études d’observation les plus récentes ont également rapporté des résultats similaires. Effectivement, une étude publiée en 2016 (3) ayant suivi près de 6 000 personnes rapporte que les personnes pratiquant le moins de sport avaient un risque de prédiabète augmenté de 30% par rapport à ceux en pratiquant le plus. Tandis que ceux passant le plus de temps devant la télévision avaient un risque augmenté de 260% ! L’inactivité semble donc plus néfaste que le manque d’activité physique intense…

Le manque de vitamine D pourrait expliquer en partie ces résultats, car la marche se fait souvent en extérieur. Un étude récente (4) a montré que prendre 25 000 UI de vitamine D par semaine diminuait l’IMC, le tour de taille, et la résistance à l’insuline.

Dans la mesure où il est souvent plus facile de changer un paramètre (en l'occurrence l'activité physique) que deux ou trois, marcher plus, et donc limiter le temps assis ou allongé, est une bonne mesure à prendre quand on est prédiabétique. Côté alimentation, sachez que le régime végétarien est associé à une forte diminution du risque de diabète, le régime méditerranéen est également bénéfique. Plusieurs études rapportent que le régime paléo pourrait l'être également, à condition qu'il soit à composante majoritairement végétale et pauvre en acide gras saturés. L'alimentation la plus efficace pour prévenir le diabète reste cependant les régimes pauvres en glucides comme Atkins, ou en moins radical, le régime IG.

Le prédiabète, une pathologie réversible sous-estimée
Officiellement, le prédiabète est caractérisé par une glycémie à jeun supérieure à 1,06 g/L (5.89mmol/L) mais inférieure à 1,26g/L (7 mmol/L) qui caractérise le diabète. La glycémie (taux de glucose dans le sang) est donc considérée comme normale lorsqu’elle est comprise entre 0.8 et 1.06 g/L. Mais selon certains experts, la limite réelle du prédiabète devrait être fixée à 1 g/L (et non pas 1.06 g/L) car c’est à partir de ce seuil que l’on commence à observer une augmentation de la mortalité (crise cardiaque, AVC, etc.) et des complications (rétinopathie, nephropathie, etc.). Avec la définition de 1.06 g/L, entre 15 et 22% des Français seraient prédiabétiques (2). Mais ces chiffres sont certainement sous-évalués. Effectivement, certaines études rapportent que mesurer la glycémie à jeun n’est pas un bon indicateur du prédiabète car il passerait à côté de près de 50% des cas de prédiabète (5) ! La mesure de la tolérance au glucose, qui consiste à mesurer la glycémie 2 h après avoir consommé 75 g de glucose, serait un indicateur bien plus fiable, mais moins pratique à faire qu’une simple mesure de la glycémie faite à jeun. Un Français sur deux pourrait donc être prédiabétique.

Lire aussi : 7 moyens simples et sûrs d'éviter le diabète


RÉFÉRENCES :
(1) http://www.eurekalert.org/pub_releases/2016-07/dumc-mem071816.php


(2)Vernay M, Salanave B, de Peretti C, Druet C, Malon A, Deschamps V, Hercberg S, Castetbon K. “Metabolic syndrome and socioeconomic status in France: The French Nutrition and Health Survey (ENNS, 2006-2007).” Int J Public Health. 2013 Dec;58(6):855-64. doi: 10.1007/s00038-013-0501-2. Epub 2013 Sep 3.

(3)Joseph JJ, Echouffo-Tcheugui JB, Golden SH, Chen H, Jenny NS, Carnethon MR, Jacobs D Jr, Burke GL, Vaidya D, Ouyang P, Bertoni AG.“Physical activity, sedentary behaviors and the incidence of type 2 diabetes mellitus: the Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis (MESA).” BMJ Open Diabetes Res Care. 2016 Jun 23;4(1):e000185. doi: 10.1136/bmjdrc-2015-000185. eCollection 2016.

(4)  Nimitphong H, Samittarucksa R, Saetung S, Bhirommuang N, Chailurkit LO, Ongphiphadhanakul B. “The Effect of Vitamin D Supplementation on Metabolic Phenotypes in Thais with Prediabetes.” J Med Assoc Thai. 2015 Dec;98(12):1169-78.

(5) Aekplakorn W, Tantayotai V, Numsangkul S, Sripho W, Tatsato N, Burapasiriwat T, Pipatsart R, Sansom P, Luckanajantachote P, Chawarokorn P, Thanonghan A, Lakhamkaew W, Mungkung A, Boonkean R, Chantapoon C, Kungsri M, Luanseng K, Chaiyajit K.“Detecting Prediabetes and Diabetes: Agreement between Fasting Plasma Glucose and Oral Glucose Tolerance Test in Thai Adults.” J Diabetes Res. 2015;2015:396505. doi: 10.1155/2015/396505. Epub 2015 Aug 6.

 

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